19 Mai 2017

Ile Maurice: Sur un air de Pacha Mama

billet

L'agriculture bio a le vent en poupe. Earth Markets, adeptes du Slow Food, ferme agricole bio, potagers communautaires, les initiatives se multiplient. Plus qu'une mode, elles symbolisent le changement de mentalité des consommateurs soucieux de l'environnement et de leur santé.

Nous devons tout à la terre, nous lui devons la vie. Sauf que nous la maltraitons depuis longtemps. Mais la bonne nouvelle c'est que le bon sens revient et qu'on commence à réaliser que prendre soin de la terre, c'est prendre soin de l'humain (Pierre Rabhi).

Aujourd'hui une agriculture nouvelle génération prend forme ! Une agriculture où respect et bienveillance s'unissent. Une agriculture qui invite notre île et ses citoyens à se refaire une santé en mettant un point d'honneur à respecter la Pacha Mama, notre Terre nourricière.

Professionnels, amoureux de la Terre ou encore néophytes piqués par le virus du DIY (Do It Yourself), tout ce beau monde s'unit pour redonner ses lettres de noblesses à l'agriculture, la vraie, celle qui est hautement capable de subvenir à nos besoins tout en préservant avec simplicité la biodiversité malmenée par l'abus de substances chimiques. Bref, une agriculture qui a du sens.

Des pionniers du bio certifiés

C'est sous l'appellation Agribio que Meeta et Daniel Bernasconi vendent les fruits et légumes biologiques qu'ils font pousser avec passion dans leur ferme agricole à Bambous. Agronome de formation, Daniel travaillait en France dans la viticulture et l'œnologie et Meeta était infirmière.

Arrivé à Maurice il y a vingt ans, Daniel s'est tourné vers l'agriculture biologique et a embarqué sa compagne Meeta dans cette aventure unique... Ces deux écologistes sont en effet les premiers agriculteurs de l'île à détenir le label AB certifié par Ecocert France.

Et obtenir ce précieux sésame n'est pas une mince affaire ! Respect d'un cahier des charges rigoureux, utilisation proscrite de pesticides et de produits chimiques, traçabilité des produits, prélèvements par un audit d'Ecocert... autant de règles auxquelles se plient avec bonheur ces pionniers du bio.

C'est donc officiellement depuis 2013 que leur production est certifiée AB. Les consom'acteurs soucieux de la qualité de leur alimentation peuvent acheter directement les légumes à la ferme ou encore se rendre dans l'un des points de vente où Meeta et son fils, Yasvin, leur communiqueront leur bonne humeur et prodigueront quelques astuces de jardinage... bio, évidemment !

Pour s'en rendre compte, il suffit de discuter avec Meeta qui a une ferme agricole bio à Bambous. Une femme animée par l'amour de la terre et de beaux produits qui prennent le temps de mûrir. Il suffit aussi de parler au couple Steel qui redonne vitalité à la terre de par leurs fertilisants naturels.

Il suffit enfin de se promener sur les étals des Earth Markets, initiative lancée par l'association Slow Food Tipa Tipa (antenne mauricienne de Slow Food International), pour rencontrer ces écocitoyens qui croient en une agriculture, où Terre et Hommes sont intrinsèquement liés.

Des produits «bons, propres et justes», maxime chère à Hoozla Ramoly Sookia, développeur du projet Earth Markets Mauritius, autour desquels le consommateur prend le temps d'échanger avec le producteur. Lieu de commerce, lieu de paroles... on est bien loin du rayon fruits et légumes des grandes surfaces.

Alors, mode passagère ou changement profond des mentalités ? Pour Hoozla Ramoly Sookia, «Les mentalités évoluent et les Mauriciens sont plus conscients de leur santé.»

Mais certains consommateurs veulent aller encore plus loin et se muent en consom'acteurs, afin de goûter aux joies (et difficultés) de remplir leurs assiettes avec leur production.

Pour cela, certains s'offrent une parenthèse agro-éducative en compagnie de Denis Madeleine, permaculteur agréé formé en Australie, pays qui a vu naître la permaculture sous l'égide de ses cofondateurs Bill Mollison et David Holmgren.

D'autres décident d'additionner leurs bras, leurs connaissances et leur temps pour faire fleurir un potager communautaire. Une initiative écologique, citoyenne qui donne la chance à ceux qui ne possèdent pas suffisamment d'espace de se frotter aux pelles, pioches, binettes et serfouettes, aujourd'hui élevées au rang d'objets bien-être.

Le potager communautaire devient un lieu de vie, de rencontre, où l'échange entre les hommes dépasse vite les conceptions purement agricoles. Pour Dhareena Seernauth, professeur d'anthropologie au Mauritian Studies et consultante pour les Earth Markets, il est évident que le jardin partagé a le vent en poupe. Elle n'a d'ailleurs pas hésité à initier un jardin partagé à Flic-en-Flac.

Et les associations ne sont pas à la traîne... Si Slow Food International vise à créer 10 000 jardins communautaires sur le continent africain, son investissement sur le sol mauricien s'intensifie. Depuis 2014, un partenariat avec l'Universal College de Rivière-du-Rempart permet aux élèves et professeurs de présenter plantes, fruits et légumes biologiques, ainsi que des produits dérivés de leur potager (confits, achards, etc.) au grand public. Cette heureuse alliance promeut aussi les valeurs agro-écologiques et le modèle d'éducation que cet établissement visionnaire a choisi d'adopter.

Et quand on interroge Denis Madeleine, permaculteur agréé, sur l'intérêt des potagers à l'intérieur des établissements scolaires, sa réponse tombe sous le sens : «Les potagers en milieu scolaire ont pour but d'améliorer la santé des enfants, qui sont la génération future.

Nous devons mettre en place des jardins permacoles et apprendre aux plus jeunes à se nourrir sainement, d'aliments chargés en nutriments qui favoriseront leur croissance. Nous devons montrer aux parents que les enfants aiment jardiner et manger les légumes qu'ils récoltent. S'ils les font pousser, ils les mangeront !»

Initiatives personnelles, communautaires, circuit court, marchés biologiques, développement de produits organiques, valorisation de techniques agricoles, recyclage des déchets... Maurice a pris, lentement mais sûrement, le train du développement durable, celui où les hommes modernes s'approprient enfin les règles fondamentales de la Nature pour s'accomplir avec elle...

Éleveurs de vers de terre jardiniers

Sud-Africain installé depuis plus de vingt ans à Maurice, Gabby Steel est un électron libre et la création est son leitmotiv. Artiste-peintre, il évolue dans l'abstrait et mélange sans complexe les matières pour faire de ses toiles de vibrantes compositions colorées. Excentrique et créateur dans l'âme, Gabby laisse parler son inventivité jusque dans son jardin...

Avec sa compagne Kelly Marie, ils ont fabriqué une champignonnière en bois de palettes de récupération où ils font pousser des pleurotes, champignons ultravitaminés et très présents dans la cuisine asiatique, pendant que des vers de terre grandissent dans la vermicompostière. Mais leurs aspirations écologiques ne s'arrêtent pas là... Ils créent et commercialisent leur propre fertilisant 100 % biologique : l'Emagic.

Extrait d'un mélange de bokashi (en japonais, matière organique fermentée), de son et de déchets ménagers réputés noncompostables tels que restes de viande, poissons, produits laitiers, ce nectar du troisième millénaire s'invite dans les potagers soucieux de l'environnement.

L'Emagic est disponible à Espace Maison et les champignons à ShopriteTrianon. Les jardiniers souhaitant adopter les vers de terre de Gabby et Kelly peuvent se rendre directement chez eux à Rivière-Noire où ils pourront choisir les futurs meilleurs amis de leur potager et rencontrer ce duo hors normes.

Ile Maurice

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Elles semblaient planer dans le lagon. Une dizaine de raies ont donné un beau spectacle, il y a une dizaine de… Plus »

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