18 Mars 2017

Cameroun: Douala 2ème - Des gangs sèment la terreur au quartier New-Bell

Des bandes organisées et armées multiplient des incursions dans certains sous-quartiers, en toute impunité. Ils ont encore sévi mardi et mercredi dernier, faisant des blessés parmi les populations.

Les affrontements entre les populations de Ngangue et Shell New-Bell réunis, et des jeunes « drogués » venus du lieu-dit KDD-Ancien étage a viré au chaos. Tout a commencé dans la nuit de mardi à mercredi 15 mars 2017 aux environs de 21 heures, selon les différents témoins approchés par Le Jour. A ce moment-là, la plupart des jeunes du quartier étaient regroupés devant des écrans plasma, occupés comme d'habitude à regarder les matches de football du championnat européen. Pendant qu'ils y sont, ils sont pris de court par une horde de délinquants à bord d'une quinzaine de moto-taxis selon le récit fait par le sous-préfet de l'arrondissement de Douala 2ème, qui a pris part, hier jeudi, à une réunion de large concertation publique organisée dans l'enceinte de la mairie de l'arrondissement de Douala 2ème, à l'initiative du gouverneur de la région du Littoral.

Certaines victimes de cet assaut inopiné organisé aux lieux-dits Shell New-Bell et Ngangue, distants l'un de l'autre d'environ cent mètres, soutiennent qu'il y avait plus de motos. Plus d'une quinzaine. Au cours de ce qui s'apparente à une guerre éclair, les assaillants ont fait beaucoup de dégâts : « Ils sont arrivés à bord de motos et ont commencé à piller les bars, boutiques et maisons ; ils blessaient tous ceux qu'ils trouvaient en route, arrachaient les matériels : téléphones portables, portefeuilles, etc. Ils ont poursuivi leur sale besogne jusqu'à la Nouvelle route Babylone, blessant beaucoup de femmes », témoigne Simon Hervé Yobot, un riverain de Shell-New-Bell.

Il précise que les assaillants ont causé des blessures légères, « juste à l'effet d'intimider leurs victimes, afin que celles-ci laissent tomber leur portefeuille ». Les New-Bellois ne s'accordent pas sur les motivations de ces vandales en terrain conquis. Le lendemain, mercredi 15 mars, les habitants de Shell-New-Bell et de Ngangue ont vu débouler de nouveau les mêmes assaillants. Ils se rendaient au cimetière de New-Bell pour enterrer un des leurs qui aurait été « tué » la veille, dans des circonstances non élucidées jusqu'ici.

Certains affirment que le nommé Issa Aboubacar, que d'aucuns présentent tantôt comme un résident de KDD-Ancien étage, tantôt comme un bijoutier, a été agressé mortellement (au cours du premier assaut nocturne perpétré mardi à Ngangue ?). Ce qui justifierait les menaces de récidive proférées par les jeunes de KDD à Ngangue, mercredi matin, pendant qu'ils allaient inhumer leur « frère ». « Ils sont revenus autour de 9h (après l'enterrement) et ont reproduit les mêmes exactions », raconte Simon Hervé Yobot. Ainsi acculés, sous la pression, les jeunes de Shell-New-Bell Ngangue, à leur tour se sont organisés. A l'issue d'une réunion qu'ils ont tenue dans l'après-midi de ce mercredi, ils ont convergé vers KDD, armés de gourdins, de cailloux et de machettes.

« C'était l'expression de notre mécontentement. Nous n'avons pas pu franchir la barrière du cimetière, car les forces de l'ordre nous ont stoppés à ce niveau », témoigne pour sa part, Pierre Manyodi, un habitant de Shell-New-Bell. Hier encore, aux environs de 13 heures, les jeunes de ces blocs étaient en état d'alerte le long des deux principales ruelles qui traversent leur quartier, notamment les entrées chefferie et école publique. Les barricades érigées mercredi sur la principale voie avaient été levées.

Drogue, incursions permanentes

D'après des témoignages, les incursions de bandes organisées sont récurrentes à New-Bell. Les assaillants débarquent toujours par groupes forts d'une vingtaine de personnes, voire plus. Ils opèrent comme dans un « no man's land », en un temps record, et repartent à bord de leurs engins sans en être inquiétés. Les sous-quartiers réputés très chauds, car abritant des bandes armées et organisées, sont les lieux-dits Eglise Bandjoun, Babylone, Monkam et KDD. C'est sans compter les repères traditionnels comme Makéa et le quartier Bafia, près de Youpwè.

« La justice populaire est une pratique régulière dans ces quartiers. Chez nous, au quartier Shell New-Bell, je n'ai plus vu exécuter des bandits il y a longtemps », affirme Pierre Manyodi. « Dans notre fief, ils se regroupent chaque dimanche au niveau de la 2ème poubelle, armés de couteaux, machettes », témoigne le chef du quartier Camp Yabassi. « Ce sont des drogués qui, la plupart du temps, agissent dans un état secondaire », dit le chef de New-Bell cimetière. Son homologue de Ngangue, quant à lui, sollicite le soutien des autorités pour se débarrasser de ce qu'il appelle une « gangrène ».

Dans ces niches de l'insécurité, en effet, les activités de vente de drogue, de tramol (médicament interdit, à forte dose de drogue) et du tchaï (une sorte de thé), prospèrent au vu et au su de tous. Hier, au moment où nous allions sous presse, une paix précaire régnait dans le quartier New-Bell. Mais pour combien de temps?

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