5 Avril 2017

Bénin: Promesse de mandat unique - Talon doit tenir parole

Photo: Le Pays
Patrice Talon , Président du Bénin

C'est un second pied de nez que l'Assemblée nationale béninoise vient de faire au président béninois, Patrice Talon. En effet, elle vient d'opposer son veto au principe même de la révision constitutionnelle qu'a entrepris le chef de l'Etat, après avoir une première fois refusé d'examiner en urgence ledit projet.

Avant de s'intéresser à l'état d'âme du président qui doit se retrouver groggy après cette déconvenue politique, il faut saluer la maturité et la clairvoyance politiques des députés béninois qui, fidèles à la réputation de label démocratique du Bénin, ont mis un cran d'arrêt au forcing du président.

Quant à Talon, l'on peut bien être tenté de dire qu'il en prend bien pour son entêtement et sa hâte suspecte à vouloir modifier la loi fondamentale de son pays.

En effet, il n'y a pas de crise politique majeure au Bénin menaçant la stabilité des institutions du pays, et le mandat unique que le chef de l'Etat voulait inscrire dans les textes fondamentaux relève plus d'un engagement personnel.

L'on peut même se demander si cette affaire de mandat unique n'était pas un appât destiné à faire mordre le peuple à l'hameçon et l'amener à entériner des dispositions moins nobles telles que l'impunité pour les dirigeants ou la diminution des pouvoirs des magistrats que comportait le projet de modification constitutionnelle.

Sous d'autres cieux, ce désavœu cinglant que l'Assemblée nationale vient d'infliger au président aurait suffi à le mettre définitivement hors course ; mais nous sommes en Afrique. Maintenant que le manège n'a pas fonctionné, que fera Patrice Talon ?

Deux hypothèses semblent possibles. La première est que Talon ravale son orgueil et se tienne à carreaux. Cette option serait la voie de la sagesse. Le président qui a sans doute des choses à cacher, prend conscience qu'à vouloir à tout prix se mettre à l'abri, il risque d'aboutir à l'effet contraire.

Il faut craindre que cette affaire de révision constitutionnelle n'entame l'image du chef de l'Etat

La sagesse populaire ne dit-elle d'ailleurs pas qu' « à force de trop gratter, le poulet finit pas se mettre une paille dans l'œil » ? Cela dit, la seconde hypothèse est que l'homme s'entête et aille se pourvoir autrement et revienne à la charge.

Dans ce cas de figure, il pourrait chercher les moyens de contourner l'Assemblée nationale pour consulter directement le peuple par référendum. Sous réserve de ce que prévoient les dispositions constitutionnelles en la matière au Bénin, ce serait pour le moins un acte de défiance vis-à-vis de l'Assemblée nationale.

Quelle que soit l'option prise, il faut craindre que cette affaire de révision constitutionnelle n'entame sérieusement l'image du chef de l'Etat.

Mais, il n'en est qu'au début. Il a encore largement le temps de se rattraper, en sauvant son honneur par la tenue de la parole donnée sur son engagement sur le mandat unique et en soignant son image par une vertueuse gouvernance économique.

C'est d'ailleurs la meilleure option pour se racheter auprès de son peuple et se faire pardonner les frasques qu'il a sans doute commises comme opérateur économique et qu'il tient à masquer par les mesures d'impunité qu'il tente d'inscrire dans la Constitution.

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