28 Mai 2017

Gambie: Cent jours d'Adama Barrow au pouvoir - Allier démocratie politique et démocratie sociale

Photo: Twitter
Adama Barrow takes oath of office as the new president of The Gambia
analyse

Cela fait un peu plus de trois mois (101 jours plus précisément) qu'acculé de toutes parts, le dictateur Yahya Jammeh quittait le pouvoir et prenait le chemin de l'exil. Et son successeur, Adama Barrow, installait ses quartiers à la Slate House. Ainsi s'ouvrait une nouvelle ère pour la Gambie, alors menée à la baguette pendant 22 ans par un président hors pair, dont les frasques le disputaient à l'irresponsabilité.

En fait, sous le règne de Jammeh, toute contestation était réprimée dans le sang et toute critique valait la prison voire l'échafaud à son auteur ; tant et si bien que, de dictature lasse, le peuple avait fini par se résigner jusqu'au 1er décembre 2016 où, appelé aux unes, il a pris son courage en main, en confiant son destin à Adama Barrow. Ce dernier, conscient donc des nombreuses attentes sociales, avait lui-même déclaré ceci dès le premier jour de sa prise de pouvoir : « La Gambie a aujourd'hui changé pour toujours ».

Alors, plus d'un trimestre après, la Gambie a-t-elle vraiment changé ? Assurément oui, peut-on dire. Car, les Gambiens, il faut le dire, ont retrouvé leur liberté. La parole s'est libérée, si bien que les uns et les autres n'hésitent plus à donner leur point de vue sur la gestion des affaires de l'Etat.

Toutes choses qui, sous l'ère Jammeh, étaient perçues comme un crime de lèse-majesté passible de prison à vie jusqu'à ce que mort s'ensuive. La Gambie a changé parce que nombreux sont les détenus politiques qui ont été libérés. Et ironie du sort, leurs tortionnaires, en l'occurrence des anciens agents des services secrets, les ont remplacés en prison.

Des signaux positifs qui donnent à espérer

Et ce n'est pas tout. La Gambie a changé parce qu'avec Adama Barrow, le pays a réintégré la Cour pénale internationale (CPI) dont elle s'était retirée en fin 2016, sous Yahya Jammeh.

La Gambie a changé parce qu'au lieu d'une république islamique où le port du voile intégral était obligatoire pour les femmes fonctionnaires, elle est redevenue la République de la Gambie, membre du Commonwealth. Autant de signaux positifs qui donnent à espérer pour une démocratie naissante, s'il en est.

Mais le changement s'arrête là pour le moment. Car, sur le plan social, la relance économique tarde encore à voir le jour ; les comptes de l'Etat étant quasiment au rouge. Or, la démocratie politique sans la démocratie sociale n'est que de la poudre aux yeux ; étant entendu que le peuple ne vit pas seulement que de liberté. La liberté sans le pain est assimilable à un arbre sans sève nourricière.

En tout cas, le véritable barrow-mètre du changement en Gambie, c'est d'abord et avant tout l'amélioration du bien-être des populations qui, en majorité, crèvent de faim. A preuve, ils sont nombreux les Gambiens qui pensent que le problème d'électricité demeure entier, alors que, disent-ils, sans électricité, il n'y a pas de développement. C'est pourquoi donc Adama Barrow se doit de se hâter lentement, pour que le peuple n'en vienne pas à regretter Yahya Jammeh. Et là, la tâche est immense et les défis très nombreux.

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