21 Avril 2017

Afrique: Pr. Guy Mvelle - «Ça pourrait se jouer entre Le Pen et Macron»

Maître de conférences à l'Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC).

Quelle appréciation générale faites-vous du déroulement de la campagne électorale de l'élection présidentielle française?

Une campagne est d'abord un moment de conflictualité, puisque le terme campagne électorale qui apparaît à la fin du Second empire en France, nous vient du vocabulaire militaire. Les campagnes électorales n'ont jamais renoncé à la violence (physique et symbolique), même si elles s'inscrivent dans un cadre juridique de plus en plus codifié. La France l'a confirmé avec les révélations violentes faites sur la gestion des fonds publics par au moins deux candidats majeurs de cette élection (Fillon et Le Pen) et les stigmatisations à peine voilées des autres candidats qui parlaient d'exiger un extrait de casier judiciaire aux candidats à l'élection présidentielle.

L'on a vécu également des tentatives de violences physiques sur François Fillon par exemple, non seulement enfariné lors d'un meeting, mais également presque visé par un attentat terroriste à Marseille. Une campagne présidentielle est également dominée par la personnalisation et l'égo. Les Français l'ont encore confirmé en accordant très peu de place à la relation entre les candidats et les citoyens. J'ai recherché en vain ce processus interactif censé produire des effets sur les électeurs, mais aussi sur l'offre qui leur est soumise. La relation électorale est restée uniquement pensée, mise en scène et construite dans les termes et les registres de la promesse ou de l'offre programmatique diffusée sur les plateaux de télévisions, les chaines de radio et les tribunes des meetings, certains candidats s'offusquant même de ne pas avoir été invités lors de certains grands débats télévisés.

Je n'ai pas eu l'impression que le citoyen français coproduisait l'offre politique, qu'il participait à sa définition. C'est ce qui a fait par exemple gagner Barack Obama aux Etats-Unis en 2008, à travers le concept d'« appropriation» qui permettait aux militants d'avoir le sentiment d'être leurs propres directeurs de campagne, avec une grande autonomie laissée à la base. La campagne électorale française, il me semble, n'a pas révélé le véritable statut de la parole citoyenne. Les candidats n'ont pas pu renverser au moins symboliquement la relation traditionnellement asymétrique entre eux et les électeurs.

A votre avis, qu'est-ce qui peut expliquer l'émergence des forces nouvelles au grand dam des forces politiques traditionnelles que sont la droite et la gauche ? Et quelle pourra être l'issue de ce premier tour?

L'émergence de ce que vous appelez «forces nouvelles» me semble avoir une réponse évidente qui réside dans l'échec des deux grandes familles politiques classiques françaises ces dix dernières années. La droite républicaine a échoué avec Nicolas Sarkozy qui comme vous le savez n'a pas pu obtenir un second mandat à cause de ses promesses non tenues, et ce malgré les changements perpétuels opérés sur les noms de ses partis politiques. La gauche socialiste a également échoué avec François Hollande qui, conscient de sa débâcle, n'a même pas osé se représenter pour un second mandat. Mais il faut faire attention avec votre appellation de forces nouvelles. Mis à part certaines exceptions comme Manuel Macron, la politique suprême en France est toujours dominée par ce que Max Weber a appelé les professionnels de la politique, c'est-à-dire ces messieurs et dames qui vivent de et pour la politique, en lieu et place des profanes.

Même Emmanuel Macron n'est pas une exception en tant que telle, car son entrée dans la vie politique correspond à un parcours bien connu en France, celui dit de « la filière descendante ou inversée », c'est-à-dire ces personnalités qui commencent leur carrière politique au cœur du pouvoir par une position au gouvernement avant d'aller solliciter un mandat électoral. Cela vous rappelle sans doute Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac. Donc rien de bien nouveau sous le soleil, dirait-on en «français» facile. Le clivage Gauche/Droite a tendance à disparaître pour laisser la place à des candidats « attrape-tout », à des clivages entre europhobes/eurosceptiques/euroconvaincus. Mais je suis sûr qu'après l'élection les idéologies traditionnelles quelque peu mises en veilleuse par certains candidats opportunistes, vont refaire surface tout au long des cinq premières années du mandat. Bien malin qui peut prédire l'issue du premier tour avec quatre candidats au coude à coude. Mais tout porte à croire que cela se jouera entre Marine le Pen et Emmanuel Macron.

Quel regard portez-vous sur la politique africaine des candidats?

Globalement les thématiques internationales ont été les grandes absentes de la campagne française, mis à part l'obsession de certains candidats à organiser la sortie de la France de l'Union européenne. Pour François Fillon par exemple le Maghreb et l'Afrique sont des partenaires privilégiés de la France, mais les responsabilités imposent de multiplier les canaux de dialogue avec d'autres partenaires. Emmanuel Macron reprend un peu la même rengaine sur l'aide qui doit être concentrée sur l'Afrique sub-saharienne, le Sahel, le Maghreb, les pays en crise et l'espace francophone, alors que la France n'a jamais atteint l'objectif de 0,7% du PIB demandé par les Nations unies depuis le début des années 1970. Il parle également d'un grand partenariat avec l'Afrique sans plus de précision.

Marine Le Pen quant à elle recyclé une vieille idée socialiste ayant également échoué à savoir une politique de co-développement avec les pays d'Afrique fondée prioritairement sur l'aide au développement de l'école primaire, l'aide à l'amélioration des systèmes agricoles et l'aide au renforcement des outils de Défense et de sécurité. Comme quoi les problèmes de l'Afrique se situeraient encore au niveau de son alphabétisation à l'école primaire. Globalement les différents candidats parlent encore de développer l'Afrique, montrant ainsi qu'ils n'ont pas bien compris l'Afrique qui n'attend pas d'être développée par la France, mais qui demande plus de justice et de considération à son endroit.

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