17 Avril 2017

Burkina Faso: Pouni (Sanguié) - Luc Adolphe Tiao, bâtisseur d'église

Il avait disparu des medias depuis la chute du dernier gouvernement de Blaise Compaoré. Après l'exil, puis la prison, l'ancien Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, est depuis sa mise en liberté provisoire le 25 novembre 2016 dans son village natal à Pouni dans le Sanguié.

Dix jours avant de comparaître devant la Haute cour de justice pour son implication présumée dans la répression sanglante des manifestations durant l'insurrection populaire d'octobre 2014, il a inauguré, le jour de Pâques, en présence de l'évêque de Koudougou, Joachim Ouédraogo, la nouvelle église de la paroisse de Pouni-Tita qu'il a érigée avec l'aide « d'amis ».

En cette matinée de Pâques, la fraîcheur recouvre, tel un linceul, Pouni. Les portes et les fenêtres ornées de vitraux de l'église du village sont ouvertes. A l'intérieur, on s'active pour que l'édifice se présente sous ses meilleurs jours pour la célébration de la plus grande fête chrétienne.

Ce 16 avril 2017 est un jour doublement historique pour les fidèles catholiques de la paroisse Notre dame de Fatima de Pouni-Tita. Pour la première fois, ils accueillent l'évêque de Koudougou, Mgr Joachim Ouédraogo, qui y vient présider la célébration de Pâques dans leur nouvelle église dont c'est en même temps l'inauguration.

A pied, à vélo, à moto, agglutinés dans les tricycles, pour peu qu'ils aient déboursé une modique somme, les fidèles ont convergé par dizaines vers le nouveau lieu de culte.

Une heure avant le début de la messe, il n'y avait plus de places à l'intérieur de la bâtisse. Certains en étaient réduits à squatter les escaliers et les arbres environnants sous un soleil devenu brûlant.

Et il n'y avait pas que la foi qui guidait les paroissiens vers le lieu de prière. A côté des vendeurs d'objet de piété, des dolotières ont installé leurs fûts remplis de bière de mil devant le parvis. On y vient prendre quelques gorgées de Tchapalo avant d'aller rendre grâce au seigneur pour avoir ressuscité celui qui a réussi le miracle de transformer l'eau en vin.

L'enfant prodige

Si cette localité située à environ 130 kilomètres à l'Ouest de Ouagadougou est en fête, c'est grâce à un de ses fils, sans doute le plus connu d'entre eux : l'ancien Premier ministre, Luc Adolphe Tiao. C'est lui qui a financé la construction du nouveau lieu de culte.

Tout le monde connaît ici ce fils de Pouni, journaliste de profession, ancien ambassadeur puis chef du dernier gouvernement de Blaise Compaoré. Pourtant depuis le 30 octobre 2014, leur fils est dans une mauvaise passe.

Il est accusé d'avoir signé une réquisition faisant appel aux forces de 3e degré et, de ce fait, d'être en partie responsable, au même titre que ses collègues du gouvernement, du lourd bilan de l'insurrection populaire qui, on se rappelle, a fait 33 morts et de nombreux blessés.

Cette lourde croix, Il l'a portée dans son exil en Côte d'Ivoire et en France avant de rentrer au pays en septembre 2016 pour se mettre à la disposition de la justice. Le procès débutera le 27 avril 2017 devant la Haute cour de justice.

Et pour sûr, à Pouni, on brûlera des cierges pour que le ciel soit clément. Comme Bernard Walbéogo, élève en classe de 2nde qui a appris la nouvelle par la radio, beaucoup ont le sentiment que l'ex-Premier ministre est victime, comme Jesus Christ, d'un procès politique.

Durant son chemin de croix, et comme l'a souligné le curé de la paroisse, l'abbé Benjamin Bayala, « Luc Adolphe Tiao n'a jamais oublié d'où il vient ». Il s'est d'ailleurs toujours tourné vers les siens pour trouver les ressources morales de reconfort.

De retour de son exil ivoirien, c'est à Pouni qu'il a fait escale avant d'être entendu à Ouagadougou et écroué à la MACO. En liberté provisoire depuis le 25 novembre 2016, c'est toujours là, dans sa résidence, loin des medias qu'il est reclus entouré de ses proches, préparant sans doute sa défense.

Même si l'endroit s'y prête, ce n'est pourtant pas une mise au vert totale pour l'ancien ambassadeur. Il a mis à profit cette villégiature pour poursuivre son engagement pour sa communauté.

Il est 8h 45 quand un cortège s'approche de la foule réunie aux abords de l'église. De la V8 de tête, descend Luc Adolphe Tiao, accompagné de son épouse. La présence de notre photographe rend le moment solennel : c'est la première fois depuis 2014 qu'il est flashé par un organe de presse.

Vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise en pagne aux motifs religieux, l'ex-Premier ministre respire visiblement la grande forme. Après quelques poignées de main, lui et sa suite se sont engouffrés dans l'église pour prendre place à proximité de l'autel.

Une inspiration divine

Avant le début de la messe, le curé, l'abbé Benjamin Bayala, a tenu à faire ovationner le bienfaiteur dans la maison de Dieu, par l'assemblée. Ensuite durant quatre heures d'horloge, on y a célébré la messe en français, en gourounsi et en mooré. On a aussi chanté et dansé pour célébrer le miracle de la résurrection.

Prenant la parole à la fin du culte, le "bâtisseur d'église" a fait la genèse de ce projet. Il a indiqué que c'est en 2012, alors qu'il était encore aux affaires, que l'idée de bâtir une église lui a été suggérée par l'abbé Gabriel Baziomo, alors curé de la paroisse de Ténado.

Il y a aussi une autre explication, a-t-il déclaré. « C'est loin d'être une ambition personnelle, mais humblement, nous pensons que c'est une idée lumineuse sans doute inspirée par l'Esprit saint ».

Foi de Luc Adolphe Tiao, il a été « comblé tout le long de sa vie par le Seigneur » et bâtir cette église a été une façon pour lui de manifester tous ces bienfaits « en apportant sa modeste contribution à l'édification de cette église à la gloire de Dieu et en offrant aux fidèles chrétiens de Pouni, un lieu de culte plus spacieux et plus fonctionnel que celui d'antan (Ndlr : l'ancien était construit en banco) ».

Les travaux ont démarré en août 2013 grâce à ses propres moyens et avec l'aide d'amis. Même si l'infrastructure accueille déjà les fidèles, elle n'est toujours pas entièrement achevée au grand regret de son donateur qui a fait cette confession au père évêque: « J'aurais voulu vous remettre ce jour, les clés d'une église totalement achevée mais nos moyens restent limités pour le restant des travaux et des équipements.

Nous avons bon espoir que d'autres volontés viendront soutenir cette action ». En ce qui le concerne, l'ancien Premier ministre a promis de ne ménager aucun effort, car a-t-il dit : « aucun sacrifice n'est de trop pour offrir à Dieu ce dont il a le droit : sa maison ».

« Quand on construit une maison pour le seigneur, le seigneur vous donne une maison sur terre et au ciel... Le Dieu de l'imprévisible, le Dieu de l'impossible vous récompensera à la hauteur de vos efforts », a répliqué Mgr Joachim Ouédraogo. Des bénédictions qui, eu égard aux évènements à venir, lui seront sans doute d'une grande utilité...

Après la célébration eucharistique, les invités ont été conviés à un repas dans l'imposante demeure des Tiao, dont le grand apatam, visible au loin, a inspiré les plans intérieurs de l'église.

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