22 Mars 2017

Congo-Kinshasa: CPI - Petite rallonge pénale pour Bemba

Photo: ICC
Jean-Pierre Bemba

De tous les hauts faits d'armes pour lesquels il est depuis des années la cible de la justice internationale, Jean-Pierre Bemba doit aujourd'hui maudire le jour où il a décidé de voler au secours de celui qu'il appelait affectueusement « père ». Entendez par là Ange-Félix Patassé, alors en proie à une rébellion dirigée par François Bozizé qui finira par marcher triomphalement sur Bangui.

Né avec une cuillère d'argent dans la bouche, vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) sous la Transition, le chairman était loin de s'imaginer que l'incursion de ses miliciens en Centrafrique allait provoquer le crime de trop.

Oui, le crime de trop, tant le fondateur du Mouvement de libération du Congo (MLC) croulait sous le poids d'accusations sans jamais avoir eu à rendre le moindre compte.

Condamné par contumace par la justice belge en 2003 pour « traite d'êtres humains », il s'en est finalement sorti grâce à un non-lieu.

Ses miliciens ont été accusés par les Nations unies de viols en série, de pillages, de massacres et même de cannibalisme, pour autant il n'a pas été inquiété.

Mais la date du 24 mai 2008 marquera la fin du cycle d'impunité dans lequel se plaisait le fils du milliardaire Jeannot Bemba Saolona.

En effet, ce jour-là, il est arrêté à Bruxelles suite à un mandat de la Cour pénale internationale pour « crimes de guerre » et « crime contre l'humanité » commis par ses combattants en Centrafrique durant la période du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003. Transféré à La Haye début juillet 2008, il sera condamné en octobre 2016 à 18 ans de prison ferme.

Il a à peine commencé à purger officiellement sa peine, compte non tenu de la préventive, que le voilà lesté d'un autre boulet de forçat qui le cloue davantage dans les geôles de La Haye.

Jean Pierre Bemba vient en effet d'être condamné hier, mercredi 22 mars, dans un procès connexe, à un an de prison supplémentaire pour subornation de témoins.

Il a, avec l'aide de quatre complices dont son avocat, Me Aimé Kilolo, et l'un des membres de la défense, Jean-Jacques Magenda, élaboré un plan visant à soudoyer des témoins.

Les complices de cette opération sont tous ressortis libres de ce procès après onze mois de préventive dans la prison de Scheveningen mais avec un sursis de trente-six mois pour l'avocat condamné à 30 000 euros d'amende.

Au-delà de ce verdict anecdotique pour quelqu'un déjà condamné à dix-huit ans de prison, c'est le côté historique et pédagogique de la sentence qui mérite d'être souligné.

Car c'est la première fois en effet qu'une affaire de ce genre est entendue par la CPI. « Notre espoir [est] que cette affaire et le résultat d'aujourd'hui auront un effet dissuasif sur la commission de tels crimes dans les futures procédures », indique-t-on du côté du bureau du procureur de la CPI.

Et comme Bemba, ce « fils à papa » est solvable, la Chambre lui a infligé une autre condamnation, pécuniaire cette fois-ci, de 300 000 euros payables dans les trois mois, destinés aux victimes qu'on a souvent tendance à oublier dans ce genre de procès.

Triste fin pour un golden boy qui au lieu de s'évertuer à faire fructifier son riche héritage a eu la mauvaise idée de s'aventurer dans la politique par des moyens des plus abjectes.

Bien sûr, les partisans de l'ancien-président de la RDC ne manqueront pas d'y voir un acharnement sur ce dernier. Acharnement d'autant plus perceptible que la balance judiciaire de la CPI semble soumise à la politique du « deux poids deux mesures ».

En effet, les juges de La Haye n'avaient-ils pas abandonné les poursuites contre le président kényan, Uhuru Kenyatta, et son second, William Rutto, faute de preuves, disait-on, alors que de forte présomption de subornation de témoins pesaient sur les deux ?

En tout cas voilà une nouvelle condamnation qui va nuire davantage à l'image de la CPI, contre laquelle les Africains instruisent un procès en discrimination raciale car elle ne s'intéresserait qu'aux Nègres.

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