29 Mars 2017

Zimbabwe: Après la sécheresse, le pays fait face à une infestation par la légionnaire d'automne

La présence de la légionnaire d'automne a été signalée pour la première fois sur le continent africain il y a à peine an, mais cette chenille, qui doit son nom à son habitude de progresser en grand nombre, a déjà attaqué des centaines de milliers d'hectares de maïs dans une dizaine de pays africains. Elle constitue donc une grave menace pour la sécurité alimentaire.

Spodoptera frugiperda est un ennemi redoutable. Les pesticides ne sont efficaces que lorsque les larves sont très petites et qu'elles n'ont pas encore causé de dommages visibles sur les plantes cultivées. Après cela, il n'y a pas de solution miracle. Cet insecte nuisible peut entraîner jusqu'à plus de 70 pour cent de pertes de récoltes.

Suite aux sécheresses induites par le phénomène El Niño, quatre millions de Zimbabwéens ont eu besoin d'aide alimentaire pendant la campagne agricole 2015/2016.

Cette année, les pluies abondantes avaient fait naître l'espoir d'une bonne récolte, mais cet espoir a été anéanti par les légionnaires d'automne qui ont attaqué les plantes de bon nombre d'agriculteurs.

Vavariro Mashamba, 51 ans, a une ferme dans le district de Karoi, au centre-nord du Zimbabwe. Il espérait récolter dix tonnes de maïs sur chacun de ses 20 hectares de terre mis en culture.

Mais lorsqu'il a vu des trous irréguliers sur le feuillage de ses plantes et des chiures semblables à de la sciure près des verticilles et des feuilles supérieures, il a compris qu'il avait un problème. Il ne peut désormais espérer mieux qu'un rendement de six à sept tonnes par hectare.

« Au début, j'ai cru que c'était des chenilles légionnaires d'Afrique (Spodoptera exempta) qui attaquaient mes plantes. J'ai acheté du carbaryl, un pesticide, et j'en ai pulvérisé sur les plantes. Ça n'a rien changé. Au contraire, les vers ont continué à se multiplier dans mon champ », a-t-il dit à IRIN.

Des experts du ministère de l'Agriculture ont visité sa ferme, mais il était trop tard pour éliminer les légionnaires d'automne (le mot « automne » renvoie aux habitudes alimentaires de cette chenille : en Amérique, d'où elle est originaire, c'est à la fin de l'été et au début de l'automne qu'elle cause le plus de dommages. Plus de détails ici). M. Mashamba a essayé différents pesticides, mais en vain.

Un problème répandu

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui a convoqué une réunion d'urgence à Harare au mois de février, jusqu'à 130 000 hectares de céréales pourraient déjà être infestés par la légionnaire d'automne au Zimbabwe, 90 000 hectares en Zambie, et 50 000 hectares en Namibie.

En Afrique, leur présence a d'abord été signalée au Nigeria en janvier 2016 ; elle a ensuite été confirmée en Afrique du Sud, au Botswana, au Congo, au Ghana, au Kenya, au Malawi, en Ouganda, au Swaziland et au Togo.

Shingirayi Nyamutukwa, chef intérimaire de la protection des plantes au sein du Département de la Recherche et des Services spécialisés du gouvernement, a indiqué que les dix provinces du pays avaient signalé la présence de la chenille, mais qu'il était difficile d'établir l'ampleur des dommages pour la production à ce moment-là, car les plantes cultivées étaient à différents stades de développement.

« En octobre dernier, nous avons commencé à recevoir des rapports indiquant que des insectes nuisibles causaient des dommages aux plantes cultivées dans la province du Matabeleland septentrional » a dit M. Nyamutukwa, en avertissant qu'une grande partie des 1,3 million d'hectares consacrés à la culture du maïs dans le pays étaient potentiellement menacés.

Le directeur du Syndicat des agriculteurs du Zimbabwe, Paul Zacariya, a dit que le pays n'était pas préparé à l'arrivée des légionnaires d'automne. « Les agriculteurs n'ont reçu aucune information, aucune alerte pour les prévenir de la présence des ravageurs.

Ainsi, bon nombre d'agriculteurs n'étaient pas en mesure d'identifier les insectes nuisibles, et ils n'avaient pas les connaissances et les compétences requises pour limiter les dommages causés », a-t-il expliqué à IRIN.

La sécurité alimentaire menacée

Soulignant la résistance acharnée aux méthodes d'éradication disponibles, David Phiri, le Coordonnateur sous-régional de la FAO pour l'Afrique australe, a dit craindre que « les insectes nuisibles ne soient pas près de disparaître ».

« Les coûts et les conséquences d'un tel scénario sont très importants, ainsi que nous avons pu le constater dans les régions où ces insectes sont endémiques, comme au Brésil, où la lutte contre les nuisibles coûte au gouvernement plus de 600 millions de dollars par an », a-t-il mis en garde.

« Les conséquences pour les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire sont aussi trop graves pour être envisagées, et des évaluations doivent être réalisées pour établir les dommages causés ».

Lors de la réunion d'urgence, la FAO a préconisé une intervention au niveau national dans le cadre du programme régional de gestion intégrée de la légionnaire d'automne. « Nous travaillons d'ores et déjà avec nos autres partenaires.

Nous sommes prêts à aider les pays à réaliser les évaluations nécessaires afin de mieux comprendre l'ampleur et l'intensité de la menace posée par les légionnaires d'automne dans la région », a dit M. Phiri.

Cependant, il a prévenu qu'il faudrait peut-être plusieurs années pour développer des méthodes efficaces de lutte contre les insectes nuisibles.

« L'utilisation de variétés de semences à maturation rapide et la plantation précoce peuvent permettre de limiter les invasions et les dommages causés par la légionnaire d'automne, a-t-il expliqué. Aucune méthode, aucun produit n'a permis d'éradiquer la légionnaire d'automne ».

Parmi les nouvelles mesures présentées lors de la réunion figuraient l'introduction d'autres insectes, tels que des chrysopes, des coccinelles, des anthocoridés, des guêpes parasites, et des mouches - qui se nourrissent tous des œufs de la chenille légionnaire.

 Selon M. Nyamutukwa, les agriculteurs devraient traiter leurs plantes avant que les larves de la chenille légionnaire n'atteignent les verticilles ou les épis des plantes plus mûrs.

Quand les agriculteurs le font assez tôt, c'est la pulvérisation au sol et à haute pression de 340 litres d'insecticides par hectare qui semble donner les meilleurs résultats.

« Il est également recommandé d'utiliser les pesticides tôt ou tard dans la journée, car les larves de la légionnaire d'automne sont plus actives à ces périodes-là », a expliqué M. Nyamutukwa, en ajoutant que les experts du ministère, aussi appelés conseillers agricoles, étaient désormais les mieux placés pour faire face à l'infestation.

« Jusqu'à présent, 479 conseillers [agricoles] et groupes de travail ont été formés dans les dix provinces du pays et ils ont reçu des produits chimiques, qui ont été distribués gratuitement dans toutes les provinces pour le contrôle des légionnaires d'automne », a-t-il dit.

En outre, le gouvernement zimbabwéen se prépare pour la saison des blés cet hiver, en mettant en place des systèmes de prévision des apparitions de légionnaires au niveau local. Il prévoit de créer des cliniques des plantes au sein des communautés rurales.

« Si les agriculteurs n'arrêtent pas la progression des insectes nuisibles et que ceux-ci attaquent les épis et les grains en développement, alors ils perdront un pourcentage impossible à déterminer, car les plantes n'ont pas été récoltées.

Les infestations de légionnaires d'automne ont un impact négatif sur les rendements, [et] une baisse des rendements représente une menace pour la sécurité alimentaire et la nutrition », a-t-il expliqué.

M. Zacariya, le directeur du syndicat des agriculteurs, a souligné combien la sécurité alimentaire était essentielle pour le développement rural du Zimbabwe et a mis en avant le besoin d'aide face à l'invasion de légionnaires.

« Les légionnaires d'automne provoquent une baisse drastique des rendements des agriculteurs. Les carences ainsi créées devront être comblées par des filets de sécurité locaux, ou le gouvernement et les agences d'aide alimentaire devront intervenir et mettre en œuvre des programmes d'aide alimentaire pour prévenir toute pénurie ».

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