26 Avril 2017

Congo-Kinshasa: De l'Accord du 18 octobre à l'Accord du 31 décembre 2016 - La Cenco au milieu ou au fond du village ?

Photo: Ph. John Bompengo
Quelques membres de l’opposition Congolaise

C'est la levée de boucliers contre la Cenco (Conférence Episcopale Nationale du Congo), du côté de la Majorité Présidentielle et des dissidents du Rassemblement que les Evêques catholiques ont fait savoir, dans une déclaration rendue publique le vendredi 21 avril 2017, que la nomination de Bruno Tshibala aux fonctions de Premier ministre n'est pas conforme à l'esprit et à la lettre de l'Accord du 31 décembre 2016.

Quant au Président du Conseil National de Suivi de l'Accord, ils ont rappelé qu'il devrait provenir du Rassemblement et que sa désignation devrait respecter le principe du consensus. Il est reproché aux prélats catholiques d'avoir souligné, dans leur message, que plusieurs points de ce compromis politique n'exigent pas la signature de l'Arrangement particulier.

Il s'agit notamment du maintien au pouvoir du Chef de l'Etat actuel jusqu'à l'investiture de son successeur ; de l'organisation des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales avant la fin de l'année 2017 ; de la non révision de la Constitution par voie référendaire ou parlementaire pendant la période pré-électorale et électorale.

On n'a pas non plus apprécié, dans plusieurs états-majors politiques, les observations de la Cenco concernant l'impératif de l'exécution intégrale de l'Accord du 31 décembre 2016, coulé du reste en Résolution 2348 au niveau du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Bref, non seulement la Majorité Présidentielle mais aussi plusieurs plates-formes de l'Opposition qui commencent à partager la même lecture de la crise politique actuelle qu'elle, estiment que la Cenco n'est plus au milieu du village. Sans appel, la famille politique du Chef de l'Etat vient de décréter son auto-disqualification.

De la Cité de l'Union Africaine au Centre Interdiocésain

Les observateurs notent que le retour de la Cenco sur la scène politique, après qu'elle a refusé de participer au dialogue de la Cité de l'Union Africaine, dont la facilitation était assurée par l'ancien Premier ministre togolais, Edem Kodjo, était l'œuvre du Président de la République en personne, qu'il l'avait chargée de placer autour de la même table, les signataires de l'Accord du 18 octobre 2016 et les non signataires.

On présume que le choix du Chef de l'Etat était dicté par la présomption de neutralité des Evêques catholiques, en dépit de leur absence au dialogue piloté par Edem Kodjo, en raison de son caractère non global et non inclusif, suite à l'absence du Rassemblement.

On peut se demander, à ce propos, pourquoi les sociétaires de la Majorité Présidentielle avaient-ils cautionné la médiation de la Cenco, dès lors que sa présumée partialité était déjà affichée à travers son retrait du dialogue de la Cité de l'Union Africaine ? On se souvient, dans le même ordre d'idées, que lors de sa prestation devant le Conseil de Sécurité, en avril dernier, le président de la Cenco, Mgr Utembi, a clairement martelé que toutes les institutions de la République Démocratique du Congo étaient hors mandat, et partant illégitimes, et que l'unique source pouvant leur conférer une nouvelle légitimité, à titre transitoire, était l'Accord du 31 décembre 2016.

Que peut-on reprocher aux Evêques Catholiques, qui insistent sur l'impératif du respect de l'esprit et de la lettre de ce compromis politiques ? Faut-il leur jeter la pierre, lorsqu'ils réaffirment que le blocage de l'Accord de la Saint Sylvestre est imputable à la mauvaise foi de la classe politique congolaise ? Les observateurs notent que les Evêques catholiques congolais ne sont pas les seuls à faire le constat du non respect de ce compromis politique.

Au Conseil de Sécurité de l'Onu, à l'Union Européenne, à l'Union Africaine, à l'Organisation Internationale de la Francophonie, aux USA, au Canada, en Belgique comme en France, la médiation de la Cenco est unanimement saluée et la mise en œuvre de l'Accord du 31 décembre 2017 instamment exigée.

De nouvelles sanctions sont même brandies à l'endroit des hommes au pouvoir à Kinshasa fichés comme des obstacles à la résolution de la crise politique, à la relance du processus électoral, au respect des droits de l'homme, à la décrispation du climat politique, etc.

Un isolement politique de la RDC, qui ne dit pas son nom, semble en route, avec comme première alerte la rupture de la coopération militaire entre Bruxelles et Kinshasa. Le bras de fer entre la Belgique et son ancienne colonie ira-t-il au-delà du domaine militaire ?

A force de geler la mise en œuvre de l'Accord du 31 décembre, le pouvoir en place à Kinshasa ne courre-t-il pas le risque de se mettre sur le dos les « maîtres » de la planète ?

Certes, du côté de la Majorité présidentielle, des accusations à répétition sont formulées contre les leaders du Rassemblement, considérés comme réfractaires à l'application dudit compromis politique car mus par la ruée vers les portefeuilles ministériels ?

Mais, visiblement, ce discours ne passe pas dans les chancelleries occidentales, où l'on semble convaincu que le pouvoir en place roulerait pour une transition à durée indéterminée, à l'image de celle de fin de règne de Mobutu.

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