20 Avril 2017

Cameroun: Le mot d'ordre de grève des journalistes pourra-t-il prospérer ?

Le métier du journalisme, on ne le dira jamais assez, est l'un des rares métiers au Cameroun qui font dans une précarité débordante. Ne pas le reconnaitre c'est manifestement extérioriser sa mauvaise foi de masquer les vérités.

Ils sont au quotidien, ces journalistes, menacés, clochardisés à la limite par une élite ou par le politique qui n'a besoin de lui que pour sa propagande, aux fins de rester aux affaires, et qui les laisse tomber une fois ses ambitions réalisées, on dirait du papier hygiénique après usage.

Mais cela n'est qu'un des aspects. Puisque déjà même au niveau des structures de communication, la notion de salaire est ce qui existe le moins. Les patrons ne paient pas les employés bien même quand les entrées financières existent.

Ceux qui parviennent à désintéresser leurs reporters le font aussi de manière désinvolte et sans aucune considération. Non seulement, ces salaires quand ils sont payés sont en monnaie de singe, certains patrons le font comme une faveur, un peu comme s'ils faisaient de l'offrande à un mendiant au passage devant ses services.

Pourtant il s'agit bien de son employé grâce à qui il réalise ses rêves d'enfance. Résultat, la débrouillardise se porte bien. Chacun à son niveau courre après les petits « perdiems » du terrain.

Et c'est tant mieux pour la qualité du travail, l'essentiel étant de trouver de quoi se payer contre vents et marrées pour satisfaire au moins les besoins élémentaires de la famille.

Devant ces souffrances excessives, les pouvoirs publics brillent par un silence complice. Ce qui fait dire par certains, à tort ou à raison, que cette situation fait l'affaire des décideurs de cette République, en les permettant de garder leur pouvoir absolu par la clochardisation de la presse, pour ensuite mieux acheter la conscience de certains qui n'ont d'autres issues que de coopérer, car ronger par la faim.

Les seules structures de communication au Cameroun qui n'ont aucun souci à se faire, ce sont les organes à capitaux publics tels la Crtv et Cameroon Tribune, ces deux organes qui bénéficient intégralement de l'argent destiné à la redevance audiovisuelle au Cameroun que tous les citoyens paient.

Or, sous d'autres cieux, à l'exemple de la Côte d'Ivoire, la presse privée est très prise en compte par l'Etat et soutenue car, considérée comme une presse qui va en dessous des actions gouvernementales pour révéler certaines vérités, permettant d'éviter l'inertie.

La ministre ivoirienne de la communication, de passage Cameroun il y a quelques années avait rappelé ce principe sur le plateau télé de la Crtv, faisant remarquer qu'en Côte d'Ivoire l'on s'appui beaucoup plus sur les médias privés pour atteindre l'émergence du pays dont le cap est fixé en 2020.

Paradoxe des paradoxes, au Cameroun c'est tout le contraire des choses. Les journalistes de la presse privés sont pourchassés, persécutés, intimidés, manipulés par ces hommes du pouvoir central qui se disent des intouchables.

C'est au regard de cette situation alarmante que la jeune corporation, dénommée RMC (regroupement des médias citoyens) encore appelé regroupement 117, rassemblant quelques acteurs du secteur médiatique dans la ville chef lieu de la région de l'Ouest et au-delà, se sont mobilisés, tentant de trouver une issue à ces problèmes.

A l'ordre du jour de ce rendez-vous, la situation de la presse au Cameroun et l'élargissement du bureau. Au terme des travaux, des résolutions fortes ont été prises par les journalistes de la plateforme, avec pour destinataire le premier ministre, chef du gouvernement.

Un sit-in annoncé devant le Mincom à Yaoundé

Au chapitre des résolutions arrêtées en marge de cette réunion, l'on note comme une réelle menace brandit en direction des pouvoirs publics.

Ainsi, le RMC, regroupement des médias citoyens, demande que cessent les intimidations contre les médias et les journalistes, exige un tiers du fonctionnement de la Crtv à reverser aux entreprises privées de communication sociale, exige que l'aide à la communication privée adopte la dénomination : « Subvention de l'Etat aux entreprises privées de communication sociale ».

Le RMC organisera un sit-in, d'après le point 5 des résolutions rendues public, en prélude à la journée internationale de la presse le 03 Mai 2017, de 09h à 18h, à l'esplanade du ministère de la communication au cas où ces revendications ne sont pas prises en compte ; puis s'en suivra le 17 Mai 2017, une marche de protestation pacifique, au boulevard du 20 Mai à Yaoundé.

Le RMC dit resté solidaire aux actions déjà engagées par le syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc) et la fédération des éditeurs de presse (Fedipresse). Il invite cependant toutes les autres corporations à rejoindre le mouvement.

Mais la principale question que l'on ne peut s'empêcher de se poser c'est la stratégie qu'ils entendent mettre sur pied pour faire prospérer ce mot d'ordre de grève, quand on sait le désordre qui existe quand-même dans le corps. Pas de solidarité véritable en tout cas.

Pour la seule ville de Bafoussam par exemple, on dénombre au moins cinq corporations des hommes de médias pour moins de 100 journalistes. Les membres de ces corporations sont malheureusement animés par des égos surdimensionnés. Ce qui fait entrevoir un échec déjà à ce mouvement annoncé.

Les choses pourraient être autrement si toutes les autres corporations avaient été conviées à la rencontre de Bafoussam et avaient assisté à la mise en place de ces résolutions.

Mais comme tel semble ne pas être le cas, la menace de grève brandit risque ne pas avoir un impact considérable. Dans tous les cas, le 03 Mai c'est bientôt !

Cameroun

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