17 Mai 2017

Cameroun: Incident frontalier entre armées tchadienne et camerounaise - Comment les éléments du Bir ont été traités

Cette zone qui enregistre beaucoup d'échanges entre le Cameroun, le Tchad et le Nigeria, est aussi au centre de divers trafics. Votre journal vous retrace le film de cet incident de 72 heures.

Tout est parti d'une banale méprise d'un maréchal-des-logis chef de la Gendarmerie tchadienne qui a voulu régler ses problèmes à son sous-préfet, avec qui les relations de collaboration sont tendues, d'après les témoignages recueillis sur place.

En effet, c'est dimanche 7 mai dernier que tout commence avec l'entrée de quatre individus à cheval et portant des turbans dans le village de Polgue situé à 10 km de l'arrondissement de Bogo.

Ils vont prendre en otage les bergers de cette localité et repartiront vers la frontière avec le Tchad emmenant 30 bœufs et l'un d'entre eux comme otage pour se prémunir des éventuels tirs des forces de l'ordre.

Dans la matinée du 8 mai, le sous-préfet de Bogo reçoit un appel de son homologue du Tchad, l'informant de la présence d'un troupeau suspect et l'invite à venir avec les bergers pour identification et récupération éventuelle.

Le chef de terre de Bogo associe alors les éléments du Bataillon d'intervention rapide (BIR) à cette opération, la zone étant reconnue comme dangereuse avec un palmarès des actes de grand banditisme récurrents. L'équipe du BIR, composée de 9 éléments et accompagnée de 2 bergers va donc se déployer sur le terrain.

Matériels confisqués

Seulement, arrivés au lieu indiqué, le troupeau de bœufs a disparu, mais les renseignements pris sur place, indiquent que les trafiquants ont pris la direction du côté tchadien de la frontière. L'équipe du BIR, munie de téléphones portables camerounais, ne peut plus joindre le sous-préfet de Bogo.

C'est grâce à un téléphone avec carte SIM d'un opérateur installé au Tchad que possédait l'un des bergers qui les accompagnaient, qu'ils vont y parvenir.

Le sous-préfet de Bogo recontacte donc son homologue de la sous-préfecture de l'arrondissement de Holom-Gome pour lui rendre compte du résultat de l'opération et lui demande l'autorisation de pourchasser ces brigands qui s'étaient enfuis sur son territoire après avoir été mis au courant par des complices qu'ils étaient pourchassés par l'armée camerounaise.

Seulement, leur course sera stoppée net par un maréchal-des-logis chef de l'armée tchadienne posté aux frontières et conduira l'équipe du BIR à la Compagnie de gendarmerie de Fianga qui, non sans bien charger leur accusation basée sur la « violation de la frontière », appellera la compagnie de la région de Bongor, située au sud du pays qui enverra illico une patrouille pour récupérer les 9 du Bir, leurs matériels confisqués et les 2 bergers.

Y étant, le sous-préfet tchadien les rejoindra pour témoigner. Après l'avoir entendu, le gouverneur de la région de Bongor lui demande d'accompagner son témoignage par une requête en vue de leur libération.

Méfiance réciproque

Curieusement, dans la nuit du 9 au 10 mai, ils se verront transférer à la direction des renseignements généraux pour y être à nouveau interrogés.

Après cet exercice, et ayant conclu que leur intention n'était point de nuire au pouvoir de Ndjamena, ils seront libérés et raccompagnés escortés à la frontière de Kousseri avec leur véhicule pick-up équipé d'une mitraillette, leurs armes en présence du Consul du Cameroun au Tchad qui a suivi et escorté ses compatriotes de bout en bout.

Ce malheureux incident vient nous montrer à quel point la coopération militaire et l'intégration régionale ont encore, au-delà des discours officiels, un long chemin à parcourir.

Comment comprendre que deux pays voisins engagés dans la lutte contre un ennemi commun : les terroristes, ne parviennent pas à s'accorder un droit de poursuite de part et d'autre ?

Comment parfois des comportements légers des agents publics et l'esprit de business frontalier peuvent-ils prendre de l'avance sur l'intérêt général ?

Car, au-delà de la diplomatie apparente, cet incident vient de jeter un froid dans la relation entre les forces de sécurités tchadiennes et camerounaises dont la méfiance réciproque va être renforcée au détriment des complicités pour des échanges d'informations.

Reste que les hauts commandements des deux pays réagissent dans les meilleurs délais pour dissiper ce malentendu afin que la guerre engagée contre l'ennemi commun et d'éventuelles forces invisibles puisse avoir de meilleures chances de succès.

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