11 Mai 2017

Burundi: Les gays et compagnie au bûcher, dites-vous ?

Consterné par la violence des critiques faites à l'égard de la communauté homosexuelle, le blogueur Ivan Corneille Magagi III nous livre son point de vue, en défendant une minorité qui mérite plutôt protection, selon lui.

Les Burundais peuvent parfois se placer trop bas dans des débats de société. Certes, l'homosexualité est une pratique peu tolérée chez nous, mais quand tu vois des gens, parfois « instruits », réclamer la mort pour les LGBT, tu te dis qu'il est temps de te lever pour défendre une communauté que tu considères trop injustement marginalisée.

Les arguments religieux

Sur la page Facebook de Yaga, beaucoup de commentaires faits contre les LGBT réclament soit un alourdissement de la peine qu'ils encourent, soit leur mise à mort, en avançant des arguments bibliques, surtout l'histoire de Sodome et Gomorrhe.

Une petite précision: il y avait de mauvaises mœurs dans ces villes, mais aucun récit biblique ne révèle nommément des actes d'homosexualité.

De plus, la Bible ne se limite pas qu'aux flammes de Sodome, il y a aussi le Nouveau Testament qui prône l'amour et le pardon en tout. Pourquoi l'homosexualité passerait-elle devant tous les autres délits et iniquités pour mériter la peine suprême, la mort?

Je suis persuadé que si on voulait vraiment faire justice pour Dieu, on ne commencerait pas par l'homosexualité. Elle ne menace pas la nation plus que la corruption et les assassinats.

Qu'en plus, la Bible condamne plutôt la sodomie, pratique à laquelle peuvent paradoxalement se livrer des hétérosexuels sans être inquiétés.

D'ailleurs, pourquoi emmener la thématique du divin dans la législation d'un pays constitutionnellement laïque ? Le principe de laïcité devrait définitivement faire taire l'argument religieux visant à pénaliser l'acte homosexuel.

Les arguments sociaux

Des gens sont persuadés que l'homosexualité est une machination inventée par l'Occident ou importée avec la modernisation. Faux! Cet acte est presque aussi vieux que l'hétérosexualité. En témoigne des livres datant des centaines d'années avant Jésus Christ (Lévitiques entre autres).

Seulement voilà, le Burundi n'a pas toujours eu la culture de l'écriture pour révéler ces faits. Quant à l'argument qui suppose que même les animaux ne sont pas homosexuels, il est complètement faux : plus de 450 espèces animales pratiquent l'homosexualité.

En plus, ce qui se passe dans la chambre à coucher n'a toujours concerné que ceux qui y sont et secondairement leurs confidents, mais jamais le grand public. La sexualité est un tabou sacré, telle est notre tradition.

Mais l'homosexualité ne menace pas la reproduction humaine plus que la vie de célibat, et elle ne menace pas non plus à mon avis la famille et l'enfant, tant que personne ne se livre à des actes sexuels en public.

Et cela est valable pour les pratiques hétérosexuelles. Ce n'est résolument pas de la faute aux occidentaux s'ils sont plus avancés que nous en matière de tolérance.

Que proposer ?

Les homosexuels peuvent contribuer à l'essor du pays. Ils ne menacent pas notre société dans la mesure où leurs pratiques ne se font pas en public. Et un acte sexuel intime et consenti, pourquoi devrait-il concerner la populace?

On devrait plutôt parler publiquement des soins de santé dont les gays ont particulièrement besoin et auxquels ils ont droit, pour qu'ils ne constituent pas une menace sanitaire. L'Etat devrait prendre ses responsabilités et défendre une minorité qui est constamment menacée.

La diabolisation des homosexuels n'est à mon avis qu'un déplacement d'une profonde frustration que les Burundais trouvent ailleurs.

Ils montent toute leur colère contre des innocents. Aujourd'hui ce sont les homosexuels, hier c'étaient les couples ethniquement mixtes. Il n'y a de remède à cela que la valorisation de l'éducation à la tolérance.

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