11 Avril 2017

Burkina Faso: Lutte contre la tuberculose - Difficile combat d'un mal aérien

interview

Maladie préhistorique dont le germe a été découvert en 1882 par l'Allemand Robert KOCH, la tuberculose fait toujours parler d'elle. Au Burkina Faso, alors que l'OMS fait état de près de 9 000 personnes atteintes chaque année, seulement 5 000 d'entre elles sont dépistées.

Où se retrouvent les autres ? Ces malades errants ne contribuent-ils pas à allonger la chaîne de la contamination ? Comment se transmet la maladie et peut-on en guérir ?

Dans ce numéro, faisons plus amples connaissances avec une vieille ennemie, toujours redoutable, à travers cet entretien avec le Dr Adama Zigani, médecin pneumologue, par ailleurs responsable du Centre national de lutte antituberculeuse (CNLAT).

Qu'est-ce que la tuberculose ?

Elle peut être définie comme une maladie infectieuse, contagieuse, d'évolution chronique, à transmission interhumaine.

Elle est due à la présence dans l'organisme d'une bactérie appelée Mycobactérium tuberculosis. Cette bactérie est la plus fréquente, mais il existe deux autres types appelés Mycobactérium africanum et Mycrobactérium bovis.

Comment se transmet-elle ?

Le mode de transmission est essentiellement aérien. Un malade qui fait une forme de tuberculose dite pulmonaire expulse, au cours de la toux, du rire ou de l'éternuement, des particules de crachats qu'on appelle les gouttelettes de Plügge.

Ces particules peuvent rester au moins deux heures en suspension dans l'air. Et lorsqu'une personne non malade va respirer ces particules, les microbes y contenus vont se loger dans les poumons, passer dans la circulation sanguine et se retrouver dans la grande circulation.

Soit ils vont se développer au niveau des poumons, c'est la tuberculose pulmonaire, soit à partir de la circulation sanguine, ils vont atteindre d'autres organes et développer d'autres formes de la maladie.

Quelles sont les différentes formes de tuberculose ?

Il y a bien entendu la tuberculose pulmonaire, la plus fréquente et la plus connue (c'est cette forme qui fait tousser). Mais le microbe, comme je l'ai dit, peut passer dans la circulation sanguine ou lymphatique et se loger dans tous les tissus de l'organisme. C'est ainsi qu'on peut avoir des localisations au niveau de certains organes qu'on appelle les séreuses, qui sont des tissus qui entourent les organes nobles (poumon, ventre, cœur, méninge).

C'est ce qu'on appelle la tuberculose des séreuses. Ensuite, il y a les tuberculoses osseuses dont les formes les plus connues sont le mal de Pott ou la localisation au niveau de la colonne vertébrale qui entraînent des paralysies chez certaines personnes et les localisations au niveau des articulations qui entraînent des handicaps moteurs.

Il y a également les localisations au niveau des ganglions, appelées tuberculoses ganglionnaires caractérisées par des boules qui apparaissent au niveau du cou, des aisselles et dans l'abdomen. Enfin, Il y a la tuberculose disséminée qui est une atteinte de plusieurs organes comme le foie, le rein, l'œil, le sang, les poumons...

Quel est le temps d'incubation de la maladie ?

De par la caractéristique de son microbe qui est à multiplication lente, la tuberculose est une maladie chronique. Une personne contaminée peut manifester dans un délai court des symptômes.

C'est ce qu'on appelle la primo infection tuberculeuse, elle apparaît assez rapidement. Mais dans les formes les plus classiques il faut attendre plusieurs mois, voire plusieurs années pour voir l'apparition des premiers symptômes.

Comment se manifeste la tuberculose ?

Les manifestations sont fonction de l'organe atteint. Toutefois, les symptômes généraux sont l'amaigrissement, l'anorexie (perte d'appétit), l'asthénie, la fièvre nocturne avec des sueurs profuses, l'absence de règles chez une femme en âge de procréer.

Mais de façon spécifique, pour la tuberculose pulmonaire, le premier signe, c'est la toux chronique, de plus de 14 jours, avec expectoration de crachats accompagnés de pus, parfois de sang.

Et comme c'est une localisation pulmonaire, selon l'évolution, le patient peut se plaindre de douleurs thoraciques et même de difficultés respiratoires.

Pour la tuberculose des séreuses, il va y avoir essentiellement une collection liquidienne au niveau du poumon (pleurésie), du ventre (acide) et du cœur (péricardite liquidienne).

Concernant la tuberculose osseuse vertébrale, il y aura une douleur chronique au niveau de la colonne vertébrale, couramment appelée mal de dos.

Ces douleurs vont traîner et lorsque les lésions osseuses vont devenir importantes, elles vont provoquer des troubles de la sensibilité avec une difficulté à bouger les membres. A ceux-ci, s'ajoutent des douleurs atroces au niveau de la colonne vertébrale.

Pour le cas de la tuberculose ganglionnaire, à un stade avancé les ganglions vont collecter du pus et si elles ne sont pas découvertes à temps pour être ponctionner, elles vont s'éclater et laisser couler ce pus. Cela peut laisser apparaître sur la peau des plaies chroniques qui ne guérissent pas.

Au niveau des reins et des organes génito-urinaires, elle va se manifester par une émission d'urines avec du pus. Dans ce cas, le malade doit vite consulter un médecin.

Comment se fait le diagnostic ?

Pour ce qui est de la forme pulmonaire, l'examen repose essentiellement sur la mise en évidence du microbe dans les crachats. Le patient se rend au centre de santé où 2 crachoirs lui sont remis pour des prélèvements de crachat, la nuit et le matin.

Ces prélèvements sont envoyés au laboratoire pour être examinés au microscope. Pour la tuberculose des séreuses, un examen du liquide au laboratoire ou un examen anatomopathologique d'un fragment du tissu permet aussi de poser le diagnostic de la maladie.

Pour la tuberculose osseuse, c'est aussi des signes indirects qui seront mis en exergue par la radiographie ou le scanner de la colonne vertébrale.

S'agissant de la tuberculose ganglionnaire enfin, un examen du pus ou l'examen anatomopathologique du ganglion prélevé par biopsie peut également permettre de poser le diagnostic.

Y a-t-il des médicaments contre la tuberculose ?

Oui, les médicaments existent et sont mêmes gratuits au Burkina. Le traitement dure 6 à 12 mois. C'est un traitement de longue durée et à cet effet, le malade a besoin du soutien des membres de sa famille et des agents de santé.

Où trouver les médicaments ?

Ils sont disponibles dans les centres de diagnostic et de traitement, au nombre de 80 environ, répartis sur tout le territoire.

A Ouaga par exemple, vous pouvez trouver ces médicaments sur place ici au Centre national de lutte antituberculeuse (CNLAT) (Ndlr : c'est là-bas, dans le bureau du docteur Zigani qu'a été réalisée l'interview le lundi 9 avril 2017), au service de Pneumologie de l'hôpital Yalgado, aux CMA de Pissy, de Kossodo, de Bogodogo, de Paul-VI, au CM de Samandin et dans les CSPS périurbains.

Peut-on guérir de la tuberculose ?

Oui. Tous ceux qui prennent bien leurs médicaments guérissent de la tuberculose. Mais si on consulte tard, si le diagnostic est posé tard, on va guérir avec des séquelles.

Un malade guéri peut-il encore faire la tuberculose ?

Absolument. La maladie n'est pas immunisante comme la varicelle ou la rougeole. Si le malade guéri est en contact avec une personne malade, il peut refaire la maladie. C'est la raison pour laquelle tous les membres de la famille doivent veiller à ce que le malade suive bien son traitement. Ce dernier, pour sa part, doit aussi veiller à protéger son entourage.

Quelles sont les mesures de prévention ?

La stratégie qui a été mise en place comporte 5 axes que sont :

l'amélioration des conditions socio-économiques. Etre bien logé surtout, car la tuberculose étant une maladie de la promiscuité, qui se transmet par voie aérienne, s'il y a beaucoup de personnes dans une chambre et une personne malade qui tousse, le risque de contaminer les autres est très grand. Bien se nourrir et bien se soigner.

L'éducation sanitaire qui passe par l'hygiène de la toux. Lorsqu'on rit, tousse ou éternue, on doit toujours mettre une barrière de telle sorte que les particules qui contiennent les microbes de la tuberculose ne soient pas propulsés dans l'air.

La vaccination par le BCG : ce vaccin protège contre les formes graves (miliaires et tuberculose méningée).

La chimioprophylaxie par l'Isoniazide est une stratégie qui consiste à anticiper l'éclosion de la maladie. Par la prise de molécule qui permet d'éliminer les bacilles intégrées dans l'organisme. Cette stratégie concerne les enfants de moins de 5 ans et les PV VIH qui ont été en contact avec une personne malade.

Le couple dépistage/traitement: un malade tuberculeux pulmonaire bacillifère va contaminer au moins 12 personnes au cours de sa vie. Sur ces 12 personnes au moins une va faire une forme contagieuse. Le fait de dépister et de traiter un cas va permettre de couper la chaîne de la transmission.

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