8 Mai 2017

Burundi: L'improbable calcul politique d'Agathon Rwasa

Les rapports des associations de défense des droits de l'Homme font état des militants du FNL d'Agathon Rwasa malmenés, torturés, emprisonnés ou même tués dans un silence immense. Pour le blogueur Jean Marie Ntahimpera, c'est une situation incompréhensible alors que l'ancien chef rebelle et ses fidèles sont dans les institutions.

Comment Agathon Rwasa et ses hommes au gouvernement et au Parlement peuvent-ils rester muets, alors que leurs militants sur les collines sont persécutés chaque jour ? Personne ne connaît la réponse mais on serait tenté de se dire qu'ils n'ont pas le choix.

La politique burundaise depuis au moins 2015 est comme un foyer qui vit en état de violence conjugale permanente.

Le père bat, maudit, chasse, pourchasse tous les membres de sa famille qui ne supportent pas ses fantasmes. Tous ont fui, sauf la mère : FNL Rwasa. Chaque matin elle est battue, torturée, mais elle reste dans le foyer.

Elle reste non pas par amour, ni par loyauté, mais parce qu'elle ne voit pas de meilleure issue. Si elle quitte le foyer, elle risque d'être tuée ou de mourir de faim en exil. Elle a déjà connu l'exil, ce n'est pas agréable. Mieux vaut encaisser les coups, en silence.

L'équation Rwasa

Que peut faire alors Rwasa pour protéger sa fratrie? Quitter son poste et se rendre en exil ? Ce n'est pas nécessairement une solution, étant donné que même l'opposition en exil ne fait pas grand-chose. Retourner dans la rébellion ? Il est peut-être trop vieux pour ça.

Mais il peut toujours faire quelque chose pour montrer que cette violence contre ses militants est inacceptable. Par exemple, il peut demander à tous les membres d'Amizero de quitter le Gouvernement, tout en restant dans le Parlement.

Ainsi, il garderait sa stratégie « pieds dedans pieds dehors », tout en montrant qu'il peut sacrifier une partie de son pouvoir pour défendre ses troupes.

Mais s'il ne fait rien, ni le Cndd-Fdd, ni les autres potentiels alliés ne le prendront au sérieux. Et le plus dangereux pour l'avenir de sa carrière politique, c'est que les militants FNL risquent de se lasser, et de considérer son inaction comme un signe qu'il garde le silence pour protéger son poste sans se soucier de leur mauvais sort.

Le risque de normalisation de la violence

L'autre problème : les FNL, en acceptant de subir cette violence, risquent de la prendre pour normale au point de la considérer comme légitime et la faire subir aux autres quand ils seront en position de pouvoir. Un autre danger pour le futur de notre pays.

C'est d'autant plus dangereux que le FNL de Rwasa, même en étant affaibli par les persécutions qu'il subit, même en n'ayant pas de parti reconnu légalement, reste très fort au Burundi. L'usure du Cndd-Fdd, qui viendra plus tôt ou tard, profitera en premier lieu au FNL.

La violence politique qui semble bien ancrée dans notre pays semble prête à se transmettre aux générations futures. Mais le FNL n'est pas le seul qui pourrait être tenté de faire goûter aux autres ce qu'on lui inflige aujourd'hui.

Les mouvements rebelles, même s'ils restent faibles pour le moment, pourraient être tentés de se maintenir aux affaires par la violence si jamais ils parvenaient à prendre le pouvoir d'une façon ou d'une autre.

De quoi nourrir la peur des esprits qui craignent que le Burundi ne devienne à jamais ce pays où on ne gouverne que par la violence.

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