2 Mai 2017

Afrique: Investir dans la santé

À une époque où les changements s'accélèrent, où les unes de l'actualité nous donnent le tournis, il serait facile d'oublier qu'un événement historique aura lieu ce week-end.

Cependant, ce ne devrait pas être le cas. Les ministres de la santé des pays du G20 se réunissent pour la première fois - ce qui démontre clairement le rôle détenu par la santé dans le programme de développement international.

Le G20 a identifié troispiliers de ce programme de développement: une résistance renforcée, une meilleure pérennité et une responsabilité assumée. Bien que ces thématiques générales puissent être appliquées à n'importe quel secteur, elles sont particulièrement pertinentes en matière de santé publique et de sécurité sanitaire mondiale. Lorsque la couverture sanitaire universelle a été incluse dans les Objectifs de développement durable adoptés à l'échelle internationale, les nations du monde se sont engagées à assumer la responsabilité de la santé de leurs citoyens en mettant en place des systèmes résistants et pérennes pour la santé.

Ce programme n'est pas seulement dicté par une indignation morale face à des morts inutiles qui pourraient être évitées - même si, lorsque le paludisme tue un enfant toutes les deuxminutes, un peu plus d'indignation ne serait probablement pas de trop.

Il n'est pas non plus seulement dicté par la peur des nouvelles menaces qui voient le jour, comme la résistance aux antimicrobiens, ou les virus Zika ou Ébola - pourtant, avec de nouveaux cas d'Ébola confirmés la semaine dernière en République démocratique du Congo, une bonne dose de peur ne ferait pas de mal si elle apporte avec elle une réponse appropriée.

Au contraire, et à juste titre, l'engagement pour la couverture sanitaire universelle dans les Objectifs de développement durable est motivé par la preuve irréfutable que des investissements dans les systèmes de santé ont des retombées économiques positives. La Commission Lancet «Investir dans la santé» de 2013 a montré que dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, les améliorations sanitaires ont entraîné une croissance de 24pourcent du total des revenus entre 2000 et 2011.

Cette réunion ministérielle inaugurale montre bien que l'on comprend mieux que la solidité des économies n'est pas le fruit des seules politiques budgétaires ou commerciales. Il existe de nombreuses pistes à suivre pour parvenir à la croissance, et investir afin de mettre un terme aux épidémies offre le terreau où prendra racine l'arbre du développement. Au niveau le plus élémentaire, le financement de la santé soutient des interventions qui sauvent des vies, mais au-delà, il construit des systèmes plus forts qui préviennent de multiples crises sanitaires potentielles. Des systèmes de santé solides sont les gardiens qui protègent la population d'épidémies régionales ou mondiales.

Nous l'avons vu en pratique lors de la flambée de maladie à virus à Ébola qui a frappé l'Afrique de l'Ouest en 2014: les pays dotés de systèmes solides comme le Nigéria, le Sénégal et le Mali ont réussi à maîtriser l'épidémie rapidement, alors que les autres, comme la Sierra Leone, le Libéria et la Guinée, ont été dépassés.

Les conclusions et les recommandations d'une étude des Académies nationales des États-Unis de sciences, d'ingénierie et de médecine, dont la publication cette semaine tombe à point nommé, sont sans équivoque. On peut y lire que «l'aide extérieure est souvent considérée comme un acte de charité [... ] mais lorsqu'elle concerne la santé [c'est] un investissement en matière de santé pour le pays bénéficiaire, de même que pour les États-Unis et le monde en général». L'accent sur l'investissement est le fait des auteurs. L'étude établit un lien explicite entre la protection contre les menaces qui pèsent sur la santé mondiale et la promotion de la productivité et de la croissance économique.

L'Afrique du Sud, un des membres du G20, est la deuxième plus grande puissance économique du continent africain et un chef de file en matière de financement national pour la santé. Cet investissement dans la santé soutient le plus grand programme mondial antirétroviral, permettant à plus de 3millions de personnes vivant avec le VIH de mener leur vie pleinement et de façon productive. Le pays et le continent font encore face à de nombreuses difficultés dans leur riposte contre les maladies, mais aujourd'hui, l'Afrique mobilise plus de ressources nationales pour la santé que d'investissements extérieurs dans ce secteur. C'est ce que l'on entend concrètement par «une résistance renforcée, une meilleure pérennité et une responsabilité assumée».

Lorsque les systèmes de santé résistants et pérennes fonctionnent bien, leurs bienfaits vitaux et quotidiens sont pris pour acquis - les flambées épidémiques font les gros titres. Le Fondsmondial, avec ses partenaires, travaille à réduire les probabilités que surviennent ces tragédies évitables en construisant des chaînes d'approvisionnement plus solides, en améliorant les contrôles pour des ripostes plus rapides et en partageant les données entre les pays.

Cette réunion historique des ministres de la santé du G20 témoigne avec force que les maladies et les personnes qu'elles menacent font partie d'un tout plus large. Elles existent au sein d'un système de santé qui soit offre un tremplin vers le bien-être et la prospérité économique, soit nourrit un cercle de pauvreté et d'insécurité en restreignant les perspectives d'éducation et d'emploi. Le Fondsmondial travaille à la construction de ce tremplin, en se servant de partenariats publics/privés innovants qui déterminent le développement socio-économique du 21èmesiècle.

L'histoire de l'humanité nous montre que nous sommes vulnérables face aux maladies. Il n'y a rien que nous puissions modifier dans notre biologie pour remédier à cela. Cependant, nous avons entre les mains le pouvoir d'influencer la mesure dans laquelle cette vulnérabilité peut causer des pertes de vies et des bouleversements sociaux catastrophiques. Nous pouvons vacciner les enfants, prévenir le paludisme et soigner la tuberculose. Nous pouvons donner aux populations les moyens de se protéger du VIH. Nous pouvons construire des systèmes qui proposent la prévention et les soins, et, en cas de besoins, qui font rapidement face aux crises menaçant notre sécurité sanitaire mondiale. Nous pouvons investir dans la recherche et dans les technologies qui nous permettent de garder une longueur d'avance sur la résistance aux médicaments. Voilà les piliers des soins de santé universels, le fondement d'un développement durable.

Marijke Wijnroks deviendra la Directrice exécutive par intérim du Fondsmondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme le 1erjuin.

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