15 Mai 2017

Algérie: «Mouloud Mammeri a écrit pour tous les Algériens»

Abordant les rapports entre la littérature et le cinéma, le cinéaste dira que la transcription d'un livre à l'écran est une entreprise délicate car «traduire c'est trahir», il faut «équilibrer entre la fidélité au texte original et les impératifs du cinéma».

Le cinéaste Ahmed Rachedi a évoqué, samedi dernier à la cinémathèque d'Oran, ses premières rencontres et sa collaboration «réussie» avec l'écrivain, anthropologue et chercheur Mouloud Mammeri (1917-1989).

Présent à Oran au titre de sa participation à la célébration du centenaire de la naissance de Mammeri, le réalisateur a invité dans ce cadre le public à redécouvrir son premier film documentaire, L'aube des damnés, sorti en 1965 et commenté par le défunt écrivain.

Mouloud Mammeri a participé activement en écrivant le commentaire de cette œuvre voulue comme «l'éditorial du cinéma algérien», a confié Ahmed Rachedi qui était accompagné du secrétaire général du Haut Commissariat à l'Amazighité (HCA), Si El Hachemi Assad.

«J'ai demandé à le rencontrer en 1964, quelques mois avant la sortie du film, on ne se connaissait pas encore», se remémore le cinéaste, révélant que «Mammeri a aussitôt accepté d'écrire les commentaires».

Trois jours plus tard, le texte est prêt, écrit sur neuf pages, suscitant l'admiration du cinéaste qui n'en espérait pas tant. «Mammeri m'a donné les mots qui allaient parfaitement sur le film», a-t-il souligné, avouant «avoir même corrigé le film pour qu'il soit conforme au commentaire de Mammeri».

Le texte écrit par Mammeri pour L'aube des damnés était «parfait», a affirmé Ahmed Rachedi qui a aussi évoqué sa collaboration avec l'écrivain dans le cadre de l'adaptation au cinéma de son roman L'opium et le bâton.

«Mammeri avait jugé que mon film était fidèle à son livre, à l'exception de quelques changements opérés en raison de ce qu'on appelle les impératifs du cinéma», a fait savoir le réalisateur.

Il a expliqué, dans ce contexte, avoir réuni plusieurs personnages du livre en un seul, et ajouté une séquence inexistante dans le roman, celle où l'on entend quelqu'un dire «Ali, mout waqef !». «Mammeri trouvait que c'était une bonne idée de mettre ça, d'exprimer une émotion plus qu'un caractère», a fait valoir Rachedi.

Les rapports entre la littérature et le cinéma ont été également abordés par le cinéaste qui a estimé que la transcription d'un livre à l'écran est une entreprise délicate car «traduire c'est trahir», et il faut cependant «équilibrer entre la fidélité au texte original et les impératifs du cinéma».

Dans une déclaration à l'APS en marge de cette rencontre, Ahmed Rachedi a annoncé la sortie prochaine de son nouveau film, dans le même registre révolutionnaire, intitulé les Sept remparts de la citadelle, adapté du roman historique au titre éponyme de Mohamed Maarfia.

Le cinéaste a en outre qualifié d'«excellente initiative», l'organisation du colloque à Oran sous le thème : «L'œuvre mammérienne revisitée à l'aune du 7e art». «Mouloud Mammeri a écrit sur la révolution algérienne, il a écrit pour tous les Algériens.

Ce colloque est une réussite, la forte participation de la communauté universitaire valorise à sa juste mesure l'œuvre de l'illustre écrivain», a conclu Ahmed Rachedi.

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