11 Mai 2017

Algérie: Le mécontentement continue d'agiter la ville d'al Hoceima au coeur du Rif

Le mécontentement continue d'agiter  la ville d'al Hoceima, au coeur du Rif dans le nord du Maroc, plus de six  mois après la mort tragique du vendeur de poisson Mouhcine Fikri, sucitant  l'indignation de la population à travers une série de manifestations qui se  sont poursuivies en début de semaine pour réclamer justice en plus de  revendications politiques et sociales contre la marginalisation de la  région, ne cessent de rapporter les médias.

Après le drame, des milliers de Marocains se sont rassemblés là pour  manifester leur indignation face à un drame en octobre 2016 qui avait  choqué tout le pays et rapporté en masse par les médias internationaux.

Le marchand de 31 ans, s'était assis sur une benne à ordures pour empêcher  la destruction de sa marchandise par la police, avant d'être happé par le  mécanisme. Les circonstances effroyables de sa mort, filmées par un  téléphone portable et diffusées sur les réseaux sociaux, avaient mis les autorités dans une situation délicate les poussant à ouvrir une enquête  pour "homicide involontaire".

Mais cela n'a pas suffi pour faire taire la contestation qui n'a pas cessé  depuis, réclamant outre rendre justice, les vieilles revendications  politiques et sociales de la population de cette région "oubliée" par les  autorités.

Le mécontentement a ainsi continué en début de semaine d'agiter cette  ville de 56 000 habitants, au c£ur du Rif, une région enclavée le long de  la côte méditerranéenne au lourd passé protestataire.

"Tout le monde  s'attendait à deux issues : soit le Hirak chaabi (nom du mouvement de  contestation) allait dégénérer en événements violents, soit il allait  s'éteindre de sa belle mort", témoignait Mortada, un jeune militant cité  par le quotidien Le Monde. Mais aucune de ces deux hypothèses ne s'est  concrétisée. Le mouvement continue de défier les autorités.

"La situation à Al-Hoceima peut paraître calme, mais les rancoeurs  peuvent dégénérer" , a, toutefois, confirmé Ali Belmezian, président de la  section locale de l'Association marocaine des droits humains (AMDH).

"Nous, on réclame un vrai pôle hospitalier dans la ville pour ne pas être  obligés d'aller jusqu'à Tétouan (à quatre heures de route, par une rocade  sinueuse)", a indiqué, pour sa part, Anwar.

"Les protestations se poursuivent toujours dans le cadre d'un mouvement  pacifique régulier. Le mot d'ordre: appeler à un dialogue constructif  autour des revendications sociales et économiques des habitants", précise  le responsable de l'AMDH, cité par les médias.

M. Belmezian rappelle que la région a entamé son "mouvement revendicatif"  depuis le 20 février 2011 et que la mort de Mouhcine Fikri a été un vecteur  pour son renforcement. "Les autorités locales devraient plutôt rencontrer  les jeunes de la région et apaiser la tension sociale.

Où sont-elles passées, où sont passés les élus de la région?", se demande-t-il,  soulignant l'urgence, pour les autorités locales, de mettre en place un  mécanisme de dialogue avec la population.

"Aucun argument ne peut arrêter les protestations tant que les  revendications légitimes de la population n'aboutissent pas et que le  sentiment de la "Hogra" (mépris) persiste", assure-t-il.

Derrière le drame du poissonnier, une région  marocaine en difficulté

Plus que la vigueur du ton, ce sont les épisodes de violence qui ont fait  l'actualité des dernières semaines. Le 26 mars, deux marches de lycéens,  parties de Beni Bouayach et Imzouren, à une vingtaine de kilomètres  d'Al-Hoceima, ont dégénéré en affrontements avec les forces de l'ordre. Des

véhicules et un immeuble des forces auxiliaires ont été brûlés. Quelques  jours après ces incidents, le gouverneur de la région, Mohamed Zhar, en  poste depuis un an, a été rappelé et plusieurs hauts responsables ont été  limogés, mais ce là n'a pas daigné calmer le mouvement de protestation.

Selon les médias locaux, le ministre de l'Intérieur s'était rendu le 5  avril sur place pour tenter d'éteindre une polémique sur la  "militarisation" du Rif, en référence à un décret royal proclamant l'état  d'exception mis en place en 1958 et qui n'a jamais été formellement abrogé.

"Nous placer sous zone militaire, c'est envoyer le signal que nous vivons  dans une caserne, s'indigne un militant cité par des médias. C'est ce qui  empêche les investisseurs de s'implanter et de créer des emplois, a-t-il  affirmé.

"Al-Hoceima manque de tout : pas d'université, ni d'hôpital digne de ce  nom. Notre ville n'attire aucun investissement d'envergure, énumère un  autre militant, Achraf. La raison de ce retard ? Nous avons été combattus,  punis, alors que nous avons mené la résistance au colonialisme espagnol et  tenu tête à la dictature", a-t-il déploré.

En outre, la répression du soulèvement populaire du Rif, lors de l'hiver  1958-1959, est un souvenir encore vivace dans les esprits des Rifains. En  1984, un autre soulèvement secoue le Rif. Tous revendiquent l'histoire de  leur région pauvre.

Le sentiment de marginalisation avait reflué depuis  l'intronisation (de Mohammed VI, en 1999), analyse le maire Mohamed Boudar  (Parti authenticité et modernité), médecin, ajoutant que le gouvernement de  Benkirane "a complètement délaissé notre région depuis 2012".

Quelles que soient les responsabilités, tout le monde s'accorde sur le  constat : Al-Hoceima est une ville enclavée. Avec la crise économique en  Europe, même les transferts d'argent des émigrés ont diminué. Et le nouveau  découpage administratif a privé la ville de son statut de chef-lieu de  région.

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