20 Avril 2017

Sénégal: Cultures urbaines et nouveaux modes d'accès à la culture - Cette «révolution» qui a un coùt

Le rappeur Keyti, qui est aussi le co-présentateur du Journal rappé, était l'un des invités, avec le graffeur Docta, du séminaire du musée Théodore Monod sur les politiques culturelles. Au menu de la matinée d'hier, mercredi 19 avril, les cultures urbaines, face aux nouveaux modes d'accès à la Culture. Pour Keyti, qui pense que les artistes ne devraient pas se contenter de se faire connaître, il faudrait voir comment développer nos propres plateformes, et monétiser nos contenus.

En plus de son statut d'ancien membre du groupe Rapadio, le rappeur Keyti est aujourd'hui connu pour être le co-présentateur, avec Xuman, un autre pionnier du mouvement Hip Hop au Sénégal, du Journal télévisé rappé, le JTR...

Mais derrière ces trois lettres, les initiales de ce rendez-vous d'information pas comme les autres, il y a ce point d'interrogation : «quel modèle commercial» ou «comment rentabiliser ce produit gratuit» ?

Dans la matinée d'hier, mercredi 19 avril, le rappeur était l'un des invités du séminaire du musée Théodore Monod sur les politiques culturelles, où l'on s'est donc intéressé cette semaine aux cultures urbaines.

Keyti commencera d'ailleurs par dire que les Technologies de l'information et de la communication (Tic), au-delà d'avoir introduit de «nouveaux comportements», de «l'habitude du smartphone» à notre «rapport au cinéma», ont aussi bouleversé notre mode de consommation, décidant de la «durée de vie des produits» eux-mêmes, qui vont difficilement au-delà d' «une semaine».

Parce que tout va vite, forcément, mais aussi parce qu' «Internet est tellement vaste que les gens passent très vite d'une vidéo, d'une chanson, d'un album à l'autre». On va donc consommer de la «musique fast-food», de quoi «précariser» les artistes eux-mêmes.

Parmi les «rares initiatives» de ces dernières années à avoir «survécu» ici au Sénégal, Keyti cite Musik Bi, où l'on peut acheter de la musique par sms : une plateforme «100% sénégalaise», avec «15.000 téléchargements en un an, 600 artistes, des Sénégalais pour la plupart, même si elle s'ouvre à des artistes brésiliens, camerounais» etc.

Entre deux phrases, Keyti laisse tout de même entendre que nous sommes un peu en retard : on parle de téléchargement, pendant que les autres en sont au streaming, un « système utilisé pour la lecture instantanée de vidéos ».

En Afrique, on a quelques exemples : l'Afrique du Sud, le Kenya ou le Nigeria, un «gros marché» à lui seul, avec une «classe moyenne qui se développe» et qui a les moyens de s'abonner...

Sans oublier, ajoute le co-présentateur du JTR, que les Nigérians, qui ont leur Nollywood, ont aussi pensé à proposer «leurs propres plateformes» : Irokotv, par exemple, et ses «6 millions d'abonnés».

L'autre aspect, ajoute Keyti, c'est que nos artistes ont tendance à réduire les Technologies de l'Information et de la Communication aux seuls réseaux sociaux, où certains d'entre d'eux se contenteront peut-être de quelque «promo agressive», histoire de «se faire connaître».

Mais concrètement, qu'est-ce que cela rapporte ? Quand on sait que les choses vont très vite aujourd'hui, et que les artistes ne peuvent pas toujours se permettre d'attendre «cinq à dix ans entre deux albums» : parce qu'ils risqueraient tout simplement de «se faire oublier».

Oui, dit le graffeur Docta, mais attention à ne pas «tuer notre création». Là où le rappeur Awadi, un autre pionnier du mouvement hip hop, appellera surtout à ne pas avoir honte de parler de «business», de profit, d'argent.

Car pendant ce temps-là dira-t-il, «c'est ma musique, et je ne suis pas le seul, que l'on va vendre, sans l'accord du producteur, avec la complicité des opérateurs de téléphonie, qu'il faudrait pousser à nous reverser une part de bénéfice... Et parfois avec l'accord de l'ancien Bureau sénégalais du droit d'auteur » le Bsda.

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