16 Avril 2017

Madagascar: Affaire Razaimamonjy - Un seul des quatre passagers a regagné le pays

Elle a failli voler la vedette au banquier angolais Álvaro Sobrinho. On parle bien de Claudine Razaimamonjy. Cette richissime conseillère spéciale du président de la République malgache, Hery Rajaonarimampianina, a débarqué d'un vol privé en provenance de Madagascar très tôt lundi 10 avril. Direction la clinique Fortis Darné où, selon une source bien informée du côté des forces de l'ordre, elle a été hospitalisée jusqu'à mercredi.

Là où l'affaire se corse, c'est que ce voyage ne serait pas anodin. Il a même provoqué l'indignation du peuple malgache qui le qualifie plutôt d'«évasion sanitaire». Claudine Razaimamonjy est en détention provisoire dans son pays depuis le 7 avril suite à des allégations de détournement de fonds publics, favoritisme dans l'attribution de marchés publics et blanchiment d'argent. Une interdiction de sortie du territoire pèserait également sur elle.

Selon une source officielle du côté des forces de l'ordre malgaches, contactée par l'express hier soir, «seul un des quatre passagers du vol privé sur Maurice dans la nuit de dimanche a regagné Madagascar depuis mercredi 12 avril». Il s'agit du sénateur Riana Andriamandavy VII, élu à Fianarantsoa et beau-frère de Claudine Razaimamonjy.

«Les trois autres (NdlR, la principale concernée, une femme de l'administration pénitentiaire et un médecin) sont, je crois, toujours à l'île Maurice puisque c'est là-bas qu'ils sont partis, dimanche», a affirmé notre interlocuteur, précisant qu'il ne peut affirmer s'ils n'ont pas mis le cap sur une autre destination depuis.

Selon nos recoupements du côté de l'aéroport de Plaisance, l'avion privé qui a transporté la VVIP n'était, à vendredi 14 avril, pas sur le tarmac du salon privé, le YU Lounge. Une autre information qui a filtré : ce n'est pas le YU Lounge qui a pris en charge cette arrivée. Deux autres opérateurs s'occupent également des services au sol des vols privés. Ils sont Air Mauritius et Ground 2 Air.

«Le Bureau indépendant anticorruption (BIANCO) de Madagascar se penche sur six dossiers concernant la conseillère.» C'est ce qu'a rappelé son directeur général Jean Louis Andriamifidy, jeudi, lors d'une cérémonie de remise de matériel informatique par l'ambassadrice de France à Madagascar, VéroniqueVouland- Aneini, dans les locaux du BIANCO, à Ambohibao. Information rapportée dans la presse malgache.

Pour l'heure, le bureau anticorruption n'en a finalisé que deux dossiers, qui ont abouti à la détention provisoire de la conseillère spéciale. Cela, après présentation à la chaîne pénale anticorruption. «Quatre dossiers attendent encore Claudine Razaimamonjy», a résumé le numéro un du BIANCO. Sauf que la conseillère, depuis sa décharge de la clinique Fortis Darné, n'a toujours pas donné signe de vie dans son pays.

Par ailleurs, une source officielle de la police de l'air et des frontières (PAF) a indiqué à l'express que Claudine Razaimamonjy «est en règle vis-àvis de la formalité de la PAF qui assure la régularité par rapport à l'émigration et l'immigration». Cet argument est mis en avant pour expliquer pourquoi les autorités mauriciennes, dont le ministère des Affaires étrangères, n'ont pas été mises au parfum de l'«évasion sanitaire» par leurs homologues. Si la conseillère spéciale du président malgache rentre au bercail, ce sera l'affaire de la justice et de l'administration pénitentiaire malgache.

Le héros

Jean Louis Andriamifidy, directeur général du BIANCO, est le héros applaudi dans l'affaire Claudine. Pourtant, ce n'est nul autre que le président malgache proche ami de Claudine Razaimamonjy qui l'a nommé à ce poste en 2014. Selon Sylvain Ranjalahy, Jean Louis Andriamifidy opère en toute indépendance. «Il est un directeur général très honnête. Le président ne peut pas le limoger car tel qu'écrit dans le statut du BIANCO, il a un mandat de quatre ans qu'il termine l'année prochaine. Si le président est toujours là, c'est clair qu'il ne le reconduira pas.» Avant son actuel poste, Jean Louis Andriamifidy a été magistrat et directeur national de l'école de la magistrature. «C'est d'ailleurs là qu'il s'est fait remarquer. Il a renvoyé sept jeunes filles qui n'avaient pas le niveau mais qui avaient magouillé pour y être admises.» Cependant, depuis qu'il est à la tête du BIANCO, sa vie est en danger avec des menaces et des pressions de toutes parts car il a levé le voile sur bon nombre d'affaires, dont le trafic de bois de rose, les cas de blanchiment d'argent et de corruption de proches du pouvoir comme Claudine Razaimamonjy.

La forteresse

Claudine Razaimamonjy, 51 ans, est originaire de Fianarantsoa, dans le sud de Madagascar. Plus précisément du groupe ethnique Betsileo. Selon Sylvain Ranjalahy, rédacteur en chef de «L'Express de Madagascar», interrogé hier, c'est «l'une des ethnies les plus intelligentes de la Grande île». Fille de paysans, Claudine Razaimamonjy n'a pas fait d'études supérieures. Avant de devenir conseillère du président malgache, elle gérait une petite entreprise de travaux publics dont la réhabilitation des écoles et autres bâtiments publics. «C'est là qu'elle a fait fortune. Elle a pu décrocher plusieurs contrats. D'ailleurs, on lui reproched'avoir obtenu beaucoup de contrats», souligne le rédacteur en chef de «L'Express de Madagascar». Par contre, difficile d'évaluer le montant de sa fortune «en l'absence de contrôle de patrimoine à Madagascar». La conseillère spéciale est surtout «la principale sponsor» de la campagne de Hery Rajaonarimampianina aux dernières élections présidentielles malgaches. Elle est aussi propriétaire de deux grands hôtels A&C à Tana, dont le second a été construit l'année dernière avant le Sommet de la Francophonie et qui a d'ailleurs hébergé une grande partie des délégués au Sommet. Elle est également proche de la Première dame. Elles sont souvent vues ensemble car c'est elle qui finance les oeuvres sociales de cette dernière.

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