16 Mars 2017

Afrique: Election de Ahmad Ahmad à la présidence de la CAF - Triste fin de match pour Issa Hayatou

Photo: Lees Dépéches de Brazzaville
Ahmad Ahmad
analyse

Coup de tonnerre à la Confédération africaine de football (CAF). En effet, l'inusable et insatiable président sortant de la faîtière du football africain, Issa Hayatou, qui briguait un... huitième mandat après trois décennies de règne, ne se fossilisera pas à la tête de l'instance suprême du football africain.

En effet, il a été battu, hier, à plate couture (34 voix contre 20) par le Malgache Ahmad Ahmad, un candidat qui apparaissait aux yeux de beaucoup comme un outsider dont l'ogre camerounais ne ferait qu'une petite bouchée. Pourtant, avec ses 29 ans d'expérience et son carnet d'adresses qui lui donnaient une avance confortable aux yeux de nombreux observateurs, le Camerounais partait avec la faveur des pronostics pour l'emporter sans coup férir et se succéder à lui-même.

Du reste, beaucoup ne vendaient pas cher la peau de son rival qu'ils voyaient se faire balayer comme un fétu de paille. Mais c'était sans compter avec le Malgache qui avait visiblement bien préparé son coup pour réaliser cette formidable remontada et coiffer son rival au poteau, pour remporter au finish une victoire historique. Preuve si besoin en était encore, que c'était, pour Hayatou, le combat de trop, le mandat de trop. D'autant plus qu'il était loin de s'imaginer que cette élection qui semblait pour lui une formalité, tournerait au combat de David contre Goliath.

En tout cas, hier, à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne où les présidents des fédérations africaines de football étaient réunis pour le renouvellement quadriennal des instances de l'institution, l'histoire s'est répétée et « Ahmad David » a battu « Goliath Hayatou ». Qui l'eût cru ? En tout cas, au regard de l'attitude du perdant qui avait le regard vide et le pas lourd à l'issue du verdict, il ne fait l'ombre d'aucun doute qu'il était loin de s'imaginer qu'il pouvait être aussi facilement éjecté de son fauteuil de président d'une institution dont les couloirs n'ont plus de secret pour lui, tant il les a arpentés pendant plus d'un quart de siècle, en véritable propriétaire des lieux. Qui plus est, défait par un illustre inconnu dont le pays se classe dans les tréfonds du football mondial, et qui n'en revient pas lui-même de sa victoire inattendue.

Le ciel est tombé sur la tête de Issa Hayatou

De toute évidence, c'est une véritable bérézina pour Hayatou qui, hier encore, était le patron incontesté et incontestable du football africain, que personne ne pouvait défier impunément sur un terrain qui était pratiquement devenu « sa pelouse privée». Ce n'est pas l'Ivoirien Jacques Anouma qui dira le contraire ; lui qui a voulu lorgner le fauteuil de l'enfant de Garoua, il y a de cela quelques années, et qui s'est retrouvé éjecté du système.

Toutefois, cette éclatante victoire de Ahmad Ahmad est loin d'être un fait du hasard. Tout porte à croire que le quinquagénaire Malgache a su tisser patiemment et discrètement sa toile pour prendre son rival dans son piège. Le candidat du changement qu'il se voulait, a su certainement surfer sur la vague de mécontentement et de lassitude dont certains acteurs du football africain faisaient montre devant le long règne de Hayatou qui frisait la dictature. Sans oublier le soutien du patron du football mondial, Gianni Infatino, au natif de Mahajanga, qui a dû beaucoup peser dans la balance.

Cela dit, le moins que l'on puisse dire, c'est que le ciel est tombé sur la tête de Issa Hayatou qui, avec cette défaite cuisante, sort de l'histoire du football africain par la petite porte, alors qu'il avait la latitude de partir la tête haute, après tant et tant d'années de « bons et loyaux services ». Quoi qu'il en soit, Hayatou qui semblait atteint du syndrome de l'indispensabilité de certains chefs d'Etat africains, a appris à ses dépens que le vent de renouveau qui souffle depuis quelques années sur l'Afrique à propos de la question de l'alternance, n'est pas une brise éphémère qui ne souffle que dans les palais présidentiels.

Pour n'avoir pas su décrypter la soif de changement des Africains et fait sien le dicton selon lequel « il faut savoir quitter les choses avant qu'elles ne vous quittent », Issa Hayatou a bu le calice de la honte et de la désillusion jusqu'à la lie. Triste fin de match pour celui qui était jusqu'ici le plus capé des capitaines de la CAF, après trois décennies de règne sans partage. Dommage qu'il ait fallu le pousser à la sortie, en lui retirant le brassard pour le confier au premier des remplaçants. Il pourra à présent méditer sur son sort et se convaincre une fois pour toute, et malheureusement sur le tard, que sa longévité, il la doit quelque part au fait qu'il était beaucoup plus craint qu'il n'était aimé pour ses compétences, et que les gens n'attendaient certainement qu'une occasion pour se débarrasser de lui.

Si ce n'est pas la honte de sa vie, cela y ressemble fort. Mais il ne pourrait s'en prendre qu'à lui-même, pour n'avoir pas su lire les signes des temps. Quant au nouveau président, il est attendu au pied du mur, pour porter le changement annoncé dans la gestion d'un football africain qui avait véritablement besoin d'une cure de jouvence. Mais Ahmad Ahmad peut d'ores et déjà se convaincre qu'il ne pourra pas rêver de la longévité de son prédécesseur à ce poste. Car, tout porte à croire que plus rien ne sera comme avant. Reste à savoir si maintenant qu'il n'est plus aux affaires, les placards de Issa Hayatou seront ouverts et ses dossiers étalés sur la place publique.

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