18 Avril 2017

Cameroun: Crise dans Les Régions anglophones - L'Onu rejette l'offre de fédéralisme du Sdf

Au cours de son entretien avec le 1er vice-président du principal parti de l'opposition, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies et chef du bureau régional des Nations unies pour l'Afrique centrale, à la faveur de sa visite au Cameroun la semaine dernière, a clairement indiqué que la forme de l'Etat ne dépend pas l'organisation internationale, mais relève de la seule volonté des Camerounais eux-mêmes. Avantage pour Paul Biya qui a, à plusieurs fois, réaffirmé que la forme unitaire actuelle du Cameroun n'est pas négociable.

«L 'Onu n'a pas vocation à rentrer dans les discutions relatives à la forme des Etats. L'Onu n'interfère pas dans les affaires internes des Etats ... La forme de l'Etat n'est pas de la responsabilité des Nations unies. Cela relève de la responsabilité des Camerounais. Néanmoins, nous souhaitons que les Camerounais rentrent dans le dialogue pour choisir la forme de l'Etat qui leur convient ».

Ainsi répondait François Lounceny Fall, face à la presse le 13 avril 2017, au terme de sa mission de bons offices qu'il vient d'entreprendre au Cameroun, à l'effet de faire le point sur la crise qui sévit depuis le mois de novembre 2016 dans le Nord-ouest et le Sud-ouest - les deux régions anglophones. Le représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Afrique centrale a reconnu avoir rencontré, entre autres acteurs impliqués dans le développement de cette crise, le vice-président du Sdf - le Social democratic front, l'honorable Joshua Oshi qui lui a présenté le projet du principal parti de l'opposition en faveur du retour au fédéralisme au Cameroun.

Interpellé par un journaliste sur l'existence des procédures au sein des Nations unies aux fins de sécession ou du retour à la forme fédérale de l'Etat, le chef de l'Unoca - le Bureau des Nations unies pour l'Afrique centrale, a entouré sa réponse du vernis de diplomatie qui masque généralement les déclarations des diplomates, même s'il s'est montré tranché sur la question du retour au fédéralisme que prône le Sdf, et qui a meublé son entretien avec l'honorable Joshua Oshi. Une réponse qui adoube la position du pouvoir de Yaoundé, et particulièrement celle du chef de l'Etat Paul Biya qui, en reconnaissant la pertinence aux revendications sectorielles formulées par les enseignants et avocats anglophones, a, à plusieurs occasions, rappelé que « la forme unitaire de l'Etat du Cameroun n'est pas négociable ».

Reprise problématique des activités

Au cours de ses multiples entretiens avec les protagonistes de la crise anglophone, François Lounceny Fall a rencontré par ailleurs les autorités publiques dont le secrétaire général de la présidence de la République, le ministre d'Etat en charge de la Justice dont il a salué les récentes propositions notamment à propos de la traduction en anglais des textes du Traité Ohada et les réformes annoncées du système judicaire, le ministre des Relations extérieures et le délégué général à la sûreté nationale, mais également les leaders de la société civile et de l'opposition, les membres du corps diplomatiques et de l'équipe pays des Nations unies, sans oublier certaines personnes arrêtées et détenues dans le cadre des manifestations relatives à la crise dans les régions du Sud-ouest et du Nord-ouest, notamment Me Félix Nkongho Agbor Balla, et l'animateur radio Mancho Bibix, y compris leurs avocats.

« Mes échanges avec les différents interlocuteurs m'ont permis de noter avec satisfaction la détermination de tous à aborder cette question de façon pacifique, ainsi que leur engagement à privilégier une démarche mettant en avant l'intérieur supérieur de la nation », a déclaré François Lounceny Fall. Il a prôné aux autorités le rétablissement dans les deux régions concernées de la connexion internet qui, selon lui, fait partie du droit à l'information, de même qu'il a appelé à la libération immédiate des personnes interpellées à la suite des manifestations organisées dans les deux régions du pays. Une véritable épine sous les pieds du pouvoir.

Pour le représentant du Sg de l'Onu, la mise en application immédiate des mesures édictées par le chef de l'Etat et présentées récemment par le ministre de la Justice, permettront le retour à la normale dans les prétoires du Sud-ouest et du Nord-ouest. « Néanmoins, les avocats qu'il a rencontrés lui ont affirmé que s'ils obtenaient la libération des personnes arrêtées, la situation reviendrait immédiatement à la normale », a reconnu Lounceny Fall. Autant dire que la reprise annoncée devant les prétoires en grande pompe des activités pour le 2 mai 2017 des avocats anglophones par le président du Barreau, sur fond de divergences avec d'autres avocats qui réclament la libération de leurs camarades incarcérés, reste problématique et sujette à caution.

Internationalisation de l'escalade

Reste maintenant à savoir quel est le devenir de cette intervention onusienne dans la crise anglophone. Depuis le déclenchement de cette crise en novembre 2016, c'est la 2ème fois que François Lounceny Fall a séjourné au Cameroun, et cette dernière visite fait suite aux missions au niveau technique dépêchées sur le terrain depuis le début des hostilités, notamment par le bureau des Nations unies pour la démocratie et les droits de l'homme basé à Yaoundé, qui courant février 2017, a investigué dans les deux régions sur les ressorts de cette crise.

Déjà en mai 2016, même si Lounceny Fall se veut diplomate sur la question, les sécessionnistes déclaraient sur fond d'une première satisfaction, que leur requête en vue de la création d'un Etat indépendant dans le Sounthen Cameroon était déclarée recevable auprès de la Commission de décolonisation des Nations unies. Parallèlement, certains membres du Consortium de la société civile anglophone ne cachent plus leur volonté de porter la question devant les instances juridictionnelles internationales.

Ce qui avait déjà amené notre rédaction dans une édition datée de janvier 2017, à affirmer que l'Onu se préoccupe de la crise anglophone. Preuves de l'internationalisation progressive de l'escalade qui a déjà poussé de nombreux activistes à l'exil, et qui, depuis l'extérieur, activent plusieurs leviers pour intéresser la communauté internationale à leur cause. Que peut bien cacher cet intérêt onusien à la crise dans les régions anglophones ? Question de conscience qui prête le flanc à plusieurs conjectures sur son dénouement définitif.

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