14 Avril 2017

Burundi: Un Burundi meilleur ? Il nous faudra l'inventer

billet

Il existerait deux sortes de Burundais : ceux qui développent une vision passéiste de leur pays, et ceux qui se complaisent dans un présent sans grand avenir. Pour le blogueur Yves Irakoze, ces deux catégories de compatriotes ne pourront jamais contribuer au développement de notre pays. Dans cette analyse, le jeune blogueur nous appelle alors à tout réinventer à propos du Burundi afin de s'extirper du cercle vicieux dans lequel on s'est enferré.

Le Burundi se trouve donc empiété dans une crise politique depuis Avril 2015. Et pendant ces deux dernières années nous aurons tout vu.

Des formules de ralliement pas très sympas, des alliances politiques de la carpe et de lapin, une flopée de menaces d'interventions militaires étrangères ( )... et au finish des centaines de morts, et des rivières rouge sang.

Nous méritions certainement mieux. Sauf que le «mieux » également pose problème. En effet, la notion d'un Burundi meilleur est comme l'aiguille d'un voltmètre. Elle oscille entre un passé qui séduit toujours et un présent nombriliste.

À ma droite donc, ces Burundais qui ont l'impression que tout était mieux avant. Vous vous souvenez des dictatures militaires, des règlements de compte à la roulette russe entre « frères d'armes », des massacres en série dans la population civile tout ça tout ça ?

Bon, évidemment ce n'est pas cela l'objet de leur nostalgie. Ils vous diront que « ouais avant au moins, on ne manquait jamais de quoi manger », « le boulot était tout ce qu'il y avait de facile à obtenir, même un lauréat de la sixième année devenait instituteur de la première année», « la bourse d'étude était largement suffisante, pas besoin de combiner études et boulot », etc.

En fait si Donald Trump était Burundais, il serait partisan de son « Make Burundi proud again ». Voilà donc des gens qui réussiraient la prouesse de supporter une dictature militaire en échange de la promesse d'un Etat-providence... au 21è siècle!

À ma gauche, ceux-là qui ont l'impression que le Burundi est devenu un paradis sur terre sous le pouvoir Cndd-Fdd.

Les nombreuses infrastructures publiques construites pendant les travaux communautaires, la gratuité des soins de santé pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans, la sécurité qui règne sur tout le territoire... si cela n'est pas révolutionnaire!

Ben, quoi? Il n'y a pas de recrutement pour les établissements sanitaires et écoles construits ? Les hôpitaux croulent sous le poids de dettes non encore payées?

Vous... vous dites? On retrouve toujours des corps sans vie dans des rivières? Bon, pour cette troisième question déjà il faut savoir que « amatohoza yamaze gutangura » (les enquêtes ont déjà commencé) et puis pour les deux premières questions reconnaissons le pas déjà franchi.

Voilà donc des gens qui restent bien au chaud quand des corps de concitoyens sont charriés par des cours d'eau et qui se félicitent que pendant dix ans de pouvoir le Burundi ait franchi « un pas ».

Penser autrement

Pour ma part, je pense que le Burundi meilleur ne pourra se construire que sur notre volonté de faire les choses comme jamais auparavant. Sur le plan politique, nous avons besoin d'une classe politique qui a vraiment pour vocation la gestion de la chose publique.

Non des gens devenus politiciens par circonstances. Certains parce qu'ils étaient sous les drapeaux à une époque où le pouvoir se gagnait encore par les putschs, les autres parce qu'ils ont été persécutés dans leur propre pays et qu'ils ont dû résister, d'autres encore parce que le chaos issu des deux précédentes situations a constitué un tremplin pour les aventuriers et opportunistes en tout genre.

Sur le plan économique, il faut avoir le courage de reconnaitre que les temps ont changé. L'Etat-providence n'a plus sa place.

Nous devons faire en sorte que la bonne gouvernance ne soit plus qu'un vœu pieux, rassurer des investisseurs venus d'ailleurs par la mise en place d'un système politique stable fondé sur l'alternance politique et le respect des Droits de l'Homme.

Mais surtout il faudra ajouter à cela une confiance accrue dans la jeunesse en termes d'opportunités de formation, d'affaires et de mobilité.

Sur le plan social, l'engagement citoyen doit être une composante essentielle de la société Burundaise. Chacun dans sa communauté peut servir, agir, s'indigner de manière à améliorer les choses dans son entourage.

Construire un Burundi pareil est une tâche qui devra se faire sans repères. En effet, le Burundi meilleur, il faudra l'inventer.

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