27 Mars 2017

Congo-Kinshasa: Les deux mythes qui rythment la vie des pygmées sur Idjwi, la plus grande île intérieure du continent

A chaque île, ses légendes. Idjwi, la plus grande île intérieure d'Afrique a les siennes, encore bien vivantes. Minoritaires, les pygmées (Bambuti autochtones 5%) qui cohabitent avec les Bahavu (bantou issus d'un métissage 95%) sur cette île située sur territoire congolais entretiennent bien leurs deux principales légendes. Histoires de sirène et de pirogue en terre battue, découverte !

Idjwi est une île qui se trouve au milieu du lac Kivu, situé entre les villes de Goma et de Bukavu, dans le territoire du Sud-Kivu en République démocratique du Congo. Ceux qui se considèrent comme étant ses premiers occupants, les pygmées (ou Bambuti) croient en l'existence d'un être surnaturel, une sirène qui viendraient les sortir de la pauvreté. Tout comme ils entretiennent aussi l'orgueil d'être intellectuellement supérieurs aux bantou (ou Buhavu), majoritaires sur l'île, avec lesquels ils cohabitation. Ici c'est la légende d'une pirogue en terre battue, soigneusement racontée, qui permet, à cette communauté de s'affirmer.

Mamba-mutu, la sirène qui enrichit

A Idjwi nord, dans un petit village où vit une colonie de quelques centaines de pygmées, le calme y est particulier. Le bruit des vagues des eaux du lac Kivu qui, de façon rythmée, se jettent sur la berge berce l'ouïe du visiteur. Sur le mur en chaux et délabré de Livingston, le chef des pygmées, la décoration principale est frappante : une représentation d'une créature mi- femme mi- crocodile, allaitant un gros serpent nommée Mamba-mutu. Le soir venu, autour du feu, un peu avant le repas commun, Livingstone raconte l'histoire de cette représentation. L'instant est solennelle, le chef prend un air théâtral, se lève, respire un coup, toussote deux fois avant de se lancer dans la narration de la légende. Tous les pygmées autour du feu se taisent pour aussi écouter une dix millième fois cette histoire comme si c'était la première.

« Ce dessin représente la Mamba-mutu, la mère des serpents. Certains jours, au crépuscule ou aux aurores, elle se met sur une des grosses pierres de la berge pour peigner ses interminables cheveux. Quand elle se repose, elle prend des minutes pour se mirer dans son gros miroir. A cet instant elle abandonne derrière elle son peigne. Il est dit qu'à cet instant précis, un homme téméraire peut lui voler son peigne et le ramener chez lui. Il ne doit le dire à personne de peur qu'il ne meure. Au tout milieu de la nuit alors, Mamba-mutu revient chercher son peigne, elle le reprend en échange d'une colossale fortune qu'elle donne à l'homme », raconte le chef pygmée.

Livingstone marque une pause. Un murmure de la foule accompagne cette pause, chacun caressant le rêve de vivre cette aventure, un beau jour.

« Mais il y a un prix à payer, poursuit-il. Dès que tu as cette fortune, tu ne dois plus jamais connaitre une autre femme, sous peine de mourir. Mamba-mutu est l'incarnation de la jalousie en amour, de la possessivité. On dit qu'elle revient certains soirs pour s'aimer avec cet homme qui a été assez courageux pour lui voler son peigne. Il existe aussi le Mamba-mutu mâle, et lui, c'est aux femmes qu'il apparait, mais la suite est la même. La femme devient riche et ne doit plus jamais connaitre d'autres hommes. »

Livingstone y croit dur comme fer, Mamba-mutu serait apparu a un de ses congénères qui vit actuellement à Kinshasa, la capitale congolaise, où, avec la fortune obtenue de la sirène, il a construit des dizaines de maisons et mènent de florissantes affaires.

Les pygmées se contentent de l'activité de la poterie et de la pêche sur des pirogues héritée de leurs ancêtres qui, selon la légende, étaient les seuls à savoir en fabriquer avant de partager le secret avec les Bahavu.

Pour les Pygmées, l'histoire de Mamba-mutu n'est pas qu'une légende, mais une véritable source d'espoir. Minoritaires sur l'île et victimes de marginalisation, dans la répartition des postes administratifs et dans l'acquisition des terres, ils sont de loin mal lotis que les Bahavu, majoritaires. Beaucoup espèrent alors un jour pouvoir rencontrer la fameuse Mamba-mutu pour changer définitivement de condition de vie. C'est sûrement pour inviter les siens à ne pas perdre espoir que le Chef Livingstone s'est fait représenter la sirène chez lui.

Cependant, en entendant de sortir un jour de la misère, les pygmées se consolent avec une autre légende qui les placerait à un niveau intellectuellement supérieur à leurs vis-à-vis Bahavu.

La légende des pirogues en terre battue

Pour les Pygmées, la légende des pirogues en terre battue est plus une question d'affirmation. « Les Bahavu sont ceux qui apportèrent ici la technique de poterie, c'est eux qui nous avaient montré comment faire des casseroles, des assiettes et plein d'autres en terre battue. Mais ils étaient malgré tous des envahisseurs, et nos ancêtres vivaient mal leur domination. Les Bahavu pensaient que tout besoin en outil pouvait être comblé par de l'argile, par de la poterie. C'est ainsi qu'ils construisaient des grosses pirogues en terre battue, ils les brulaient pour les rendre plus résistantes et après trois jours embarquaient pour se rendre sur Idjwi sud. Mais ils ne revenaient jamais. D'autres Bahavu se lançaient ainsi à leur recherche, en empruntant aussi des mêmes pirogues en terre battue, et mourraient aussi. Les Bahavu ne savaient pas si leurs frères arrivaient sur l'autre partie de l'île ou s'ils se noyaient, mais nos aïeux pygmées eux savaient qu'ils se noyaient et mourraient car aucune embarcation en argile ne pouvait résister sur l'eau. Nos ancêtres eurent alors de la compassion pour les envahisseurs, ils leur apprirent alors à construire des pirogues en bois, car eux seuls avaient cette connaissance. Ainsi ils ne mouraient plus, nos ancêtres avaient fait preuve d'amour même à l'égard de leurs persécuteurs », nous raconte, en langue locale et tout fièrement une femme, d'une soixantaine d'années.

Actuellement sur l'ile, les pygmées vivent de la vente des objets en argile et de la pêche. A défaut de champs pour l'agriculture et de forêt pour la chasse, ils se contentent de l'activité de la poterie que leur avaient tout de même appris les Bahavu, et de la pêche sur des pirogues héritées de leurs ancêtres qui, selon la légende, étaient les seuls à savoir en fabriquer avant de partager le secret avec les Bahavu. Ainsi donc, quoique démunis, les pygmées de Idjwi restent fiers de leurs ancêtres.

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