15 Mai 2017

Congo-Kinshasa: Première épreuve, premier pas. Bruno Tshibala - Investiture confirmée !

A la tête de ses 58 membres du gouvernement, Tshibala réussira-t-il son oral aujourd'hui ? Mais, pourquoi pas ? A la Majorité, rien ne peut bloquer, ni retarder l'investiture du nouveau Premier Ministre et de son équipe. A l'Opposition, pendant ce temps, des avis restent, cependant, partagés. L'aile dure du Rassemblement, celle de Limete, maugrée et redoute la relance de la crise.

Tandis que tous les Opposants modérés, dans les parvis du Rassemblement de Joseph Olenghankoy, se frottent les mains.

La mise a, apparemment, payé. Pour eux, la politique de la chaise vide relève d'une vielle recette qui, de tous les temps, a déjà étalé ses limites. Même si Félix et Lumbi n'y croiraient pas, Tshibala, lui, a choisi de foncer... Mais, jusqu'où irait-il ?

Fête

Plusieurs fois annoncée et décalée, l'investiture de Tshibala et de son gouvernement constitué, comme tout le monde le sait, de 58 membres, a été, cette fois-ci, confirmée.

L'homme aux lunettes noires fumées, un ex-compagnon d'Etienne Tshisekedi, décédé le 1er février 2017, à la Clinique Sainte Elisabeth, à Bruxelles et dont le corps n'a même pas encore été inhumé, monte aux affaires aujourd'hui.

Tshibala a, derrière lui, le soutien de la Majorité Présidentielle élargie à l'Opposition signataire de l'Accord du 18 octobre 2016, à l'Opposition Républicaine ainsi qu'à tous les Députés issus des multiples ailes du Rassemblement, de la Dynamique ou de l'Opposition, à l'exception, évidemment, du Groupe de Limete qui, jusqu'à ce jour, considère, paradoxalement, sa nomination comme une véritable entorse à l'application de l'Accord du 31 décembre 2016, tel qu'il avait été conclu, au Centre Interdiocésain, grâce à la bienveillance des Evêques.

Dans la ville haute, tout a bougé, depuis la confirmation de la nouvelle. Bruno Tshibala, nommé Premier Ministre, le 7 avril 2017, sera, finalement, investi aujourd'hui, au Parlement, à Lingwala. Le dispositif habituel est déjà prêt, pour l'accueillir. Les invités parmi ceux qui, généralement, sont associés à ce genre de cérémonie en ont été informés.

Officiellement, un communiqué diffusé sur la bande passante de la télévision d'Etat, l'a aussi confirmé, depuis ce dimanche 14 mai, dans la soirée.

Il ne reste qu'à Tshibala et qu'à son bon monde, ainsi fiévreusement attendus, d'emboucher la trompette, pour que la fête commence. L'affaire durera, certes, l'espace de quelques heures.

Mais, d'après certaines bribes d'infos, tout se terminera aujourd'hui, quoique tardivement. De telle sorte qu'au plus tard, le jeudi 18 mai, que Tshibala passe à la phase suivante, celle de la remise-reprise avec son devancier, Samy Badibanga Ntita, lui aussi, sorti des entrailles de l'Udps et de l'entourage restreint de Tshisekedi.

Discours-Programme

Déjà, la copie de son Discours-Programme circule. Un Député médusé parle, à sa manière, d'un discours pompeux et creux. Allusion faite, semble-t-il, à son contenu.

Ce Député qui refuse, d'ailleurs, de siéger à la séance d'aujourd'hui, pour ne pas cautionner cette investiture, se dit ahuri de constater que la classe politique congolaise est en perte de vitesse.

Il fustige, au passage, la violation, selon lui, de l'Accord de la Saint Sylvestre, la signature controversée de l'Arrangement Particulier au Palais du Peuple et puis, cette investiture "protocolaire" du nouveau Premier Ministre.

Ce point de vue n'est, pourtant, pas partagé du côté de la Majorité où l'on considère que le Chef de l'Etat, en nommant Bruno Tshibala, un homme issu des rangs de l'Udps et du Rassemblement, ne s'est nullement écarté de l'Accord de la Saint Sylvestre.

Par contre, soutient-on à la Majorité, Joseph Kabila est et restera légaliste tant qu'il maintiendra les pommes ouvertes de sa main tendue.

Vendredi dernier, il a demandé la liste de délégués au CNSA. A l'expiration de la date, lorsqu'il lui sera donné d'en tirer toutes les conséquences logiques, le Président de la République fera également de son mieux, pour respecter les textes, y compris l'Accord de la Saint Sylvestre, a-t-on appris.

Priorités

Bruno Tshibala, quoi qu'il en soit, ne s'écartera pas de la ligne tracée par Joseph Kabila, dans son discours du 5 avril 2017 devant les deux Chambres du Parlement, réunies en Congrès.

Il ne va pas, non plus, éloigner de sa bouche certaines des dispositions de l'Accord du 31 décembre 2016 et de l'Arrangement Particulier du 27 avril 2017.

Tout comme, il tentera aussi de voir et revoir ses mémoires de l'Université Maria Ngouabi, de Brazzaville, pour y puiser de belles phrases destinées, justement, à convaincre les Députés, eux-mêmes qui, naturellement, sont déjà convaincus par la chose, selon qu'ils s'alignent derrière le Raïs.

De manière globale, il y a lieu de relever que les priorités du nouveau Premier Ministre s'articuleront essentiellement autour de l'épineuse question des élections dont l'évaluation interviendra incessamment, une fois la configuration du CNSA connue.

Les affaires de l'insécurité grandissante à travers le pays, de la crise socio-économique aux élans irrédentistes, avec l'affolement des prix, la stagflation galopante, l'effritement sans cesse croissant du pouvoir d'achat, l'érosion monétaire accentuée par la désarticulation des paramètres de base, l'état des routes et consorts, ne manqueront de figurer aux premières loges de son action.

Bruno Tshibala, à tout prendre, devra tenir sur ses gardes. Car, en effet, tous les ratés, tous les chocs et, surtout, tous les contrecoups, fussent-ils exogènes ou endogènes, seront placés, tôt ou tard, sur sa propre tête. Il joue ainsi la carte de son propre destin. L'histoire le jugera à la pièce...

Deux fers...

Après 36 ans passés aux côtés du leader des leaders, Etienne Tshisekedi, Bruno Tshibala aurait tout intérêt, peu importe le contexte dans lequel il accède aux arcanes du pouvoir, à lier l'utile à l'agréable.

Comment tenir, par exemple, le pari des élections, en restant dans les limites fixées par l'Accord, c'est-à-dire, l'organisation à fin décembre 2017, des échéances impératives ?

Comment, en même temps, ne pas briser l'élan d'un consensus difficilement trouvé au Centre Interdiocésain que l'Onu, au travers de sa résolution 2348 a, du reste, déjà verrouillé, alors qu'il est, lui-même, un élément de contestation ?

Certes, les carottes sont cuites. Et, maintenant, il n'est plus question, pour lui, de tergiverser. Mais, pour l'important et c'est d'ailleurs, son nouvel horizon, c'est d'avoir deux fers au feu. Un dans la gestion tumultueuse du pays en cette période charnière et complexe.

Un autre dans la gestion des frustrations politiques qui, certainement, se traduiront, dans les prochains jours, dans une nouvelle avalanche de manifestations de rue dont il ne saurait se défaire que s'il négociait avec ses ex-colistiers, demeurés fidèles aux échos de Limete faits des déclarations, rixes et autres combats diurnes et nocturnes.

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