7 Avril 2017

Cameroun: Etudes au Maroc - Le cas des boursiers

Des retards de paiement de la contrepartie nationale amènent souvent à solliciter les parents au pays.

Journée plutôt ensoleillée ce mardi 21 mars à Rabat, capitale politique du royaume du Maroc. A l'ambassade du Cameroun, sise à la rue Rif-Souissi, de jeunes gens vont et viennent en toute camaraderie. On comprendra très vite qu'il s'agit d'étudiants, plus précisément des membres du bureau de la Camerounian Student's Association in Morocco (CASAM). Le regroupement du jour vise, selon Salihou Amadou, président de la CASAM, à faire le point des préparatifs de la journée culturelle camerounaise que l'association organise chaque année au mois d'avril.

« Mais comme on se retrouve à l'ambassade, on profite toujours pour poser le problème de nos camarades qui rencontrent des difficultés financières, vu que les bourses tardent toujours à arriver. L'un est actuellement malade et en général, l'ambassadeur contribue à assurer la prise en charge », rapporte le jeune étudiant, indiquant que « cette question de difficulté de paiement des bourses perturbe sérieusement les études de certains boursiers au Maroc ». A l'ambassade du Cameroun au royaume du Maroc, l'on se souvient avoir contenu de justesse une grève d'étudiants au courant de l'année 2015. Nous étions 139 boursiers à attendre le complément de bourse depuis plus d'un an. Les études et même la vie de tous les jours devenait impossible. Las, nous avons tenté un sit-in à l'entrée de la chancellerie », rapporte le président de la CASAM.

Fort heureusement, l'action de l'ambassadeur a permis de trouver une solution. Depuis lors, malgré « les tensions de trésorerie au pays », comme le précise S.E Mouhamadou Youssifou, le gouvernement s'efforce à verser sa contrepartie au bout d'un an maximum. Un retard qui demeure long, compte tenu du coût de la vie au Maroc. En moyenne, « nous avons besoin d'environ 1 800 000 F par an, soit 150 000 F le mois pour vivre convenablement. Mais là, nous sommes à 120 000 F en moyenne, soit 45 000 versés mensuellement par le Maroc et 75 000 F par le gouvernement du Cameroun. Le Maroc paie effectivement sa part chaque fin de mois mais côté Cameroun, il faut attendre la fin d'année pour recevoir la totalité de la bourse de l'année précédente », rapporte l'un des étudiants. C'est dire que « si vos parents ne vous aident pas en première année, jamais vous ne tiendrez... Dès la deuxième année, il faut être un bon gestionnaire pour échelonner l'argent sur les douze mois.

Autrement, c'est à nouveau la rame », précise un autre, soulignant que « les coûts de transport sont exorbitants et les loyers dans certaines villes le sont encore plus. Il faut compter avec les besoins quotidiens d'étudiants ». Au Maroc, les anciens étudiants reconnaissent cependant qu'il y a quelques années, « le gouvernement du Cameroun a relevé le montant de la bourse annuelle de 600 000 à 900 000 F, soit de 50 à 75 mille F le mois mais, compte tenu des charges, cette somme reste insuffisante.

Parole aux étudiants

Romaric Souglanebie Oloum: « J'ai eu la chance de trouver un emploi»

Doctorant en administration des affaires.

« Je suis arrivé au Maroc en 2006 au sein d'une communauté de 35 autres étudiants, boursiers de l'Etat camerounais et du royaume marocain. J'ai effectivement pu étudier dans différents domaines avec au bout, la chance de trouver sur place un travail que j'effectue en parallèle de mes études doctorales. D'autres Camerounais sont venus avant ou après moi, et ont eu des parcours similaires et exercent aujourd'hui dans des entreprises au Maroc. Mais c'est un nombre très limité. Parce que ce n'est pas facile de s'insérer ici. Il y a des préférences qui n'intègrent pas toujours les étrangers. Et même, ce sont les pays partenaires du royaume qui restent prioritaires et le Cameroun n'en fait pas partie. »

Salihou Amadou: « Nous organisons l'accueil des nouveaux »

Président de l'Association des étudiants et stagiaires camerounais au Maroc.

« L'association est constituée d'un bureau exécutif qui coiffe les bureaux des régions. Tous organisent des activités au fil de l'année académique. Le bureau national se charge pour sa part d'organiser des activités qui regroupent tout le monde. En général nous avons quatre à cinq activités : un tournoi sportif en été, l'accueil des nouveaux étudiants en septembre, la journée d'intégration et de sensibilisation de ces nouveaux en novembre. Des fois, nous organisons un voyage pendant l'hiver et enfin, en avril, il y a l'activité phare, qui est la journée culturelle camerounaise, ponctuée de conférences, d'un concours de l'entreprenariat, la gastronomie et des activités d'exposition de notre patrimoine. »

Brice Mitsoune Ntsoude: « La première difficulté, c'est l'intégration »

Etudiant en Master spécialisé en géomatique.

« Généralement, quand un nouvel étudiant arrive au Maroc, la première difficulté c'est l'intégration avec les Marocains notamment. Avec les autres Africains ça se passe super bien mais avec les Marocains eux-mêmes c'est plus compliqué, certains ayant du mal à intégrer qu'ils sont eux-aussi Africains. Il y a ensuite la barrière linguistique, les Marocains parlant beaucoup plus l'arabe que le français. Mais bref, on finit par s'y faire, sachant qu'après les études, il faudra aller voir ailleurs ; l'emploi ici ne nous est pas donné. Même pour de simples stages académiques, ce n'est déjà pas facile. »

Martin Fabrice Mbarga Nkogo: « Beaucoup de problèmes financiers »

Elève ingénieur en mécatronique.

« Lorsque les boursiers arrivent ici, ils doivent attendre un an, voire plus avant de toucher le complément de bourse de la part du Cameroun, qui est de 75 000 F par mois. Du coup, durant la première année, les étudiants rencontrent beaucoup de problèmes financiers. Ça commence à se stabiliser à partir de la deuxième année d'étude. Si le gouvernement pouvait donner sa contrepartie plus tôt et chaque mois, les étudiants vivraient nettement mieux. Surtout que la bourse principale, versée par le Maroc, qui est de 45 000 F, s'arrête au 11e mois, le douzième étant retenu pour l'assurance santé. On souhaite également que le Cameroun trouve un moyen de supporter cette assurance à la place des étudiants. »

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