16 Mai 2017

Sénégal: 400 milliards de francs en besoins de sous-traitance des sociétés minières échappent aux entreprises sénégalaises

Tambacounda — Les besoins en sous-traitance des entreprises minières qui se chiffrent à 400 milliards de francs CFA par an, sont pour l'essentiel captés par des entreprises étrangères, au détriment des PME nationales, qui n'arrivent pas à satisfaire aux exigences de ces sociétés, a indiqué mardi, le directeur du Bureau de mise à niveau des entreprises (BMN).

S'exprimant lors d'un point de presse à Tambacounda, Ibrahima Diouf a noté : "400 milliards de sous-traitance annuelle, c'est le chiffre des besoins en sous-traitance des compagnies minières" ;

Il a ajouté que "dans ces 400 milliards il n'y a pas une seule PME sénégalaise, encore moins de la zone. L'essentiel de cette manne financière est captée par des entreprises étrangères", en tout des filiales d'entreprises étrangères.

Dans le cadre du programme "Développer l'emploi au Sénégal", le Bureau de mise à niveau s'est vu confier le volet renforcement de la compétitivité des entreprises locales des zones de départ de migrants clandestins. Il s'agit des régions nord, sud et sud-est du pays, plus précisément Kolda, Sédhiou, Ziguinchor, Matam, Saint-Louis, Louga, Kédougou et Tambacounda.

Ce programme est financé à hauteur de 26 milliards de francs CFA par le Fonds fiduciaire d'urgence pour l'Afrique de l'Union européenne, dans le but de "lutter contre les causes profondes de la migration irrégulières et le phénomène des personnes déplacées en Afrique"

Le Sénégal est le premier pays d'Afrique subsaharienne à bénéficier de ce fonds, a noté M. Diouf.

Il a relevé toutefois que la sous-traitance, notamment la maintenance minière demande un certain degré de qualification, et c'est là où la complémentarité des actions du BMN dans la mise à niveau des entreprises locales et celles de Luxdev (coopération luxembourgeoise), relatives à l'accès à la formation professionnelle, pourront jouer, a-t-il estimé.

Le Bureau travaille avec l'ONUDI sur programme de sous-traitance minière, pour les PME, a-t-il relevé.

Ibrahima Diouf estime qu' "il y a une carte à jouer" dans ces métiers spécifiques à la mine, en termes de maintenance, de réparation, d'entretien. Relevant l'existence d'un lycée technique à Kédougou, il s'est montré sceptique quant à la capacité de ce lycée à satisfaire la demande des sociétés minières.

Pour M. Diouf, cette problématique de la sous-traitance minière pose le problème de l'employabilité des jeunes, qui doivent avoir un savoir-faire dans les domaines de l'électricité, de la plomberie, du carrelage, dans lesquels "on ne trouve plus de spécialistes".

"Ce sont ces métiers qu'il faudra reconstituer, revaloriser", a-t-il poursuivi, relevant que Luxdev est en train de faire un effort dans le domaine de l'accès à la formation à travers le programme "Tekki fii". La confection des tenues est aussi un marché à explorer.

Sur des secteurs qui ne sont pas directement liés à la production minière proprement dite, les entreprises locales ont également de l'argent à prendre, pourvu qu'elles s'organisent, estime le directeur du Bureau de mise à niveau.

Il a relevé à ce propos que "les cadres et les employés d'Oromin consomment 20.000 poulets par semaine", alors qu'il n'y a aucune entreprise avicole de la région à sa connaissance qui peut fournir cette demande importante.

"Si des jeunes s'organisaient à travers un projet avicole de grande envergure, on pourrait les accompagner à travers la mise à niveau", pour assurer ne serait-ce que 5.000 poulets, soit le quart, a-t-il suggéré, estimant qu'il s'agit là d'une "demande solvable". Cela est valable pour le secteur du maraîchage, a-t-il dit, faisant allusion à la consommation du personnel des mines en légumes.

"Pourquoi pas des boucheries modernes ?", s'est-il interrogé en outre, soulignant que dans une zone d'élevage par excellence comme Tambacounda, cela est à portée de main, d'autant plus que "ça ne demande pas de gros investissements". Il suffit d'un bâtiment aux normes et d'une chaîne de froid pour satisfaire cette "grosse demande en viande" des compagnies minières, a-t-il noté.

"C'est des niches qu'il faudra voir dans l'avenir avec les principaux acteurs", pense-t-il, relevant par ailleurs la nécessité pour les entreprises de se formaliser pour ce faire.

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