6 Mai 2017

Congo-Kinshasa: Axe Caire-Libreville-Bujumbura/Diplomatie de sape - Kinshasa fait fausse route

Lâchée par les Etats-Unis et l'Europe, la RDC se cherche de nouveaux alliés parmi les plus récalcitrants à la politique occidentale en Afrique.

La démarche est hasardeuse. Récentes, les nouvelles fréquentations de Kinshasa ne lui rapporteraient aucun bénéfice au-delà des discours protocolaires de fin d'audience entre "pays amis et frères". L'axe Caire-Libreville-Bujumbura trace les lignes d'une diplomatie de la confrontation au nom du discours souverainiste souvent claironné par la MP. Dans cette stratégie de sape, Kinshasa fait fausse route.

S'étant détournée de l'esprit et de la lettre de l'Accord de Saint-Sylvestre, la majorité au pouvoir qui s'est mise à dos les puissances du Conseil de sécurité qui ont adoubé l'accord à travers la résolution 2348, compte se tourner vers d'autres appuis diplomatiques dans la région et ailleurs.

La République démocratique du Congo est en froid avec l'essentiel de la communauté internationale. De Washington à Bruxelles en passant par Londres, Berlin et Paris, les pays occidentaux font pression sur Kinshasa pour qu'il mette en œuvre l'Accord global et inclusif du 31 décembre 2016. Ce compromis politique est, aux yeux des partenaires extérieurs de la RDC, la meilleure voie pour parvenir, de manière consensuelle, à la tenue d'élections dans un climat apaisé. Même Vatican n'est pas en reste. Le souverain pontife a posé un geste assez interpellateur en annulant son voyage prévu en 2017 en RDC où deux tiers de la population se réclament de la religion catholique.

Acculées de toutes parts, depuis le blocage de la mise en œuvre de la dynamique du Centre interdiocésain, les autorités de Kinshasa tentent de se rallier des « nouveaux amis ».

C'est dans cette perspective que le président de la République, Joseph Kabila, a inauguré sa nouvelle stratégie diplomatique par le Caire, en Egypte. Ce pays a des liens militaires étroits avec les Etats-Unis d'Amérique mais s'est toujours présenté comme éloigné de l'Occident. Puis, Joseph Kabila s'est envolé pour Libreville, au Gabon, où le président Ali Bongo s'est fait élire dans une ambiance de contestation ayant divisé le pays en franges. Des observateurs se posent la question de savoir la raison de cette escale dans un pays qui est plongé dans une crise extrêmement grave de légitimité après les élections présidentielles de 2017.

De son côté, en pleine négociation de la résolution 2348, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, She Okitundu, a quitté précipitamment New York, où la crise congolaise était au centre des débats, pour Moscou. En Russie, l'émissaire de Joseph Kabila a eu des contacts au plus haut niveau avec la diplomatie russe. Le communiqué final sanctionnant ses entretiens avec les autorités russes a laissé entendre que Kinshasa bénéficiera de soutiens multiformes.

La communauté internationale fait bloc

Pour boucler la boucle, c'est à Bujumbura que She Okitundu est allé s'enquérir de la stratégie qui a permis la « nkurunzisation » du Burundi. En effet, le président Nkurunziza s'est maintenu contre une frange importante de sa population et l'ensemble de la communauté internationale. Les techniques de résistance en vue de franchir toutes les difficultés au profit du maintien que Kinshasa veut apprendre de Bujumbura pourraient se révéler contreproductives, notent d'aucuns qui précisent que le Burundi la RDC et que l'enjeu dans ce géant des Grands Lacs est de taille.

De même, les intérêts à Bujumbura ne sont pas les mêmes, vu de Washington ou de Bruxelles. Plus d'une fois, Paris et Washington ont signifié à Kinshasa que la RDC n'est aucunement comparable à aucun autre pays de la région. Si la modification de la Constitution a été tolérée dans d'autres pays de la région, il n'en serait pas de même pour la RDC.

Le Congo-Kinshasa reste un maillon essentiel dans la préservation de la paix et de la sécurité non seulement dans la région des Grands Lacs mais aussi sur tout le continent africain. La communauté internationale, en commençant par les Nations unies, redoute une crise majeure en RDC qui ferait imploser toute une région qui a du mal à se remettre des années d'instabilité.

C'est la raison pour laquelle la communauté internationale fait bloc dans le dossier RDC. Le but est de ramener Kinshasa dans la dynamique des négociations directes entre la Majorité présidentielle et le Rassemblement. Cet accord contient déjà des acquis tels que l'actuel président reste en fonction jusqu'à l'installation d'un nouveau élu mais qu'il ne peut briguer un troisième mandat. Les premières élections dont la présidentielle et les législatives nationales et provinciales sont prévues dès décembre 2017. Ce qui tranche sur une quelconque initiative référendaire durant cette période de transition.

Pour ce faire, la transition doit être cogérée par la Majorité présidentielle et le Rassemblement, la frange de l'opposition la plus légitime en République démocratique du Congo. Au lieu d'accepter cet arrangement politique, le pouvoir de Kinshasa ne cesse de s'inventer des stratagèmes pour torpiller l'Accord et refuser de traiter avec les responsables du Rassemblement dirigé par le duo Félix Tshisekedi- Pierre Lumbi.

Les Congolais dressés contre la forfaiture

Dans sa quête de nouveaux alliés, ralliés à sa forfaiture de retarder les élections et maintenir indéfiniment l'actuel président à la tête de la RDC, Kinshasa est loin d'obtenir gain de cause. Tant, la communauté internationale émet sur la même longueur d'ondes s'agissant de la crise congolaise. D'ailleurs, la résolution 2348, qui encourage Kinshasa à appliquer l'Accord de la Saint-Sylvestre, a été votée à l'unanimité par le Conseil de sécurité y compris Moscou et Pékin.

Outre cet appui de la communauté internationale, le Rassemblement entend maintenir la pression, par des actions pacifiques, pour contraindre le pouvoir de Kinshasa de revenir au schéma de l'Accord conclu sous la médiation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cénco).

Bien plus, le peuple congolais, dans son écrasante majorité, n'entend pas cautionner un schéma qui écarterait la RDC de la voie vers l'alternance démocratique dont le soubassement reste bel et bien les élections. Cette volonté inébranlable du souverain primaire est un vrai obstacle à la forfaiture que la Majorité présidentielle tente d'imposer à la RDC. Cette détermination collective des Congolais fera sauter tout obstacle illégalement monté.

Congo-Kinshasa

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