16 Mai 2017

Burundi: Education - « J'ai refusé de donner des points gratuits et j'ai été viré »

Il existe à Bujumbura comme un peu partout dans le pays des écoles privées souvent qualifiées d'« établissement de dernière chance ». Malheureusement, selon le blogueur Rivardo Niyonizigiye, certains de ces établissements poursuivent des objectifs mercantiles au lieu de se préoccuper de l'éducation de leurs élèves. Il nous donne le témoignage d'un professeur congédié pour avoir refusé de donner gratuitement des points.

Ce jour-là, je le vis de loin, marchant péniblement sous le soleil accablant, son cartable paraissant peser des tonnes. Adolphe (pseudonyme) ne portait pas le poids du monde, mais plutôt subissait celui de ses principes.

Après la deuxième licence, ce jeune homme lauréat de l'Université du Burundi a eu la chance d'être engagé dans une école privée de Bujumbura. Il y a passé une année, dispensant le cours d'Anglais. « Dès mon arrivée, avoue-t-il, le faible rendement des élèves dans mon cours a commencé à inquiéter la direction de l'école ». Il se retrouvait à la fin de chaque trimestre sous interrogatoire, défendant toujours une cause jamais comprise.

Donc ce jour-là, il venait d'être viré en bonne et due forme parce que les élèves ne réussissaient pas dans son cours. Il avait refusé de donner gratuitement des points (comme recommandé par le directeur de l'école) à des élèves « qui ne savaient rien » et surtout, qui n'avaient pas la volonté d'apprendre. Pour la direction de l'école, Adolphe était le danger, car, les enfants risquaient de changer d'établissement au profit d'un autre avec moins de rigueur. Il fallait donc qu'ils se débarrassent de ce jeune aux visées autres que lucratives.

« Notre mission est-elle de faire du business ou de dispenser une éducation de qualité ? », avait demandé pitoyablement Adolf.

L'élève... le client plutôt, est roi, pour le meilleur et pour le pire

L'éducation est un domaine clé dans l'avenir d'un pays. Echouer à harmoniser ce domaine signifie semer la médiocrité, l'ignorance, bref, massacrer le pays à court et à long terme. Imbuto itewe niyo imera (On récolte ce qu'on a semé,ndlr), dit-on.

En sacrifiant toute une génération, ces soi-disant éducateurs, ces mauvais parents, avares, insatiables, profiteurs, menteurs, criminels, semblent vouloir ignorer qu'échouer à donner une éducation de qualité revient tout aussi bien à hypothéquer leur business. A long terme, les élèves qu'ils auront formés, devenus décideurs à ce moment, ne prendront que de médiocres décisions, économiques comme politiques.

Les parents devraient aussi prendre leurs responsabilités. S'ils se rendent compte que l'école que leurs enfants fréquentent déforme au lieu de former, qu'ils la changent ! L'inspection, quant à elle, doit rester vigilant et prendre des mesures aussi rapidement que possible pour ces établissements. Comme le ministère a fait pour les écoles à faible rendement dernièrement, il faut qu'il le fasse aussi pour ces écoles qui dérapent. Les élèves doivent à leur tour savoir qu'amasser les chiffres dits « points » ne signifie rien dans leur vie. Ce qui importe, c'est ce qu'ils auront dans la caboche.

Burundi

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