13 Mai 2017

Tunisie: L'eau, le foncier et l'endettement, soucis majeurs des agriculteurs

La faiblesse de l'investissement, l'endettement des agriculteurs, la complexité des situations foncières, la contrebande et la spéculation ont pesé de tout leur poids sur le secteur

Les agriculteurs et les pêcheurs ont célébré hier, au Palais des congrès à Tunis, la fête de l'agriculture qui coïncide, cette année, avec la commémoration de l'évacuation agricole.

Des agriculteurs, des pêcheurs ainsi que des représentants des partis politiques et de la société civile et des membres de l'Union des agriculteurs arabes ont pris part à cette réunion en présence notamment de M. Youssef Chahed, chef du gouvernement.

Dans son discours d'ouverture, le chef du gouvernement a remercié les agriculteurs et les pêcheurs qui déploient des efforts en vue d'approvisionner le marché local en produits agricoles et de contribuer significativement à la dynamique du secteur de l'exportation.

« Le gouvernement tient à célébrer cet événement pour que ce secteur joue son rôle dans le développement durable et lui conférer une valeur ajoutée élevée, tout en préservant les ressources naturelles pour les générations actuelles et futures », indique M. Youssef Chahed.

Valorisation des ressources en eau

Le chef du gouvernement considère que les agriculteurs et les pêcheurs constituent une richesse pour la nation et bénéficient de tous les égards de la part du gouvernement d'union nationale. Les investissements destinés à ce secteur pour le prochain quinquennat sont d'environ 9.000 MD, en progression de 55% par rapport au quinquennat précédent.

En 2017, une enveloppe de 760 MD a été allouée aux programmes des ressources hydriques, ce qui a permis la création de zones irriguées et de faire face aux conditions climatiques difficiles caractérisées par un déficit pluviométrique. Les projets concernent le barrage Ettine, Kamkoum et El Harka ainsi que l'aménagement de l'ouvrage supérieur du barrage Mellègue.

Au programme également des ouvrages pour la connexion des barrages et le transfert des eaux du nord. Une enveloppe de 1.500 MD a été également prévue dans ce secteur et prévoit, entre autres, la réalisation de deux stations de dessalement à Sfax et à Zarat.

Le chef du gouvernement a également annoncé la mise en application de la décision gouvernementale relative à la création d'un fonds solidaires d'indemnisation des dégâts engendrés par les catastrophes naturelles.

M. Chahed a mis en exergue l'importance de rationaliser l'utilisation de l'eau pour la préserver. D'ailleurs, une double tarification a été décidée pour les eaux d'irrigation. Une étude va définir la possibilité de transfert des eaux du nord.

Le gouvernement compte, de même, promouvoir les filières de production, la résolution des problématiques rencontrées par les agriculteurs. Certaines filières ont réalisé des excédents comme celles du lait, des œufs et des viandes de volailles.

Le chef du gouvernement a promis d'activer les mécanismes de régulation, rappelant que la subvention à la production du lait a été augmentée de 60 millimes, partagés entre l'agriculteur et l'industriel, et ce, depuis le 1er avril.

Une subvention spécifique est accordée à la réfrigération et l'industrialisation. Tous les handicaps rencontrés par les exportateurs ont été levés avec la possibilité de bénéficier d'une subvention pour le lait demi-écrémé ou entier. Même les céréaliers vont bénéficier d'une augmentation de la subvention pour le blé dur, le blé tendre et l'orge.

Une stratégie d'extension de la plantation des oliviers sur 100.000 hectares a été mise en place par le gouvernement, indique M. Chahed. S'agissant du secteur de la pêche, plusieurs décisions ont été prises comme la promotion de la vente des crevettes, l'octroi d'une subvention de 5% pour le carburant.

Encouragement de l'initiative privée

Pour ce qui est du Code de l'investissement qui est entré en vigueur le 1er avril, M. Chahed considère le secteur de l'agriculture comme l'une des priorités. Il a prévu des primes qui peuvent atteindre 50% au profit des investisseurs individuels et 60% pour les investisseurs qui se regroupent dans des mutuelles ou sociétés collectives.

Pour encourager les initiatives dans ce secteur, la valeur du crédit a été portée à 250.000 dinars. D'ailleurs, en avril, les intentions d'investissements ont accru de 77% en comparaison du même mois de 2016.

Le chef du gouvernement a parlé aussi des terres domaniales qui sont gérées actuellement par l'Office des terres domaniales. Un programme sera mis en œuvre pour revoir la méthode d'octroi qui comporte 20 lots repartis sur 7 gouvernorats et couvrant 9 hectares.

Ces lots seront octroyés à de jeunes agriculteurs et des techniciens. Le souci du gouvernement est d'unifier les terres pour une meilleure rentabilité dans le cadre d'un plan directeur des terres domaniales. Le travail se poursuit, de même, pour la création d'un fonds de dédommagement des agriculteurs suite aux catastrophes naturelles.

Le chef du gouvernement a insisté sur la nécessité d'impliquer la profession dans la création de ce fonds sur la base d'une approche participative.

Les petits agriculteurs et les femmes agricultrices doivent être organisés dans des structures appropriées, selon M. Chahed. La loi sur les sociétés mutuelles a été d'ailleurs revue. Près de 70% des personnes actives dans le secteur sont des femmes et pour les encourager, le gouvernement a décidé la création de points de vente dans toute la République pour commercialiser leurs produits.

M. Abdelmajid Ezzar, président de l'Utap, a fait un exposé sur les différents problèmes auxquels font face les agriculteurs. Selon lui, ces problèmes sont dus à de fausses approches et à des politiques inadéquates, ce qui s'est répercuté sur la situation des agriculteurs qui se sont appauvris.

La faiblesse de l'investissement, l'endettement des agriculteurs, la complexité des situations foncières, la contrebande et la spéculation, la limitation des mécanismes de soutien ainsi que les maladies et les conditions naturelles ont pesé de tout leur poids sur le secteur.

D'ailleurs, plusieurs jeunes ont quitté leurs terres. D'où la nécessité, selon lui, de revoir les politiques mises en œuvre dans ce secteur et d'engager un dialogue national avec la participation de toutes les parties prenantes, y compris les partis politiques et la société civile.

Pour des solutions radicales

M. Ezzar a souligné que des solutions radicales doivent être trouvées au secteur et ne pas se contenter des remèdes de circonstance en intégrant les technologies de pointe pour améliorer la valeur ajoutée et la compétitivité. Il s'agit de poursuivre l'application du consensus conformément au Document de Carthage auquel l'Utap a pris part.

Le président de l'organisation professionnelle a rappelé que la nouvelle loi sur l'investissement n'a pas cité la sécurité alimentaire comme priorité. Il a formulé l'espoir de voir publier le manuel des procédures des dispositions figurant sur cette nouvelle loi qui n'a pas évoqué non plus les changements climatiques qui ont fait perdre aux agriculteurs près de 1.500 MD au cours de l'année dernière.

Parmi les autres propositions émises, l'accélération de la création du fonds des catastrophes naturelles en tenant compte des recommandations de l'Utap, résoudre le problème de l'endettement en effaçant les intérêts du retard et en rééchelonnant le principal des crédits, réformer le dispositif de la vulgarisation et de la formation en faisant participer les professionnels, lutter contre la contrebande et la spéculation, assainir les circuits de distribution, mettre en place un plan pour épurer les situations foncières, restructurer les terres domaniales et revoir la loi pour orienter l'investissement vers les zones intérieures.

Le président de l'Utap a évoqué aussi les problèmes de l'eau et a proposé l'adoption d'une politique incitative pour préserver et développer ces ressources. Il a appelé les autorités à appliquer les recommandations relatives à la pêche en haute mer et à la lutte contre la pêche anarchique. Les 570.000 agriculteurs ne bénéficient pas encore des fruits de la croissance, se désole M. Ezzar. Près de 10% sont affiliés au régime légal de la sécurité sociale.

Revoir le modèle de développement

M. Noureddine Taboubi, secrétaire général de l'Ugtt, a indiqué, de son côté, que les problèmes dans ce secteur se sont accumulés, ce qui nécessite sa restructuration en adoptant un nouveau modèle de développement conformément à la nouvelle Constitution car l'actuel modèle a montré ses limites et n'est plus en mesure d'attirer les investisseurs.

Il s'agit aussi de lutter contre les spéculateurs et les contrebandiers qui portent atteinte à notre agriculture. Il a appelé les autorités à revaloriser l'agriculture pour assurer la sécurité alimentaire en Tunisie, et ce, en mobilisant tous les moyens nécessaires.

Le secteur agricole doit être développé à la faveur de l'économie solidaire et sociale. Des politiques amies de l'environnement doivent être mises en place en prévoyant des incitations pour assurer le développement des régions intérieures qui peuvent être connectées aux régions côtières. Les projets public-privé doivent être également encouragés.

Une convention-cadre a été signée entre l'Ugtt et l'Utap pour permettre aux travailleurs dans le secteur de s'organiser dans des structures.

M. Samir Majoul de l'Utica s'est félicité des efforts énormes déployés par les agriculteurs pour s'adapter aux développements dans le secteur et assurer la sécurité alimentaire. Il est nécessaire, selon lui, d'inciter les jeunes à se tourner vers le secteur agricole et à l'exportation de ses produits car les perspectives sont prometteuses à condition de fournir les moyens de travail qui s'imposent.

Les filières agricoles doivent se compléter dans les différentes étapes depuis la semence à l'exportation en passant par le stockage. L'agriculture biologique doit être encouragée vu sa valeur ajoutée élevée pour créer de nouvelles opportunités d'emploi. Il s'agit aussi de traiter la situation des terres domaniales, qui sont abandonnées ou mal exploitées, dans le cadre de la transparence totale.

Fluctuation des marchés

M. Samir Taieb, ministre de l'Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, a rassuré les agriculteurs en affirmant que son département est disposé à réagir aux propositions de l'Utap. Une commission a été constituée pour la femme agricultrice qui passe par des difficultés lors de l'exercice de ses activités.

Le ministère fait de son mieux pour promouvoir le secteur d'une façon durable. Cependant, celui-ci fait face à plusieurs difficultés dues aux facteurs climatiques et à la fluctuation des marchés. La bonne récolte attendue des céréales va contribuer à diminuer les importations de ce produit et à équilibrer un tant soit peu la balance commerciale.

Le ministre s'est félicité du dialogue national pour le plan de développement 2016-2020. Une démarche participative a été adoptée en vue d'élaborer une étude sur les ressources hydriques à l'horizon 2050 et une stratégie agricole d'ici à 2030.

C'est que le secteur doit jouer son rôle dans le développement durable avec une valeur ajoutée élevée. Il s'agit aussi de préserver les ressources naturelles en vue d'en tirer le meilleur profit pour les générations actuelles et futures.

Le ministre a indiqué que l'objectif consiste aussi à promouvoir les filières de production, de relancer l'investissement, d'encourager la petite agriculture et l'agriculture familiale et de favoriser les connaissances. Le ministère suit toutes les campagnes agricoles et insiste sur l'amélioration de sa compétitivité et sa participation au développement.

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