11 Mai 2017

Burkina Faso: Projet de construction d'un CHU à Bobo - « Certains veulent en faire une récupération politique »

interview

Doter la ville de Sya et partant toute la région ouest du Burkina d'un centre hospitalier de référence à même d'assurer des soins de qualité aux malades et de servir dans le même temps de centre de formation aux étudiants en médecine ; voilà résumés les enjeux de ce futur centre hospitalier universitaire de Bobo-Dioulasso. Si l'importance de ce projet est reconnue par tous, c'est le choix du site d'implantation de cette infrastructure hospitalière qui fait l'objet de polémique.

Et pour l'administration de l'Institut des sciences de la santé (INSSA), ce projet nous concerne au premier chef et sa proximité avec l'INSSA devrait constituer un atout majeur pour une meilleure prise en charge des patients et une meilleure formation des étudiants. De ce fait, le choix du site de Belle-Ville semble le mieux indiqué.

Car pour le professeur Macaire Ouédraogo, directeur de l'Institut des sciences de la santé (INSSA), cette histoire de pollution de la nappe phréatique n'est en réalité qu'un faux problème inventé par des politiques à des desseins inavoués et inavouables. C'est ce qu'on peut retenir de cette interview qu'il nous a accordée lundi 8 mai 2017 à l'INSSA. Il commence par nous faire un bref aperçu de l'établissement.

L'INSSA a été créé en 2005 mais les cours ont effectivement démarré en 2006. La formation dure 7 ans et en 2013, on a assisté à la sortie des premiers médecins. L'établissement compte actuellement 252 étudiants et a déjà formé au total 84 médecins.

Les chiffres sont réduits comme vous pouvez le constater parce que ne vient pas à l'INSSA qui veut mais qui peut. C'est un établissement assimilé à un corps d'élite du fait que les critères de recrutement sont assez pointus. Chaque année, on ne recrute que 30 étudiants.

Cette année par exemple il y avait environ 600 dossiers et ce sont les meilleurs des meilleurs qui sont chaque fois retenus pour intégrer l'Institut. Nous sommes très exigeants sur la qualité de la formation, ce qui fait que nous réduisons au minimum le nombre d'étudiants afin d'en faciliter le suivi.

Ici l'année académique commence en octobre et s'achève en juillet. Toutes les soutenances se font normalement. Ce n'est pas comme ailleurs où l'on ne sait pas quand les cours débutent ni quand ils finissent.

L'INSSA a déjà mis sur le marché de l'emploi 84 médecins. Avez-vous leurs nouvelles ?

Tous ceux qui entrent à l'INSSA suivent normalement leur cursus et je peux vous dire qu'ils se distinguent des autres étudiants formés ailleurs. Un corps d'élite rime avec l'excellence, la science et la conscience.

Et c'est ce que nous leur rappelons quotidiennement. Partout dans le monde, il existe des corps d'élite en médecine où tout le monde n'entre pas.

Parce qu'à ce niveau, on met plus l'accent sur l'expression des talents, les personnes nanties de capacités intellectuelles très élevées. C'est à l'image des grandes écoles d'élites d'Europe que nous avons créé l'INSSA.

Ce n'est pas une école pour former cent mille personnes au rabais, mais plutôt former la qualité avec un effectif très réduit. Nous n'avons aucun esprit mercantile. Notre souci est de mettre à la disposition du Burkina des médecins compétents pour une meilleure prise en charge des patients. Et je pense que tous ceux qui sont sortis de cet institut sont à la hauteur de leur mission.

Quels sont les types de médecins qui sortent de votre institut ?

Notre vocation, c'est la formation de médecins généralistes. C'est également la formation de médecins spécialistes dans les différents domaines. Notre vocation, c'est aussi l'expertise qu'on donne à la santé publique.

On développe des diplômes qualifiants et des diplômes diplômants comme les diplômes d'études spéciales de médecine et autres.

Nos étudiants qui sont d'ailleurs formés comme médecins généralistes sont présentés au concours d'internant des hôpitaux avant la fin de leur formation. Et à chaque fois les majors de ces concours viennent de l'INSSA. C'est pour vous dire que l'enseignement est très sérieux ici et nous mettons toujours l'accent sur l'excellence, la science et le savoir.

Quel peut être le parcours d'un étudiant avant l'obtention de son diplôme à l'INSSA ?

La formation pour les médecins généralistes passe par plusieurs cycles. Le premier cycle dure deux ans, le deuxième, quatre ans et le dernier cycle ne dure qu'un an avec des stages. Avant ce troisième cycle, l'étudiant participe à des stages, mais c'est seulement ceux de la dernière année qui sont très importants.

Et actuellement nous sommes en train de basculer dans le système LMD (licence, master doctorat). C'est vrai qu'on ne l'a pas encore appliqué, mais nous sommes en train de nous réunir entre doyens d'Afrique pour voir comment on peut l'appliquer. Parce que le problème de la médecine est qu'il n'y a pas de diplôme intermédiaire. Et quand vous sortez sans votre diplôme de médecin, vous n'êtes rien. Vous n'êtes même pas un infirmier parce que sans diplôme après sept années d'études.

Vous avez parlé de stages. Cela suppose que vous entretenez des rapports avec les centres hospitaliers ?

Pour former un médecin, il y a le volet théorique qui se passe au sein de l'institut. Et à ce niveau nous n'avons aucun problème. Notre difficulté majeure réside à la deuxième phase qui est la phase pratique. On ne soigne pas quelqu'un sur la base de la théorie. C'est bien la pratique. Lorsque l'étudiant en médecine quitte la théorie, il doit passer à la pratique. Nous l'accompagnons au lit du malade en lui disant que lorsqu'un patient est dans cet état ou qu'il porte de tels signes, voilà ce qu'il faut faire. Et c'est comme ça qu'il apprend au fur et à mesure. Mais seulement nous sommes confrontés à des difficultés entre les étudiants qu'on doit former et les formateurs au CHU Souro-Sanou.

L'hôpital de Bobo est saturé avec les stagiaires qui viennent de l'INSSA mais aussi d'autres écoles de Ouagadougou, de Bobo et même d'Afrique et d'Europe dans le cadre de la coopération. Il y a aussi les élèves de l'école nationale de la santé publique (ENSP). Du coup l'hôpital de Bobo n'a plus la capacité d'assurer l'encadrement de nos étudiants comme il se doit. Il faut donc créer un CHU adapté au contexte d'encadrement de nos étudiants. Lorsqu'on aura un bon centre hospitalier universitaire, on pourra revoir le recrutement de nos étudiants. C'est dans ce cadre surtout que nous souhaitons la réalisation d'un hôpital universitaire digne de ce nom. Dans les pays développés et même dans de nombreux pays en Afrique, les deux structures, c'est-à-dire l'institut et l'hôpital, sont combinées ou proches l'une de l'autre.

Qu'en est-il alors du projet de construction du futur CHU de référence de Bobo ?

Il y a effectivement un projet de construction d'un hôpital de référence à Bobo. Et comme c'est un centre universitaire financé par l'Etat, il faut forcément l'implication des principaux utilisateurs que sont les universitaires à la conception et à la réalisation du projet. C'est eux qui savent ce qu' 'ils veulent en faire. Le coût du projet est estimé à environ 78 milliards de nos francs et je pense que toutes les dispositions doivent être prises pour une bonne exécution des travaux afin d'offrir une infrastructure qui réponde aux besoins des usagers et soit adaptée aux besoins de la formation. Si les choses s'étaient déroulées comme prévues l'hôpital aurait dû être inauguré au plus tard en 2019. Jusque-là rien. Parce que nous sommes actuellement confrontés à un problème relatif au choix du lieu de construction de cet hôpital.

Le site le plus proche de l'INSSA et le site souhaitable fait 103 ha et est situé au quartier Belle-ville dans l'arrondissement 7 où se trouve justement l'institut. Il est encore plus grand que l'autre site qui a été identifié à Borodougou à environ 20 km de l'institut et qui fait 81ha. Le site de Belle-Ville a même été borné. Mais le problème qui s'est posé a été celui de savoir si le site retenu par la direction de l'INSSA n'était pas sur la nappe ou proche d'elle. Une étude a été rapidement commanditée et avec l'implication du général Robert Tinga Guiguemdé qui fut le premier directeur de l'INSSA, les travaux ont pu être menés par de bonnes volontés jusqu'au bout. De nombreux services techniques concernés comme l'ONEA, les sapeurs-pompiers, les ingénieurs et des personnes œuvrant dans le domaine de l'environnement ont tous été impliqués. De leur rapport en 2014, il ressort que le site de Belle-Ville n'a aucun impact sur la nappe phréatique distante de plus de 4 km (voir plan). On ne comprend plus ce qui se passe avec cette histoire de nappe. Et on nous dit aujourd'hui que tout ce qui a été fait à Belle-ville n'est pas réglementaire.

Et maintenant ?

On ne comprend plus rien à cette polémique stérile quand à la construction de cet hôpital sur le site de Belle-Ville. Nous sommes tous installés dans cette ville et nous consommons la même eau. Personne n'a intérêt à ce que cette nappe soit souillée. A chaque réunion lorsqu'on brandit ce plan, ils nous disent qu'il est caduc et que les plus hautes autorités ont retenu le site de Borodougou. Je suis allé voir le ministre Soumaïla en son temps et il m'a fait savoir qu'il n'a jamais été dit que l'hôpital serait construit à Borodougou. J'en ai même profité pour lui montrer le plan dont nous disposons et il était étonné qu'il y ait encore des problèmes par rapport au choix du site.

Une récente décision du ministre de la Santé demande l'arrêt de toute activité liée au choix du site de cet hôpital. Qu'en pensez-vous ?

Je suis très ravi de cette décision et j'espère qu'avec cette intervention musclée du ministre de la Santé, la tempête va se calmer. Il a en effet demandé de tout remettre à plat et qu'on ne lui parle plus de site. Je crois savoir qu'une étude sera bientôt menée par un cabinet. Cela va coûter environ 700 millions. Mais au lieu d'investir une telle somme pour faire encore des prospections, je propose qu'on travaille d'abord sur le plan de Belle-Ville qui a déjà fait l'objet d'une étude. Cela nous permettra de gagner en temps et en argent. Et à mon avis, le site de Belle-Ville ne pose aucun problème comme le démontre le plan. Le site est distant de plus de 3 km du périmètre de protection rapprochée de la nappe. Et même s'il y avait des doutes, il y a aujourd'hui des systèmes de protection de la nappe comme cela se fait ailleurs. Nul n'a intérêt à ce que ce projet soit délocalisé du site de Belle-Ville.

Mais pourtant certains ne jurent que par le site de Borodougou ?

Je crois qu'il y a des gens qui veulent faire de ce projet une récupération politique pour dire un jour qu'ils sont à l'origine de la construction de cet hôpital dans le village ou encore pour faire monter leur cote auprès de l'électorat. Mais ça ne va pas marcher. Parce qu'il ne s'agit pas d'un hôpital ordinaire mais d'un centre hospitalier universitaire qui allie la théorie à la pratique. Si on veut transférer le projet à Borodougou, il y a lieu aussi d'y construire un institut de formation pour être dans les normes. Ce qui va forcément engendrer des coûts. Et c'est comme ça partout ailleurs. L'institut de formation et l'hôpital universitaire se côtoient. Et je ne suis pas sûr que les professeurs et les étudiants vont accepter de parcourir chaque jour une vingtaine de kilomètres pour leur travail à Borodougou. Et je suis sûr que le déplacement de Borodougou ne sera pas aussi aisé pour les nombreux patients et accompagnants. Dans tous les cas, on attend le rapport du cabinet chargé des études du site d'implantation.

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