17 Mai 2017

Cameroun: Douala - Retour à l'hôpital Laquintinie où une femme enceinte avait été éventrée

L'on se souvient tous de l'affaire Koumatekel survenue à l'hôpital Laquintinie de Douala au mois de mars 2016. L'image de Monique Koumatekel, enceinte des jumeaux, éventrée à ciel ouvert au sein de cette formation sanitaire a choqué tout le Cameroun et le monde entier. Depuis, qu'est ce qui a changé ?

Au lendemain de ce sombre épisode, un nouveau directeur général a été nommé à la tête de cet hôpital de référence. Ceci, dans le but de redorer l'image de l'hôpital Laquintinie. Un an après ce fâcheux incident, qui a de nouveau terni l'image de l'hôpital Laquintinie de Douala, bien de choses ont changé. Des dispositions sécuritaires et un nouveau code de travail ont été établis par le nouveau directeur de l'hôpital Laquintinie. Dans la famille de Koumatekel, la blessure a guéri mais, la cicatrice est toujours visible.

Dispositif sécuritaire

Un nettoyage complet a été effectué à l'intérieur comme à l'extérieur de l'hôpital Laquintinie. Les corbillards qui naguère obstruaient une bonne partie de l'entrée de l'hôpital sont désormais quasi-inexistants. Il en va de même des « démarcheurs » postés autrefois à l'entrée de l'enseigne qui ont disparu. Côté sécurité, une nouvelle société de gardiennage a été recrutée à cet effet. Tous les véhicules qui s'aventurent dans l'enceinte de la formation sont mieux surveillés. « Plus rien n'est pris à la légère », lance avec fermeté, un vigile. En plus, des caméras de surveillance sont installées à des postes névralgiques de l'hôpital.

« Je me rappelle encore ce fameux jour où elle a été admise dans cet hôpital et de tout ce qui s'est passé. Les enfants sont décédés avec elle. Dans la famille on essaye d'effacer la douleur. La vie continue... »

La signalétique interne de l'hôpital est désormais revue et améliorée. Un nouveau code de conduite pour le personnel et les patients est visible à l'entrée de quelques services. Et ce n'est pas tout. L'on apprend également du Pr Louis Richard Njock, directeur de l'hôpital Laquintinie de Douala, que la notion d'humanisme, qui fait d'ailleurs partie de la devise de l'hôpital est de nouveau respectée. « Par le passé, certains personnels véreux vendaient les médicaments et n'offraient pas les services adéquats aux patients. Aujourd'hui, cette mauvaise habitude a changé », affirme sereinement le Pr Louis Richard Njock, qui reconnait aussi qu'avant lui régnait un véritable désordre au sein cet hôpital.

Une campagne active de lutte contre les mauvaises pratiques est menée au quotidien. La prise en charge des patients est d'ailleurs la priorité des médecins. « La malade est prise en charge sous bon verre. L'hôpital couvre le malade pendant 24 heures. C'est après ce délai qu'on peut lui demander de payer ses soins », relève Dr Daniel Kwete, coordonnateur des soins du département de gynécologie et obstétrique de l'hôpital Laquintinie.

De nouvelles dispositions ont également été prises au niveau des urgences, « il est indiqué que le malade qui arrive ici, même décédé, est pris en charge par un médecin », précise le Dr David Mekolo, médecin, affecté au département Urgence de cette formation sanitaire. Au regard de nouvelles dispositions prises au niveau de cet hôpital de référence, les patients rencontrés se réjouissent. « Il était temps. Tout n'est pas parfait, mais tout semble montrer que quelque chose à réellement changé ici », relève Martial garde-malade, avant d'ajouter. « Ma sœur a été prise en charge dans cet hôpital et j'avoue que c'est lorsqu'elle a accouché et que tout s'est bien passé, qu'on nous a présenté la facture ».

Du côté de la famille Koumatekel, même si la blessure a guéri, la cicatrice semble encore visible. Les proches de la victime se souviennent encore de ce drame comme si c'était hier. « Je me rappelle encore ce fameux jour où elle a été admise dans cet hôpital et de tout ce qui s'est passé. Les enfants sont décédés avec elle. Dans la famille on essaye d'effacer la douleur. La vie continue... », avance Gaston Gourmelong, compagnon depuis 10 ans de feue Monique Koumate, avec un brin de douleur dans la voix.

Le scandale Koumatekel ayant choqué l'opinion camerounaise et au-delà, le gouvernement camerounais avait pris en charge l'organisation de ses obsèques. Certains donateurs « anonymes » de la diaspora contribuent aujourd'hui au paiement de la scolarité des enfants orphelins que Monique Koumatekel a laissés derrière elle.

Assurance maladie

A la suite de cette affaire, politiciens, économistes, socialistes ... ont remis sur la table un débat sur la fameuse loi sur la couverture maladie universelle. Alors que de nombreux pays africains comme le Ghana, le Gabon, le Kenya, et le Rwanda appliquent la couverture maladie universelle, le Cameroun traine encore le pas. Expert judiciaire et financier, David Kuaté reste convaincu que le drame de l'hôpital Laquintinie aurait pu être évité si la couverture maladie universelle était appliquée au Cameroun. Cette couverture est présentée par l'expert, comme une prestation sociale donnant l'accès aux soins et aux médicaments aux nécessiteux. « Cette tragédie aurait pu être évitée si, la dame avait bénéficié spontanément et rapidement des soins adéquats », affirme David Kuaté.

Cela fait déjà plusieurs années, que l'Association des Assureurs du Cameroun (ASAC), se penche sur le sujet. La mise en application de cette mesure selon les responsables de l'ASAC, « dépend uniquement d'une volonté politique du gouvernement camerounais ». Lors d'un point de presse conjoint entre les ministres camerounais de la Santé publique et du Travail et de la Sécurité sociale sur la couverture sanitaire universelle, le 12 mai 2017, l'on a appris qu'il s'est finalement tenu au début du mois de mai de cette année « une concertation sur le paquet de soins et services de santé essentiels communs ». Les choses pourraient évoluer dans les semaines suivantes, promet-on.

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