19 Avril 2017

Burundi: « Au parking, je dois graisser la patte des superviseurs pour passer avant les autres !»

Une initiative pour lutter contre le désordre qui se faisait remarquer au parking des bus du centre-ville a été adoptée depuis quelques temps. Pourtant, comme nous le raconte la blogueuse Elodie Muco, un mal qui caractérise la société burundaise n'a pas tardé à la rattraper : la corruption !

Nous sommes lundi soir, il est presque 19h et je sors du travail. En compagnie de deux collègues, je me dirige tranquillement à pied vers le centre-ville pour prendre le bus et rentrer chez moi. Arrivés au niveau du parking des bus qui vont au nord de la capitale, une file interminable de gens se dresse devant nous. On n'en voit même pas la fin, tellement elle est longue. Probablement qu'elle arrive au niveau de l'ONATEL. Que faire? Allons nous suivre la file jusqu'à la fin et nous ranger derrière les autres pour attendre notre tour ou allons-nous cotiser et prendre un taxi? On n'en sait rien. Je remarque soudain une femme qui s'approche doucement de notre groupe. Elle semble être là depuis un moment et elle observe la file comme nous. Je protège comme je peux mon sac à dos. On ne sait jamais. Cependant, elle semble plus intéressée par ce que l'on dit que par autre chose. Après avoir pesé le pour et le contre, nous décidons finalement de prendre un taxi.

La corruption est partout

À peine avons-nous fait quelques pas que la femme qui suivait notre conversation un instant auparavant s'approche de nous pour nous demander, timidement, si nous pouvions la prendre avec nous dans le taxi. On se concerte du regard avant d'accepter. Cependant, elle nous avoue, gênée qu'elle n'a que mille francs dans sa poche. Sachant qu'il arrive des fois où, les gens lassés d'attendre quittent la file et cotisent pour se payer le taxi, on la rassure comme on peut. Mais une question me trotte cependant dans la tête: qu'aurait-elle fait si nous n'avions pas été là? Car à la regarder, elle n'avait pas du tout l'intention de se mettre dans la file. Curieuse, je finis par lui poser la question et la réponse qu'elle me donna me surprit au plus haut point: «J'avais prévu 500 fr à donner au monsieur qui supervise la file».

«Ils ne peuvent rien faire»

Etonnée, je me tournai vers elle et lui demanda comment cela marchait. Elle me raconta alors en souriant qu'il suffisait parfois de glisser un billet à ces messieurs portant un gilet orange pour se voir mettre directement en avant de la file. Plus besoin d'attendre des heures et des heures!

«Parfois les gens s'en aperçoivent et ils râlent, mais ils ne peuvent rien faire», affirma-t-elle encore.

Un sentiment d'injustice me submergea tout à coup, mais je dus me rendre à l'évidence. La corruption est partout dans ce pays, même dans les initiatives citoyennes.

Burundi

Le Cnared interpelle les chefs d'Etat de la région

Bujumbura refuse obstinément de s'asseoir avec l'opposition en exil, qu'il accuse d'être derrière… Plus »

Copyright © 2017 YAGA. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.