11 Avril 2017

Burkina Faso: Hausse des prix des loyers de la commune - Zeph surfe sur la vague des mécontents

Pour trouver les fonds et financer les grands chantiers de la commune, le maire Armand Béouindé est prêt à aller partout. Jardins, boutiques, herbiers, prises électriques, soins bucco-dentaires, majorettes... le bourgmestre veut ratisser large. Mais pour l'heure, l'augmentation du prix des différents services offerts par la municipalité n'est qu'au stade de proposition et doit être discutée en plénière.

De quoi susciter quand même un lever de bouclier du groupe municipal UPC qui s'est fendu d'un communiqué le 6 avril dernier. Jean-Léonard Bouda, le président dudit groupe, assure que si ces délibérations sont entérinées, beaucoup de commerçants risquent de mettre la clé sous le paillasson.

Le chef de file de l'opposition politique, Zéphirin Diabré, est descendu hier dans l'arène pour prêter main forte à ses conseillers. Le CFOP est allé à la rencontre de commerçants touchés par ces nouvelles mesures.

Même si Ouagadougou n'est pas spécialement réputée pour être la ville de l'amour, ils sont nombreux ces couples qui se mettent la bague au doigt chaque week-end dans les 12 arrondissements que compte la capitale.

Mais l'UPC jure la main sur le cœur que si la révision des tarifs de la commune était approuvée, cela découragerait les candidats aux épousailles. Déjà que sous nos cieux, pour se marier, il faut casser la tirelire, avec ces nouvelles mesures, un prêt mariage ne serait pas de trop.

La location des salles de fêtes des mairies d'arrondissement où sont célébrées les idylles passe en effet de 15 000 à 50 000 F. Et pour ceux qui veulent faire dans le pompeux, il faudra casquer 200 000 F au lieu des 100 000 F pour la salle de la mairie de Ouagadougou.

Pour le lunch, il convient également de sortir la calculatrice, car vous serez la victime indirecte de l'augmentation des loyers.

A titre d'exemples, celui du jardin Loudun passera de 400 000 F CFA à 1 million de F CFA par mois et celui du jardin de la mairie de Bogodogo de 25 000 à 500 000F, « un taux d'augmentation de 2000 % », précise l'UPC.

Et si vous parvenez à surmonter toutes ces obstacles et que pour les festivités, vous désirez inviter l'ensemble artistique de la commune (fanfare, majorette ou orchestre), il faudra déposer sur la table 50 000 F de plus qu'actuellement.

Ça y est, votre mariage est une vraie réussite. Sauf que votre oncle, un habitué du fait, après quelques verres d'alcool de trop, a mal négocié un virage lorsqu'il rentrait chez lui.

Résultat : une mâchoire fracturée. Il a été conduit au centre bucco-dentaire. Là aussi, les prix des services ont été revus à la hausse.

Par exemple, pour une radiographie, le patient devra débourser 3000 F au lieu de 1600 F, l'extraction d'une dent passera, elle, de 2400 à 4000 F. Après avoir réglé l'ordonnance, vous faites le bilan de vos dépenses au sortir du mariage : une fortune. Mais à la fin du mois, une autre mauvaise surprise vous attend.

Habitant de la cité communale de Tampouy, votre loyer est passé de 25 000 à 75 000 F. Pendant que vous êtes en train de vous morfondre sur votre sort, votre petit neveu, lui, à un autre souci : il a besoin que vous lui donniez 5 000 F. C'est le prix pour constituer désormais un herbier au parc Bangr-wéogo alors que par le passé cela était gratuit.

Aux côtés de ces nouvelles tarifications, il y a surtout la hausse du prix du loyer des boutiques de la commune. Au marché de Zogona, il passe de 2 000 à 125 000 F. A la maison du Peuple, il évolue de 10 000 à 50 000 F.

Pour Armand Béouindé, ces nouvelles délibérations visent à actualiser des tarifs désormais dépassés et surtout permettent de mobiliser des ressources propres pour le budget de la commune.

Foi du bourgmestre de la capitale, ces montants ont été proposés par une commission ad hoc à laquelle ont participé des membres de l'opposition. Faux, a rétorqué hier, Nathanaël Ouédraogo, le 3e adjoint, qui assure avoir personnellement assisté à une rencontre sur cinq parce qu'ayant constaté que « c'est le maire qui imposait son point de vue ».

« Mobiliser sur les mécontentements »

Cette nouvelle tarification a été discutée le vendredi 7 avril 2017 au sein de la Commission Affaires économiques et financières, mais les opposants ont boudé la rencontre.

Cela n'empêche pas la procédure de suivre son cours normal : le projet va atterrir en plénière où le rapport de force est largement en faveur du parti au pouvoir. Un combat pour autant perdu d'avance ? L'opposition municipale change de stratégie et compte sur le soutien populaire.

C'est le marché de cycles, plus connu sous le nom de théâtre populaire (TP), qui a accueilli en premier la délégation conduite par le chef de file de l'opposition politique, Zéphirin Diabré.

Le loyer dans ce marché des deux roues passera de 3 000 F au double. Zeph et sa suite se sont ensuite rendus au marché de Zogona et sur l'avenue Charles-de-Gaulle où de nombreuses boutiques sont sur le champ des « radars à sous ».

Partout où sont passés les opposants, ils ont eu un écho favorable auprès des commerçants ravis de voir en l'opposition le défenseur de leurs intérêts.

Tous, disent la même chose : « on ne pourra pas supporter de telles augmentations du prix du loyer. » Beaucoup disent subir le dictat des intermédiaires qui vont, pour sûr, répercuter la hausse sur eux.

A la fin de sa ronde d'observation, Zéphirin Diabré a livré son analyse de la situation. « Ce qui ressort, c'est que l'économie est très morose, les gens ne vendent pas. Même si la mairie doit procéder à l'augmentation, il faut quand même que ça soit raisonnable », a-t-il expliqué.

Pour Zeph, il faut que la mairie revoie sa copie et organise une concertation avec les différents acteurs pour aboutir à un niveau optimum de tarif. Et de promettre que l'opposition va peser de tout son poids pour pousser le parti au pouvoir à faire marche arrière.

Même comme il l'a martelé pour justifier cette sortie, que le rôle de l'opposition « c'est d'être aux côtés des populations », sa visite avait un autre intérêt : grappiller quelques soutiens pour le meeting du 29 avril 2017 à la maison du Peuple.

Et il ne s'en ait pas caché : « Il n'y a pas de problème, si les commerçants se sentent dans une situation où ils sont obligés de participer à l'expression de leurs doléances avec nous dans la maison du Peuple.

Le rôle d'une opposition est de mobiliser sur les mécontentements. C'est ceux qui sont en charge du pays qui doivent gérer bien pour que nous ne puissions pas mobiliser ».

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