15 Mai 2017

Cameroun: Industrie textile - La longue agonie de la Cicam

Dernière rescapée de son secteur au plan régional, elle est actuellement incapable de satisfaire la demande du marché local qui subit le dictat des produits chinois.

La situation de la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam) s'apparente à la marche vers une mort programmée. En une trentaine d'années, les parts de cette entreprise sur le marché local ont connu une baisse drastique en passant de 85% en 1985 à 5% en 2016. La seule industrie textile actuellement en activité en Afrique centrale connait de sérieuses difficultés en dépit de sa restructuration en cours.

Selon Emmanuel Pohowe, directeur général adjoint (DGA) de la Cicam, cette situation est principalement la conséquence du vieillissement et de l'obsolescence des équipements de production dont certains n'ont jamais été remplacés depuis la création de cette entreprise en 1965. « En stratégie, l'existence est une victoire, mais il faut comprendre qu'on ne peut pas être compétitif, avec des équipements vieux de 50 ans, face à la rude concurrence étrangère », reconnait Emmanuel Pohowe.

Actuellement, certaines sources font état des difficultés qu'éprouve la Cicam à satisfaire les commandes passées par différentes organisations pour la célébration de la fête nationale de l'unité le 20 mai prochain. Ces situations sont devenues le lot quotidien de la Cicam qui a pourtant le mérite d'avoir survécu à la crise économique qui a ravagé l'industrie textile dans la sous-région.

L'on comprend alors pourquoi le rapport de forces a été vite inversé dans le marché camerounais du textile, aujourd'hui largement dominé par la chine qui a réalisé une ascension fulgurante, et qui y règne maintenant sans partage avec 82% des parts de marché, alors qu'elle se situait à moins de 5% en 1985.

Les parts de marché résiduelles se répartissent entre le Nigeria qui totalise 10% et le reste de l'Afrique qui cumule 3%. Selon un expert en industrie textile, l'inégalité des acteurs sur le marché, qui se traduit par une différence très remarquable entre les prix pratiqués, résulte du coût des facteurs de production.

« Les Chinois se paient le luxe de vendre une pièce de 6 yards à 2 000 FCFA, contre 6 200 FCFA à la Cicam», décrie Emmanuel Pohowe. Malgré d'importantes possibilités d'approvisionnement en coton sur le marché local, et l'existence d'un réel potentiel marché de la filière, la Cicam ne dispose pas d'un outil lui permettant d'accroître sa capacité de production et de résister à la concurrence.

« Aujourd'hui, nous consommons 1 900 tonnes en moyenne de coton fibre, ce qui représente une production de 11 millions de mètres de pagne. L'objectif à court terme de la Cicam est de passer à une consommation d'environ 5 000 tonnes de coton fibre, soit environ 30 millions de mètres de pagne», confie le DGA.

Bien grave encore, il ne s'agit là que des performances sur le marché du pagne, alors qu'il y a des productions entières qui ont été abandonnées depuis longtemps par la Cicam. D'après des informations prises à bonne source, la mise à niveau de l'outil de production, nécessite non seulement un renouvellement des équipements, mais aussi la modernisation des procédés.

Pour ce qui est des machines, l'on apprend qu'il en faut 5 pour une valeur de 3 milliards de FCFA chacune, soit un montant global de 15 milliards de FCFA.

Mais pour remédier à cette situation et permettre à la Cicam de retrouver ses lettres de noblesse, de nombreux spécialistes s'accordent à reconnaître que la seule voie est une bonne restructuration et conduite à son terme. Malheureusement, ce processus lancé depuis plusieurs années piétine, le développement du tissu industriel local ne semble pas être la priorité des bailleurs de fonds qui préfèrent confiner le Cameroun dans son rôle de réservoir de matières premières.

« Pourtant, la plupart des pays développés doivent leur essor à l'agro-industrie et au textile qui sont des piliers de la croissance économique », regrette un expert.

Cameroun

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