2 Mai 2017

Nigeria: Santé du président Buhari - La polémique enfle, la société civile s'inquiète

Photo: Premium Times
President Buhari resumes office.

Au Nigeria, la polémique enfle autour de l'état de santé du président Muhammadu Buhari. En effet, dans une lettre ouverte, treize organisations de la société civile ont, au cours d'une conférence de presse, demandé au président Buhari de se mettre en congé du pouvoir, assurant que ses problèmes de santé ne lui permettaient pas de diriger le pays.

Elles prient instamment le président de « suivre les indications de ses médecins et de se reposer sans plus rien attendre ». Peu avant la société civile, c'est Wole Soyinka, Prix Nobel de littérature, qui s'interrogeait sur l'état de santé du président avec un ton empreint de colère en ces termes : « Pourquoi le président nous cache-t-il son état de santé ? » « Il devrait comprendre qu'il appartient au domaine public », avait-il ajouté.

En tout cas, les absences répétées de Muhammadu Buhari au sommet de l'Etat, notamment aux deux derniers Conseils des ministres, ont nourri la spéculation et la rumeur, si fait que de nombreux hommes politiques, du pouvoir comme de l'opposition, ne cachent pas leurs inquiétudes quant à la situation de blocage que cela pourrait engendrer.

C'est pourquoi tous lui demandent de se conformer à la Constitution en déléguant son pouvoir à son vice-président, en l'occurrence Yémi Osinbajo, qui avait déjà assuré valablement l'intérim pendant le séjour médical du chef de l'Etat à Londres.

Reste maintenant à savoir si ces appels du pied seront entendus. Car, sous nos tropiques, on a vu et voit toujours des présidents grabataires s'accrocher à leur fauteuil, refusant ainsi de s'imaginer une autre vie en dehors du pouvoir.

Le cas le plus emblématique est celui du président algérien, Abdel Aziz Bouteflika, pour ne pas le nommer, qui, depuis plus de deux ans, dirige son pays sur civière.

Evitant au maximum les apparitions publiques, les déplacements du numéro un des Algériens se résument désormais entre la résidence présidentielle et l'hôpital militaire Val de Grâce en France, où il se rend pour des contrôles de routine.

Très peu de présidents africains acceptent de rendre public leur bilan médical

Osons espérer que le président Buhari, lui, entendra le cri du cœur de ses compatriotes, en reconnaissant qu'il est juridiquement "empêché".

Il y va non seulement de son intérêt mais aussi de l'avenir du Nigeria qui, depuis la dévaluation du Naira, connaît une récession économique sans précédent. C'est le lieu même de reparler plus globalement de la santé de nos chefs d'Etat sur le continent.

Très peu d'entre eux acceptent de rendre public leur bilan médical. Si fait que même quand ils souffrent dans leur chair, ils tentent de le cacher. C'est le cas, par exemple, de l'ex-président nigérian Umaru Yar-Adua, décédé en 2010, de problèmes rénaux longtemps cachés au grand public.

On oublie volontiers les cas des grands timoniers comme Omar Bongo Ondimba du Gabon, Gnassingbé Eyadema du Togo qui, jusqu'aux dernières heures de leur vie, s'efforçaient de nier l'évidence. Peut-être oubliaient-ils que la nature, très jalouse, ravit, au fil des ans, par petites doses, les forces qu'elles nous a prêtées.

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