11 Avril 2017

Guinée: Visite d'Alpha Condé à Paris - Le «testament» africain de François Hollande

Photo: Elysee.fr
Le président François Hollande a prononcé une déclaration conjointe avec M. Alpha CONDÉ, Président de la République de Guinée dans le cadre de sa visite d’Etat en France

Le mot a beau être galvaudé, utilisé à toutes les sauces à tort et à travers, c'est un voyage «historique» qu'effectue le président guinéen Alpha Condé à Paris. L'historicité de l'événement tient à deux raisons.

D'abord, c'est la première fois depuis 35 ans qu'un président guinéen effectue une visite d'Etat en France. Les relations entre Paris et Conakry ayant été ce qu'elles furent après le NON retentissant de Sékou Touré à de Gaulle en 1958, l'Elysée n'était pas à proprement dit, la cour de récréation des dirigeants guinéens qui, ostracisés par l'Hexagone, s'étaient consolés dans les bras d'autres puissances, l'URSS et ses satellites en l'occurrence.

Il a fallu attendre l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand et des socialistes en mai 81 pour que Sékou Touré daigne se rendre en France.

Et puis plus rien depuis le chef du village de Wawa, Lassana Konté, qui «ne partait pas puiser l'eau chaque matin à Paris», selon ses propres mots, à Sékou Ba Konaté en passant par le pittoresque Moussa Dadis Camara.

Premier chef d'Etat guinéen à être reçu à l'Elysée depuis trois décennies, le locataire du Sékhoutouréya (palais présidentiel de Guinée) devrait aussi être le dernier président africain, sinon même le dernier président tout court, que «le camarade» François reçoit ; lui qui quitte la présidence de la France à l'issue de la présidentielle d'avril-mai. C'est donc une rencontre d'adieu ente les deux hommes.

Ensuite, en recevant Condé, Hollande fait en réalité d'une pierre deux coups, puisque le professeur est également, depuis janvier dernier, le président en exercice de l'Union africaine. En creux, c'est un adieu à ses homologues africains et au continent noir.

«C'est la dernière visite d'Etat que j'organise et j'ai souhaité que ce soit à la fois pour Alpha Condé, pour la Guinée et pour l'Union africaine», a effectivement déclaré le président français.

C'est à peine s'il ne confie pas son testament pour l'Afrique au premier des Guinéens. En effet, pour le premier magistrat français, «la France n'intervient pas pour gérer ses propres intérêts, assure François Hollande.

Elle a à faire valoir la qualité de ses entreprises. La France n'intervient pas pour faire infléchir ou faire changer des règles politiques ou des régimes électoraux.

La France, elle, est en soutien de l'Afrique parce qu'elle pense que ce continent a un grand potentiel, mais aussi des difficultés qu'il faut régler et que ce qui se passe en Afrique a des conséquences en Europe, ne serait-ce que l'immigration, le terrorisme, l'instabilité. Donc notre intérêt commun - la France, l'Europe, l'Afrique - c'est d'agir pour le développement, pour la paix et pour la sécurité».

Il est vrai qu'on peut tout lui reprocher sauf de ne s'être pas intéressé au continent noir où il semblait même plus à l'aise que dans son propre pays.

Et plus que le président, c'est le « général » Hollande qu'on a vu sur les théâtres d'intervention en Afrique. N'eût été la mise sur pied de l'opération Sangaris, la Centrafrique qui partait en lambeaux n'aurait certainement pas recouvré la paix.

Et que dire du déploiement, d'abord, de Serval et, ensuite, de Barkhane au Mali qui ont permis de contenir la progression des djihadistes et contribuent aujourd'hui à la lutte contre le terrorisme dans les pays du G5 Sahel.

Ce n'est pas un hasard s'il a été dûment célébré en général victorieux, couvert de lauriers lors du sommet France-Afrique à Bamako ensuite à Tombouctou, principal foyer de la crise malienne.

Mais de là à pousser l'angélisme, la naïveté jusqu'à le suivre quand il déclare que la France n'intervient pas pour gérer ses propres intérêts est sans doute un pas qu'on se garderait de franchir. N'est-ce pas un de ses prédécesseurs qui nous avait appris que la France n'a pas d'amis mais que des intérêts ?

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