29 Mai 2017

Nigeria: Vers une résurrection de l'Etat du Biafra?

Photo: Deutshe Welle
Biaffra

Il y a 50 ans, l'Etat du Biafra devenait indépendant, ce qui déclencha une terrible guerre civile qui a duré trois ans. Aujourd'hui, les Biafrais espèrent pouvoir s'offrir un bel avenir dans un Etat qui leur est propre.

C'est un hymne national tombé aux oubliettes, tout comme l'Etat du Biafra, qui n'existe plus. Mais dans la ville d'Enugu, Kingsley Okah est heureux d'entendre cette mélodie. Kingsley a étudié les sciences politiques à l'université. Il est originaire du sud-est du Nigeria, qui a constitué de 1967 à 1970 l'Etat autoproclamé du Biafra. C'est cet État qu'il veut ressusciter. Kingsley - qui est Igbo - se sent marginalisé dans un pays de plus de 185 millions d'habitants et où vivent 250 groupes éthniques.

Pour lui, c'est le gouvernement de Muhammadu Buhari, musulman du nord, qui en est responsable:

"Dans le cabinet restreint du nouveau gouvernement, il n'y a aucun ressortissant de l'est nigérian. Donc s'ils planifient de tuer les gens de l'est, ils le feront sans aucun problème. Quelqu'un d'instruit et éclairé ne peut que dire "non!" à une telle chose. Nous devons nous battre pour nos droits. Le Biafra, c'est la solution."

Dans le sud-est du Nigeria, cette revendication est portée surtout par des jeunes. Là-bas, de nombreux arrêts de bus sont couverts d'affiches en souvenir du 30 mai 1967, le jour où le gouverneur militaire Chukwuemeka Odumegwu Ojukwu proclama l'indépendance du Biafra, après de tragiques affrontements interethniques. Ces dernières années, la question de l'indépendance est revenue dans les conversations de rue. Nnamdi Kanu fait partie de ceux qui, depuis 2015, défendent les intérêts du mouvement des indigènes du Biafra. Il vient d'être remis en liberté sous caution pour appartenance à une organisation criminelle:

"La vie sans le Biafra n'a plus de valeur. Nous avons essayé le Nigeria pendant 56 ans. Mais il ne s'est rien passé. Nous voulons quelque chose de nouveau. Comme avant l'arrivée des colons anglais. Nous ne connaissions ni la guerre ni la peur de pratiquer notre religion. Si on le fait aujourd'hui à Kano par exemple, on est tué."

La ville de Kano, située dans le Nord du Nigeria, est à majorité musulmane. Mais les tensions interreligieuses sont de plus en plus exacerbées par la présence de groupes islamistes radicaux. C'est dans cette partie du pays que la secte Boko Haram a installé son fief. Les Igbo du sud sont en majorité chrétiens. Mais Nnamdi Kanu n'accuse pas que les fous de Dieu. Il critique également la récession dans laquelle est plongé le Nigeria depuis plusieurs années:

"Les gens sont fâchés, parce que rien ne fonctionne. C'est parce que la plupart des dirigeants du Nigeria sont des Haussa et des Fulani, qui sont originaires du nord. Ils ne savent pas comment améliorer la productivité. Ils n'ont aucune capacité de développer économiquement un environnement qui réponde aux besoins de tous."

De lourdes accusations envers les Haussa et les Fulani, qui agacent Said Mu'asu, originaire de Jigawa et vivant à Abuja, la capitale politique:

"Quand on va dans le nord, les Igbo peuvent librement mener leurs affaires. Personne ne les empêche de le faire. Même dans les villages les plus éloignés, ils vivent en paix. Les enfants vont à l'école. Il n'y a aucune différence. Et lorsqu'ils disent qu'ils sont marginalisés, cela n'est pas vrai."

Pour les partisans de l'indépendance du Biafra, une chose est sûre : la lutte ne passera pas par la reprise des armes. Il faut un combat "intellectuel", souligne Kingsley Okah. Et s'il y a des manifestations de rues, elles doivent être pacifiques.

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