19 Avril 2017

Burkina Faso: La mosaïque hors-temps de Jean Robert L. Bambara - La ligne de vie en toute poésie

La Mosaïque hors-temps est un recueil de poèmes de Jean Robert L. Bambara paru aux Editions Découvertes du Burkina en 2016. C'est un ensemble de poèmes écrits entre 1975 et 2016. Un parcours de plus de quarante ans dans la vie de l'auteur qui raconte ses états d'âme de jeune étudiant au sexagénaire qu'il est devenu. C'est le tracé d'une ligne de vie au moyen de la poésie.

Jean Robert L. Bambara pourrait dire comme Montaigne qu'il est lui-même la matière de son livre tant ses poèmes tels les cailloux du Petit Poucet permettent de tracer la trajectoire de l'auteur parmi les hommes.

L'auteur est né en 1952 ; les premiers textes dans ce recueil datent de 1975. Le recueil se compose de 72 poèmes écrits entre la France, le Sénégal et le Burkina à partir du moment où le poète a eu 23 ans et jusqu'à ces dernières années.

Si le recueil est une mosaïque hors-temps comme le souligne son titre à cause du caractère disparate de thèmes et de l'anachronisme dans la succession des poèmes, l'œuvre obéit néanmoins à une logique. Il entrelace l'intime et le dehors, en allant du paysage intérieur et en s'élargissant à la géographie politique et sociale, pour tisser la corde d'une vie.

De l'intime, il y a l'omniprésente figure de la mère. C'est elle qui ouvre le recueil avec le titre « A ma mère » et la mère revient dans plusieurs autres poèmes. Contrairement à la mère de Baudelaire qui dans le poème d'ouverture « Bénédiction »est honnie, honorée est celle du poète burkinabè.

C'est une figure maternelle élevée au rang d'icône. Partie très tôt, cette mère vénérée charge le poète de l'éducation de ses frères. C'est le plus important motif de cette mosaïque et à travers elle, c'est la femme qui est louée (la mère, l'épouse, la grand-mère, la fille).

On y lit aussi les premiers émois du poète qui s'éveille à l'amour, un amour courtois et chevaleresque. On peut dire avec Pessoa qu'ici « l'amour est une pensée ». Viennent aussi des poèmes sur la séparation d'avec l'être aimé et l'amour qui s'élargit à la naissance d'un enfant.

La plupart de ces poèmes baignent dans le lyrisme et s'ancrent dans l'atmosphère bucolique de Garango. Mais le poète sait aussi se faire volcan et ses grandes éruptions de colère éclaboussent certains des siens comme dans le poème «Le Frère dit aîné».

Quand on quitte la sphère de l'intime pour le grand monde, le poète se fait moins lyrique. Il promène sur les hommes un regard désabusé et dénonciateur. Il crie haro sur l'excision, rouspète contre la perte de valeurs morales, fustige la destruction de la planète par le consumérisme et l'industrialisation.

Quelques poèmes de cette partie entrent dans la lignée de la Négritude ; l'auteur se mettant aux grandes orgues pour chanter l'Afrique, ses splendeurs ou ses misères comme dans «Mère Afrique». Dans « Visite à Joal», l'auteur part sur les pas de Senghor et décerne au poète président le titre de «Aïeul des artistes africains».

Pourtant, Jean Robert L. Bambara est un poète plus hugolien que senghorien de par son écriture populaire et recherchée.

En effet, ses poèmes, contrairement à Senghor qui reste dans les jardins très soignés de la langue, butinent tous les mots sur tous les terrains vagues du langage, des ronceraies aux friches où prospère le chiendent en passant par quelques jardins de palais.

Ses poèmes sont faits de tous les mots de la tribu et il a l'art de planter un mot rare au milieu d'une grappe de mots banals, ce qui rehausse l'ensemble d'un éclat particulier. Telle une broche d'or accrochée sur une guenille qui capte le regard.

Ce recueil de poèmes court sur toutes les gammes du sentiment, versant dans le lyrisme souvent, usant parfois de l'humour et suscitant même le gros rire rabelaisien par sa tonalité comique.

Cette veine ironique apporte un cinglant démenti à Tahar Ben Jelloun qui affirmait que la poésie ne peut se permettre l'humour. Les poèmes de Bambara s'accommodent bien du rire. Si on sourit en lisant « Mange ton piment » et on pouffe de rire carrément après « Cour(s) à domicile » où le répétiteur se mue en Tartuffe.

Avec La mosaïque hors-temps, la poésie burkinabè s'enrichit d'une nouvelle voix. A 65 ans, Jean Robert L. Bambara qui est un enseignant retraité, débute une carrière de jeune poète dont la parution de ce recueil signe la naissance.

Eh oui ! Dans la création littéraire, on a l'âge de ses œuvres ! Souhaitons-lui une longue et belle carrière dans l'art de taquiner les Muses.

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