5 Mai 2017

Afrique: VoD et Afrique - Un nouvel état des lieux des services, des défis et des opportunités

London — L'impact des médias audiovisuels sur la société (information, culture, divertissement) n'a pas épargné les populations africaines, et cet impact suit les méandres actuels du secteur au niveau global, notamment l'utilisation croissante de services de vidéo à la demande/VoD, services qui permettent de regarder un programme vidéo quand on le désire.

Les tentatives de lancements de plateformes liées à l'Afrique se sont multipliées sur le continent africain et auprès de ses diasporas dans le monde. Balancing Act a mis à jour son rapport sur la VoD liée à l'Afrique - VoD and Africa - A review of existing VoD services, drivers, challenges and opportunities (2017 update)

- Voici un rapide état des lieux de ce segment de marché, par Sylvain Béletre, pour Balancing Act.

Le cabinet d'analystes Balancing Act a suivi la croissance du secteur de la VoD liée à l'Afrique, depuis ses balbutiements en 2010 jusqu'à la création d'une offre diversifiée, actuellement disponible.

Le divertissement afro en mode VoD a connu son premier succès avec iROKO sur sa chaîne YouTube, destinée initialement à la diaspora africaine (représentant plus de 50% du trafic à l'époque), surtout nigérienne établie aux Etats Unis et en Grande Bretagne. La ligne éditoriale de la plateforme résidait autour du phénomène Nollywood, l'industrie cinématographique du Nigéria qui produit entre 1000 et 2000 films/an. Au deuxième trimestre 2013, 20,000 personnes souscrivaient à iROKO au prix de $5 US par mois. Depuis, iROKO a parcouru un long chemin riche d'expériences en tout genre, et des concurrents nollywoodiens ont fleuri, avec plus de 20 services VoD accessibles.

Orange a également tâté le terrain avec une offre VoD pionnière à Maurice et au Sénégal.

En parallèle, le groupe Naspers (Afrique du Sud) - acteur no. 1 de la TV payante en Afrique via Multichoice/DStv - a procédé au lancement de 5 services successifs, dont le dernier est Showmax. En 2014 et 2015, Naspers a annoncé des résultats plutôt impressionnants sur l'ensemble du continent, prouvant qu'il existe bien une demande forte pour le visionnage de contenus délinéarisés.

Prenant de court l'industrie le 6 janvier 2016, Reed Hastings, le DG de Netflix, grand leader américain de la SVoD annonçait le lancement d'offres accessibles dans 130 pays, notamment en Afrique.

Côté francophone, plus de quarante plateformes s'affrontent et d'autres services vont bientôt venir étoffer cette offre. La récente prise de participation de Canal+ dans IrokoTV pour lancer iROKO+ constitue une offensive, en apparence anodine, mais lourde de sens en réalité pour ce leader de la TV payante dans la région francophone.

Aujourd'hui ce sont plus de 180 services qui s'affrontent dans différentes niches et régions, avec des contenus mêlant richesses culturelles et musiques locales, films de Nollywoods, séries africaines, jusqu'aux blockbusters des grandes majors hollywoodiennes. L'accès de ces offres se fait en gratuit, en payant ou en freemium, par abonnement ou à la carte et via tout terminaux.

Depuis que la consommation de la télévision est possible sur plusieurs supports - poste de télévision, ordinateurs, tablettes, Smartphones, voire avec des vidéoprojecteurs - en linéaire et en différé, l'offre a connu une explosion.

Ses audiences sont de plus en plus fragmentées. La mesure d'audience officielle qui suit principalement la télévision linéaire ne fournit donc qu'une partie de la consommation réelle, et la mesure du trafic VoD doit désormais être prise en compte : seul ombre au tableau, les grands acteurs privés communiquent très peu sur leurs résultats, et encore moins en Afrique. Il faut donc interroger les populations sur leur consommation VoD.

Les tentatives de lancements de plateformes se sont parfois soldées par quelques échecs : on note qu'une vingtaine de services ont fermé ou sont en standby, faute de résultats probants et d'investisseurs potentiels, tandis que de nouveaux acteurs partent à l'assaut du continent. Le segment VoD lié à l'Afrique attend son heure de consolidation avec un premier signal : Buni TV a été absorbé par Trace Play.

A ce jour, trois acteurs semblent dominer le marché ; l'un est sud-africain, les deux autres sont américains. Quinze plateformes ont annoncé qu'elles 'chassaient' du contenu de qualité. Par ailleurs, 43 des services VoD listés semblent présenter de bonnes performances, ou d'autres avantages concurrentiels permettant d'attirer des investisseurs. Enfin, au moins 3 services désormais fermés mériteraient également d'être racheté par des plateformes plus importantes afin de gagner du temps et un catalogue clé en main. Appel à investisseurs...

Trois autres constats viennent étoffer cette étude : le fait que 102 opérateurs mobiles ont lancé la 4G-LTE dans 43 pays du continent africain, permettant de visionner des vidéos sur son Smartphone, sa tablette ou son PC ; la croissance constante du segment de la TV payante en Afrique depuis 2010 confirme l'appétence pour du contenu de qualité, même si elle ne touche qu'une petite partie de la population ; et un récent frémissement de fréquentation des cinémas, qui proposent des films de qualité et répondent aux désirs d'une partie de la population.

Si la demande pour certains contenus est forte, notamment auprès des jeunes, une des questions importantes pour l'industrie est de savoir si l'offre légale est satisfaisante pour tous les citoyens africains, sans quoi cette demande va devenir l'un des moteurs du piratage.

En second lieu, les grands acteurs de l'industrie ne devraient-ils pas unir leur force pour avoir une chance de survivre face au futur assaut du géant Netflix ? Ou préférèrent-ils plier pour des raisons financières, au risque de se faire croquer la part du lion ?

Des experts prédisent que les revenus VoD sur la zone MEA devraient augmenter pour atteindre 1,24 milliards de dollars US en 2021. Cela reste à prouver.

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