16 Mars 2017

Afrique: CAF - Ahmad Ahmad l'homme qui a taclé Hayatou

On avait beau lui conjurer de faire la passe et de ne pas conserver éternellement le ballon tel un joueur individualiste, le ci-devant président de la Confédération africaine de football n'en avait cure. Bien qu'on lui ait conseillé de ne pas faire le match de trop et de savoir quitter le terrain avant que le terrain le quitte, pour paraphraser le général de Gaulle, Issa Hayatou s'en fichait royalement.

Pendant sportif de ces monarques qui, dans de nombreux pays africains, s'accrochent au fauteuil présidentiel, le natif de Garoua, élu pour la première fois le 10 mars 1988, venait ainsi de souffler sa 29e bougie à la tête du sport roi africain. Et à 71 ans, il n'entendait toujours pas lâcher la balle puisqu'il était candidat à sa propre succession lors de l'assemblée générale élective qui s'est tenue hier à Addis-Abeba. Mal lui en a pris. Etant donné qu'il ne voulait pas raccrocher les crampons de lui-même, les électeurs de 54 fédérations nationales l'ont obligé à le faire, particulièrement l'un d'entre eux : le Malgache Ahmad Ahmad, qui passait pourtant aux yeux de nombreux observateurs de la scène footballistique comme un simple remplaçant qui ne ferait pas le poids devant le titulaire indiscutable depuis trente ans qu'était Hayatou. Et pourtant il faudrait désormais compter avec ce nom, ce visage de 57 ans qui a battu, à la surprise générale, le septuagénaire par 34 voix contre 20.

En réalité dans cette affaire, c'est plus contre Hayatou que les électeurs ont voté que pour l'ancien ministre malgache de la Pêche dont la pêche aura finalement été miraculeuse. C'est une véritable révolution copernicienne qui vient de s'opérer à la tête du football africain avec le carton rouge brandi contre celui qui était à la fois arbitre et joueur, modifiant les règles du jeu au gré de ses intérêts. Une nouvelle partie commence donc avec des règles qu'on espère beaucoup plus démocratiques et consensuelles telles la limitation du nombre de mandats à 3, la fixation de la limite d'âge à 70 ans, pour ne citer que ces propositions phares du nouveau président de la CAF.

C'est aussi, et on l'espère, un supplément de morale qui sera injecté dans l'organisation, tant ces dernières années le Camerounais a surtout fait parler de lui au sujet d'affaires de corruption dans lesquelles il aurait trempé. Pour l'ancien coureur de 400 et 800 m dans sa jeunesse, aujourd'hui à bout de souffle, c'est une piteuse sortie sous les huées des spectateurs pour avoir voulu jouer les prolongations alors qu'il méritait un meilleur départ, vu ses états de service. Mais il en est du football comme de la politique : c'est ce qui arrive presque toujours quand on ne sait pas s'arrêter à temps.

Ce que le désormais ex-président de la CAF doit craindre maintenant, c'est que ses nombreuses casseroles fassent plus de bruit que jamais avec les procédures contentieuses dans lesquelles il est englué, notamment cette histoire de droits de retransmission des compétitions de la CAF «abusivement attribués» à Lagardère Sports. Pour sûr, l'instance suprême du foot sur le continent africain ne sera plus dirigée comme sous Issa Hayatou, et c'est déjà ça de gagné.

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