10 Mai 2017

Centrafrique: Attaque contre la Minusca - Le casque bleu porté disparu serait mort

Photo: Flickr
Casque bleu

En Centrafrique, le casque bleu marocain porté disparu depuis lundi 8 mai serait mort, indique le comité chargé des discussions avec les ravisseurs. Ce casque bleu avait été enlevé avec trois autres soldats de la paix cambodgiens lors d'une attaque près de Bangassou dans le sud du pays.

Le président du comité de paix - des notables de Bangassou chargés de négocier avec les ravisseurs -, l'abbé Alain Blaise Bissialo, confirme : le casque bleu marocain disparu avec trois autres soldats de la paix lundi 8 mai est mort. Il a été enterré par le groupe anti-balaka qui a kidnappé les quatre hommes.

Ce mercredi matin, les négociateurs se sont rendus sur place. Après discussion avec les miliciens, ils ont commencé à exhumer le corps, avant d'en être empêchés au dernier moment par un chef anti-balaka. Les négociateurs sont donc repartis sans la dépouille mortelle.

Assassinés et mutilés à la machette

Le comité de paix de Bangassou avait pu récupérer hier les corps des trois autres casques bleus, enlevés puis assassinés et mutilés à la machette. « Quand on les a récupérés hier mardi, les trois corps étaient sur le point d'être enterrés », raconte l'abbé Alain Blaise Bissialo.

Les quatre casques bleus - trois Cambodgiens et un Marocain - avaient disparu lundi soir après l'attaque de leur convoi par un groupe anti-balaka local à une vingtaine de kilomètres de Bangassou.

En provenance de Rafaï, le convoi avait été arrêté à un barrage. Le ton serait monté très vite. Les casques bleus, qui n'ont pas le droit d'engager le tir, auraient été pris pour cible. Un soldat de la paix avait été tué dans l'embuscade, ainsi que huit assaillants, selon la Minusca.

D'après la mission de l'ONU en Centrafrique, ces assaillants n'ont pas de revendications claires. Elle les qualifie de groupe d'autodéfense vraisemblablement lié aux anti-balaka, mais sans commandement clair. Les leaders des mouvances anti-balaka à Bangui démentent de leur côté toute implication.

Faute d'identification, la Minusca refuse pour le moment de confirmer la mort du casque bleu marocain.

Le Premier ministre promet une enquête

Depuis sa création il y a trois ans, la Minusca n'avait jamais eu à faire face à une telle attaque contre ses forces ni à ce qui s'apparente à une prise d'otages avec exécutions et qui peut constituer un crime de guerre, a rappelé cette nuit le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres dans un communiqué.

Le Premier ministre Simplice Sarandji a promis ce mercredi matin qu'une enquête serait aussi menée par les autorités judiciaires centrafricaines : « Je vais instruire le ministre de la Justice de faire feu de tout bois pour que les auteurs de ce crime odieux soient traqués, appréhendés et qu'ils répondent de leurs actes que nous condamnons déjà. » Mais cet optimisme n'est pas partagé par tous.

Thierry Vackat, le président de la commission Défense à l'Assemblée nationale, estime que les moyens ne sont pas réunis pour mener une enquête judiciaire.

« Si l'autorité de l'Etat était restaurée, ces fonctionnaires des Nations unies n'auraient pas été tués », affirme-t-il.

De son côté, le président de l'Assemblée nationale Karim Meckassoua souhaite que le mandat de la Minusca soit plus appliquée et que les menaces soient directement neutralisées.

Un terrain d'affrontements entre l'UPC et le FPRC

Pendant des années, Bangassou a longtemps fait figure de havre de paix dans une Centrafrique ravagée. Mais depuis quelques semaines, la préfecture du Mbomou, la région de Bangassou, est en train de devenir à son tour un champ de bataille.

Depuis la fin 2016, deux factions de l'ex-Seleka s'affrontent pour le contrôle de territoire et des ressources qu'il recèle.

D'un côté, l'UPC, de l'autre le FPRC et ses alliés, anti-balaka notamment. Les combats, souvent très violents, s'accompagnent toujours de représailles sur les civils des communautés dont est issu l'adversaire.

En six mois, l'UPC a perdu beaucoup de terrain au profit de la coalition FPRC. Quasiment délogée par la force des alentours de Bria et du nord de la Ouaka, l'UPC, qui a aussi perdu le contrôle de Bambari, concentre aujourd'hui ses forces essentiellement dans la Basse-Kotto et le Mbomou, deux préfectures frontalières de la RDC.

« La guerre a affaibli les deux belligérants. Mais si l'UPC perd des territoires et donc des ressources, le FPRC a toujours des capacités financières qui lui permettent de payer les groupes d'autodéfenses ou les antibalakas pour continuer a combattre l'UPC », explique un observateur avisé des groupes armés.

L'UPC de son côté peut compter sur des groupes d'éleveurs peuls bien armés, qu'elle protège mais qu'elle utilise parfois militairement.

La tendance en tout cas n'est pas à l'apaisement. Point d'orgue d'une montée en tensions de plusieurs jours entre communautés, des anti-balaka ont tenté mardi matin de prendre la ville d'Alindao, tenue par l'UPC.

La semaine dernière, des hommes armés auraient assassiné une dizaine de personnes à 20 km de Rafaï sur la route de Bangassou. Dans toute la région, les axes sont des endroits particulièrement dangereux.

Même Bangassou, exemple de cohésion sociale pendant des années, vit maintenant dans la crainte. « Les anti-balaka menacent de rentrer.

L'UPC répond qu'il entreraient aussi dans la ville si c'était le cas », explique une source religieuse locale. Dans ce cycle de violences, la Minusca est de plus en plus prise pour cible comme en témoigne l'attaque de lundi soir.

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