27 Avril 2017

Sénégal: Expression (culturelle) ou manifestation pathologique (rires) - De l'éxplicite à l'implicite

Rire, rire aux éclats, ricaner, se tordre, glousser, s'esclaffer... Drôle de sujet que celui-là diriez-vous, mais assez sérieux finalement, pour en avoir fait le sujet d'un séminaire de Philosophie. Une idée originale du Pr Babacar Mbaye Diop de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), qui a d'ailleurs réussi à convaincre plusieurs de ses collègues : philosophes, psychologues, psychiatres, sociologues, neurologues ou... rigologues... Au point d'y avoir consacré une journée mensuelle, du mois de décembre à la mi-avril.

De Kouthia à Sanekh, que doivent-ils donc au très mystérieux Sanokho ? Voilà l'une des questions de ce séminaire très ouvert, où l'on a aussi parlé de «parenté à plaisanterie», et où le public a fait la connaissance de la rigologue française Corinne Cosseron, qui vous dira qu'en matière d'«hygiène émotionnelle», il nous faudrait «10 à 15 minutes par jour».

Mais attention à certaines formes de rire, préviennent les neurologues, psychiatres et psychologues... Attention aussi à certains rires précoces ; sans oublier que dans certaines formes d'épilepsie, le rire peut aller «jusqu'au coma, jusqu'à la mort»...

Kouthia, Sa Ndiogou, Sanekh, nos humoristes, nos comiques et autres caricaturistes du petit écran, ou adeptes d'une lecture plus ou moins décalée de l'actualité, ont une dette envers quelqu'un comme Sanokho, du nom de ce drôle de monsieur des années 80-90, ou de ce très controversé personnage qui avait le don de nous faire rire de lui, de «nos tares» et de nous-mêmes. Leurs noms seraient d'ailleurs des produits dérivés de Sanokho.

Auteur d'un ouvrage sur le sujet, («Sanokho ou le métier du rire»), le Pr Omar Guèye, historien, explique que Kouthia, par exemple, a d'abord commencé par se faire appeler «Sanokho II», avec l'air d'assumer cet héritage pas comme les autres...

Idem pour Sa Ndiogou, Ndiogou Mbengue à l'état-civil, qui ira quant à lui jusqu'à lui prendre une partie de son patronyme, «Sanokho». C'est d'ailleurs à lui que l'on doit certaines expressions de Sa Ndiogou : «FaramFacce», «Khumb te daggan». Pour nous faire rire, mais pas que...

Le Pr Omar Guèye, l'un des invités de ce séminaire sur le rire, une idée originale du Pr Babacar Mbaye Diop, a d'ailleurs avoué que Sanokho lui était quasiment tombé dessus. Une cassette au marché, tout à fait par hasard, alors que lui travaille sur Mai 1968, (un ouvrage à paraître), et voilà qu'il finit par se retrouver avec une dizaine d'autres.

Au début, c'est surtout «pour rigoler», mais disons que le sujet n'est pas banal, et voilà que l'historien est comme qui dirait pris au piège, «captivé» dit-il : «Il nous amenait Dakar, dans ses nuances, dans ses coins mal famés», faisant du «tragique» quelque chose de «comique»... «C'était de l'art».

Parmi ses sketches les plus connus, on citera «Carré d'as» ou «Grand carré», avec cette facilité qu'il avait de nous inviter dans son univers à lui, «interprétant ses propres scenarii», jusqu'à la rime, jusqu'à la musique. Ses instruments ? Des objets de tous les jours : une calebasse, un bol ou une table.

«On en a rigolé, dit Omar Guèye, presqu'avec regrets, mais on ne l'a pas vraiment écouté, on n'a pas vraiment connu le personnage».

Un artiste à la fois «informel» et «complet», qui imitait l'un ou l'autre de ces groupes ethniques, de «Samba Yoro» à «Youga Sankharé», le bruit d'un moteur ou l'ambiance d'une gare, comme il parlait de l'exode rural. Un «chroniqueur endogène», avec une impressionnante«palette de voix», dixit le Pr Aminata Diaw Cissé, dont on apprendra malheureusement le décès quelques mois après cette séance.

Sans oublier disait-elle, qu'il avait réussi à «déconstruire le modèle islamo-wolof», avec cette façon qu'il avait de mettre en valeur la «diversité», mais avec «beaucoup de respect, de pudeur et de dignité», et de surcroit sans que cela ne soit «conflictuel». Et pour le Pr AbdarahmaneNgaïdé, «Sanokho parlait (tout simplement) pour toutes ces personnes qui n'étaient pas intégrées dans l'urbanité».

Lui, l'un des artistes les plus «plagiés», est «mort très pauvre», un peu comme tous ces «poètes maudits», sinon incompris : la «malédiction du génie» qui sait ?! Toujours est-il que, comme dirait Omar Guèye, ceux qui se «disputent l'héritage de Sanokho» sont tout simplement devenus des «stars».

Le «business» du rire

Ailleurs, le rire est un «métier», sinon un business. En France, l'acteur et comédien Omar Sy est «la personnalité préférée des Français». Peut-être parce que, pour reprendre les propos de l'historien, «nos sociétés ne sont pas vraiment préparées à ce type de métiers». Ni à ce type de personnage d'ailleurs...

Omar Guèye appelle d'ailleurs à voir avec la Sénégalaise du droit d'auteurs et des droits voisins (Sodav), comment compiler les «différentes productions» de Sanokho. Mais qui sont donc ses ayants droit, et a-t-il laissé des héritiers ? L'historien ne le dit pas...

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