18 Avril 2017

Burkina Faso: Sit-in CRS - «Nous avons un plan B même C si besoin... »

Photo: fasozine
Les policiers burkinabé

Des agents de la Police nationale, notamment des policiers de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) étaient en sit-in hier 18 avril 2017 devant leur Groupement central situé dans le quartier Dassasgo de Ouagadougou. Ils voulaient, à travers cette démarche, exprimer leur mécontentement à l'autorité, convaincus qu'ils sont sous-payés pour ce qui est des services payés qu'ils assurent au profit des sociétés privées (hôtels, banques et mines surtout). Face à cette situation, notre interlocuteur principal, qui a requis l'anonymat, a traduit son indignation et celle de ses camarades puis a assuré de leur détermination à se faire entendre avec des «plans B et même C, qu'on ne peut pas évoquer pour l'instant».

Les agents de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) qui assurent la sécurisation des établissements privés veulent avoir plus de clarté dans la nature des contrats qui les lient avec ces structures.

«On demande les différents contrats authentiques qui nous lient avec les banques, les hôtels et surtout les mines», a affirmé un agent qui n'a pas voulu s'identifier. Selon ses propos, l'argent reçu, en contrepartie des services rendus aux particuliers, est en deçà de ce dont ils devraient bénéficier.

«De ces services que vous voyez, on ne dispose que de 5000 francs CFA par jour, nous faisons des escortes de bus à des milliers de km pour 2500 francs CFA. Au premier mouvement, on nous a dit que c'est 10 000 francs, mais on nous a amené de faux contrats», a-t-il expliqué.

Et d'ajouter que quand ils ont parlé de ce qu'ils perçoivent avec la représentante d'une société minière, celle-ci n'en revenait pas. Ils disent pourtant avoir connaissance de contrats qui valent 700 000 ou 800 000 francs CFA.

Pis, leurs responsables indiquent avoir des marchés de gré à gré avec certaines structures si bien que le service dans ces endroits n'est pas payé, donc pas de retombées non plus. «S'ils ne sont pas malins, nous ne sommes pas idiots aussi», a déclaré notre interlocuteur.

A l'écouter, certains policiers ont évoqué la question dès 2011 et ont été soit blâmés, soit radiés des effectifs. Une situation qui a été un élément catalyseur des mutineries de la même année et au mois d'avril de surcroît. Pour lui et ses camarades, il n'est plus tolérable que des personnes s'enrichissent sur leur dos.

«On est vraiment mécontent, les entreprises privées paient normalement, pourquoi on ne nous donne pas ce qu'on nous doit. Il y a beaucoup, si on leur retire ces pains, ils ne pourront plus vivre. Ils ont des maisons, des voitures rutilantes, ils envoient leurs enfants à l'étranger et on nous traite comme des orphelins, on nous vend à qui on veut», a-t-il dit.

Le mouvement du jour, selon lui, peut être perçu comme un message et ils disposent de plans B et C qu'il ne convient pas de déballer. «On ne va jamais se reposer ici, on a un plan B et le PNDES risque de prendre un coup», a-t-il prévenu. Il a laissé, du reste, savoir qu'ils comptent utiliser la voie judiciaire avec les preuves dont ils ont pour être réhabilités.

Pour lui, l'action ne vise pas à nuire à l'Etat burkinabè ni à qui que ce soit mais il s'agit d'un problème interne qui peut être résolu. Et pour un début de résolution justement, le mouvement a exigé le départ du directeur général de la police, Lazare Tarpaga, et du directeur de l'unité d'intervention, Simon Soubeiga, qui ne seraient plus qualifiés pour discuter avec eux.

Il a finalement mentionné un autre problème qui réside au niveau de la dotation en tenue. «Ce sont de nouvelles tenues que l'on porte uniquement lors des fêtes et après on les enferme dans des bureaux, dans des sacs. C'est une dotation ou ça ne l'est pas», a-t-il conclu avant de nous orienter vers l'Union nationale police (UNAPOL) pour avoir une vue plus large de l'étendue des préoccupations.

Cette structure a d'ailleurs publié un communiqué relatif à ce sit-in (lire encadré). Nous nous sommes rendu à la Direction générale de la police pour nous entendre dire, au niveau du service communication et relations publiques, que l'affaire des services payés se trouve désormais au ministère de la Sécurité. Ainsi donc, notre vis-à-vis ne pouvait plus en dire davantage.

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