6 Avril 2017

Burundi: Quand Alexis Sinduhije trahit l'opposition radicale

Un élément sonore dans lequel le président du parti MSD, lors d'une réunion avec certains opposants de la diaspora, regrette les échecs de l'opposition depuis 2015, a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Le blogueur Anicet Nyamweru se livre à une analyse personnelle des propos polémiques de cette figure l'opposition.

'Tant parle-t-on qu'on se contredit', dit-on en Français, 'Imvuzi ya cane iravuga ikivugira', pourrait-on le traduire en Kirundi. Au-delà des mots, les récents propos du président du MSD où il regrette les erreurs commises par son camp depuis 2015, démasque, d'une façon ou d'une autre, l'opposition radicale et ses acolytes. Sinduhije n'a-t-il pas trahi son camp sans le savoir ? Une analyse de ses propos conduit à se poser des questions, dont les réponses ne peuvent que dénuder ces politiciens et activistes.

Opposants politiques ou amateurs politiques ?

Dans ses propos, Alexis Sinduhije regrette d'abord l'amateurisme du coup d'Etat de mai 2015 en quoi ils avaient placé pleine confiance, car étant le point culminant de leur insurrection.

Mais comment ces hommes et femmes de l'opposition radicale, qui se vantaient nombreux et puissants, se sont coalisés pour un coup amateur ? Un observateur avisé les qualifierait eux aussi d'amateurs politiques car il leur manque la maturité, la prudence et surtout la sagesse.

Sinduhije regrette aussi l'absence du « plan B » pour renverser le pouvoir en place. Autrement dit, il reconnaît leur maladresse et leur incapacité d'organisation ou de planification, qui se traduit par le tâtonnement dans leurs agissements.

Mais, est-ce ces gens sans sens de planification ni reflexe de plan B qui cherchent à diriger le Burundi ? De tels politiciens imprudents sont dangereux pour le pays car, une fois aux commandes, ils n'hésiteraient pas à prendre des décisions maladroites conduisant le pays dans le gouffre.

Le pays a plutôt besoins des leaders visionnaires, qui ne mettent pas tous leurs œufs dans un seul panier, sans même peser les forces ni analyser les enjeux en présence.

Une opposition impuissante et irresponsable ?

Sinduhije regrette l'incapacité de son camp à mener une guerre et se lamente avec remords « ... nous ne sommes pas assez formés en la matière... nous sommes vieux pour mener une guerre... nous ne savons même pas comment ça se fait », regrette-t-il. Ici, Sinduhije, sanctionné par les USA pour des actes de déstabilisation de la région, reconnaît l'impuissance de son camp. Ils n'ont pas de forces pour mener la guerre.

Autrement dit, il avoue leur incapacité. Paradoxalement, tout en reconnaissant leur impuissance, il dit qu'ils vont chercher « d'autres qui en seraient capables pour les aider». Mais, concrètement, qui sont ces renforts magiques qui vont sauver cette impuissante opposition ?

Des mercenaires ? Ou d'autres jeunes apprentis à l'instar de ceux qui ont attaqué le pays à Cibitoke, Kabarore ou Muyinga ? Quel genre de politiciens irresponsables qui entrainent sciemment des enfants du pays dans des chemins qui n'aboutissent pas!

Une société civile rebelle ?

Sinduhije regrette également que l'argent collecté par des opposants de la diaspora pour financer une « soi-disant révolution » au Burundi n'est pas géré par les politiciens de l'opposition radicale mais plutôt par les leaders des fameuses « organisations de la société civile » et pire encore d'une façon opaque.

D'abord ici, Alexis Sinduhije démasque ouvertement certaines des soi-disant organisations de la société civile et leurs leaders en confirmant qu'ils sont derrières différents actes de perturbation de la sécurité du pays comme l'avait avancé le ministère de l'Intérieur en les radiant de la liste des organisations agréées. Ici, les choses deviennent on ne peut plus claires : une organisation qui collecte et gère des fonds pour mener une guerre ne peut plus se réclamer de la société civile.

Une opposition non crédible ?

Comme si cela ne suffit pas, Alex Sinduhije confirme que la communauté internationale et même la diaspora n'ont plus confiance en l'opposition radicale quant à la gestion de l'argent qu'elle recevait de ses donateurs. Malheureusement, ces derniers n'ont même pas de pièce de rechange car même la fameuse société civile ne fait que les mêmes gâchis.

Ici on sent une odeur de malversation, de détournement et de gestion opaques qui se dégage de la maison de cette impuissante opposition et sa partenaire société civile. Et pourtant ce sont ces activistes et politiciens qui ne cessent d'accuser Bujumbura de malversation économiques ou de détournement et qui disent qu'ils veulent apporter un changement.

Ici une question se pose : Ces politiciens incapables de bien gérer de petites cotisations de quelques Burundais de la diaspora, que feraient-ils une fois au pouvoir ? Parviendraient-ils à bien gérer l'argent du contribuable ou ils continueraient avec leur rythme de gestion opaque et de détournement ?

L'opposition dans l'embarras

Si les réponses à toutes ces questions me semblent révélatrices, il reste à savoir ce que sera la réaction de l'opposition et la société civile humiliées par un des leurs. Comment vont-ils soigner ces blessures causées par l'ouragan Sinduhije ?

Vont-ils rejeter les propos de Sinduhije en disant qu'ils ne concernant que celui qui les a prononcés ? Vont-ils avaler cette pilule amère en endossant ces propos qui les trahissent ?

En tout cas, même si les blessures de l'opposition et de ses acolytes, causées par ces révélations involontaires de Sinduhije, venaient à être pansées, les cicatrices, elles, resteront ou prendront du temps pour disparaître. Ou jamais.

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