19 Mars 2017

Burkina Faso: Lutte contre le terrorisme - Les pas mal assurés du général Sadou

Ils ont raison de ne pas vouloir trop parler. D'abord, et c'est ce qui est évident, pour des raisons de secret militaire, chose la mieux enseignée dans toutes les armées du monde. Ensuite, parce que le dérapage (verbal) est vite arrivé.

Si sur le premier point, c'est RAS, comme on le dit souvent au sein de la troupe, on ne peut pas dire autant sur le second, à l'occasion de la clôture de l'édition 2017 de l'exercice militaire multinational « Flintlock », au camp général Bila-Zagré de Kamboinsin.

Le jeudi 16 mars 2017, plus que la remise d'attestations aux éléments des forces de défense et de sécurité qui ont pris part à cette formation de trois semaines consacrée à la lutte contre le terrorisme, c'est plutôt la dégradation de la situation sécuritaire au nord du Burkina qui a le plus constitué le centre d'intérêt des journalistes.

Et l'occasion était d'autant plus belle que le Chef d'état-major général des armées (CEMGA), le général Oumarou Sadou, ne pouvait sous aucun prétexte rester fidèle à la réputation de grande Muette de son institution. Sauf erreur ou omission de notre part, ce devait être le baptême du feu médiatique du général depuis sa prise de fonction, début janvier dernier.

Mais l'exercice s'est révélé périlleux pour le nouveau CEMGA. Tant entre agacement et sincérité plus que naïve, il a tenu des propos peu rassurants.

« Si on avait la possibilité de vaincre Malam [Ibrahim Malam Dicko, dont les hommes multiplient les attaques contre les positions militaires et les civils dans le Soum] tout de suite, on le ferait », a-t-il confessé.

Avant de concéder sur la question de la nécessité du déploiement massif de forces d'appui aux soldats déjà au Nord : « Nous n'avons pas les moyens maintenant ».

Alors là, si tel est encore le cas, c'est le ministre de la Défense, Jean-Claude Bouda, témoin de cet aveu d'impuissance, qui devrait manger son chapeau. Lui qui nous avait pourtant assurés qu'on allait « terroriser les terroristes ».

Le général aurait voulu entonner le cor de la démobilisation des agents de l'Etat, déjà en fuite dans le Soum, qu'il ne se serait pas pris autrement.

En un mot comme en mille, ces vérités du CEMGA sont inopportunes. Désespérément inopportunes.

Comme on le constate, il n'y a pas que les journalistes qui « entretiennent la psychose avec leurs unes ou leurs titres gauchement sensationnels », « leurs articles qui vantent malencontreusement les terroristes ou font l'apologie du djihadisme».

Mais rendons au général ce qui est au général : quand il dit « Il ne suffit pas de déployer tous nos hommes au nord, il faut une organisation.

S'ils sont tous au nord, en cas d'attaque à l'Est ou à l'Ouest, on fait quoi ? (... ) on ne peut pas tout de suite envoyer toutes les forces à Nassoumbou. Après, c'est pour courir aller ailleurs », on ne peut que se mettre au garde-à-vous.

Oui, masser toutes nos forces sur un seul front, serait en effet la pire des stratégies qu'aucun chef militaire ne saurait envisager. Cela reviendrait à arracher la porte d'une maison pour renforcer les fenêtres. Et la suite se passe de commentaires.

Burkina Faso

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