18 Avril 2017

Madagascar: Rajaonarimampianina face à un tournant décisif

L'affaire Claudine Razaimamonjy semble avoir affaibli le régime Rajaoanarimampianina. Ses détracteurs en ont profité pour enfoncer le clou. Quelle carte va-t-il sortir pour reprendre la main ?

La trêve pascale n'aura été que de courte durée pour le président de la République. Pire, elle aura été studieuse à Iavoloha, où la conjoncture n'est visiblement pas en faveur de l'équipe au pouvoir.Loin d'être fortuite, l'arrestation rocambolesque suivie de la mise en détention préventive de Claudine Razaimamonjy, conseillère du président Hery Rajaonarimampianina semble avoir bouleversé l'échiquier politique. Elle a atteint en plein cœur l'appareil présidentiel, qui a eu le tort de réagir maladroitement pour tenter de sauver les meubles. Mal lui en prit, puisque ses adversaires en ont profité pour enfoncer le clou et retrouver un second souffle. Le Bianco, la Chaîne pénale et le Syndicat des magistrats se sont vus grossir leur rang pas d'autres syndicats regroupés au sein d'une plate-forme. Voilà qui donne une autre envergure à la contestation, une autre force étant donné que la machine administrative pourrait désormais échapper au contrôle de l'État.

Comme toute manifestation de rue reste formellement interdite, la grève silencieuse devient une option sérieuse avec les mêmes conséquences. C'est d'autant plus probable que l'arrestation de Claudine Razaimamonjy a été révélatrice de certaines réalités. » La conseillère du Président a été incontestablement une victime ciblée, vu que ni la personne responsable du marché public qui a décidé de lui donner des marchés, ni l'ordonnateur des dépenses du ministère concerné par les prétendus détournements de fonds n'ont pas été inquiétés, alors qu'a priori ils en sont les véritables auteurs. Au mieux des cas, Claudine Razaimamonjy ne devrait être qu'un complice. » éclaire un spécialiste du marché public.

Il est évident que pour qu'on en arrive ainsi, pour que la Présidence se laisse doubler au nez et à la barbe, il doit y avoir des forces exogènes, des défections voire des mutineries que ne justifie pas la seule honnêteté, le seul patriotisme du Bianco, de la Chaîne pénale et des magistrats. Et c'est le plus inquiétant pour Rajaonarimampianina, vu que la situation a un relent de 2009 dans le fond et dans les fonds. Il n'aurait pas vu ce coup venir, et ne dispose pas d'assez de moyens pour passer à la contre-attaque. Ses performances au niveau socio-économique restent modestes pour convaincre la population, malgré des efforts palpables comme la presque fin du délestage. Le régime dépend totalement des subsides des bailleurs de fonds. Ces derniers n'ouvrent le robinet qu'au compte-gouttes pour des projets qui n'ont pas d'impact direct sur la condition de vie de la population et soumettent leur aide à des conditions plus ou moins contraignantes.

Tout repenser

» Il n'y a rien à attendre des bailleurs de fonds qui, en 40 ans, n'ont fait qu'aggraver la misère avec leurs conditionnalités », assène un nationaliste bien connu. Il n'a pas tout à fait tort. Pourtant les bailleurs de fonds voient d'un mauvais œil toute autre recherche de soutien pour financer le développement. La récente tournée de Rajaoanarimampianina en Chine, assortie de signature de plusieurs projets de coopération a fait grincer des dents dans certaines chancelleries. » Là c'est du concret et précis avec une autoroute entre autres projets, contrairement aux 10 milliards de dollars promis par les bailleurs de fonds en décembre à Paris, et qui reste pour le moment de l'argent virtuel », observe Marco, un jeune entrepreneur.

Le traitement de l'affaire Razaimamonjy a certainement aggravé le cas du pouvoir vis-à-vis des bailleurs de fonds, qui y voient un recul de la démocratie, un manque de volonté de lutter contre la corruption. La conjoncture est ainsi loin d'être favorable à Rajaonarimapianina, qui se trouve à un tournant décisif de son mandat face à la mobilisation qui se forme en face. Il doit trouver une parade pour renverser la vapeur, mais ne dispose plus d'assez de cartes entre les mains. Il lui reste néanmoins le joker d'un vrai remaniement, pour donner un second souffle et surtout un nouveau visage au gouvernement. Une éventualité qui semble inévitable à un an de la présidentielle, pour laquelle sa candidature est sollicitée par son parti, le HVM. Et là vraiment, il lui faudra du hery vaovao (nouvelle force).

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