1 Juin 2017

Burkina Faso: BEPC 2017 - Les épreuves dans le jeûne, les yeux rivés sur Allah

Avec un taux national de succès de l'ordre de 29,41%, le BEPC session 2016 a été pour le moins catastrophique et a interpelé la communauté éducative de notre pays. Cette année ce sont au total 74 443 candidats y compris ceux de l'enseignement technique et professionnel qui affrontent depuis hier 1er juin, les épreuves du BEPC pour les uns, du BEP ou du CAP pour les autres. En ce mois béni pour les musulmans qui implorent la grâce d'Allah par le jeûne, bien des élèves comme des parents espèrent une issue heureuse pour couronner une année scolaire moins agitée que les précédentes.

En cette matinée du jeudi 1er juin 2017, la cour du "Noble Zinda," ainsi qu'on surnomme le lycée Philippe Zinda Kaboré, grouille de monde. L'enjeu des examens se lit sur tous les visages.

Bien que technicien de surface ayant assuré pendant 3 jours la proprieté des classes et rangé les tables-bancs pour accueillir les candidats, Ousséni Bikienga, est là dès 6 heures. Le menton dans la paume de la main, il semble soucieux et se met dans la peau de ceux qui sont à l'assaut du BEPC. "Nous avons travaillé depuis le lundi (NDLR : le 29 mai) pour que la cour et les salles de classe soient propres, mais comme c'est le jour J, je suis à côté pour accomplir toute tâche qu'on me confiera", nous dit-il. Cette période de composition lui est aussi bénéfique, car en plus de son salaire de manœuvre, il engrangera chaque jour 1000 FCFA. Tous les candidats sont en salle, attendant la première épreuve qu'est la dictée.

Le directeur régional de l'Enseignement postprimaire du Centre, Bonaventure Méda, accompagné de la Secrétaire générale de ladite région, Alizéta Sawadogo, déchire à coup de ciseaux la grosse enveloppe kaki et découvre le titre de la dictée : au village, un court extrait d'un ouvrage de l'ex-directeur régional de l'Education du Centre, François Compaoré.

Dictée une épreuve réformable ?

"Soyez sans peur", lance l'autorité régionale et Bonaventure Méda d'ajouter : "Soyez honnêtes, ne trichez pas, les surveillants veillent au grain". C'est parti avec cette épreuve tant redoutée qui se soldera par la note zéro pour la majorité des candidats. Patrice Sanogo professeur de français, s'en offusque : "Il faut une réforme de l'épreuve de dictée, car dans un texte de 100 mots, l'élève qui en trouve 90 n'a aucun point. C'est pas juste", nous souffle-t-il avant de regagner la salle où il officie comme examinateur. Pendant que les 2100 élèves de ce centre, dirigé par le proviseur Boureima Traoré, se triturent les méninges à l'intérieur, on ne se comporte pas dehors comme des apprenants dans la cour de récréation.

Avec ses 40 miches de pain qu'elle espère vendre aux candidats qui n'ont pas jeûné, Assèta Tapsoba pense à son fils Cheick Omar Compaoré qui compose dans un autre centre au collège protestant : "Nous sommes tous en prière pour que les enfants réussissent surtout que nous sommes dans le mois béni du ramadan. Mon fils observe d'ailleurs le jeûne malgré l'examen, et nous espérons qu'Allah entendra nos prières", nous dit-elle d'un air circonspect avant de souligner un fait qui, selon elle, plaide pour les enfants : « Cette année, il n'y a pas eu de grèves, nos enfants commencent à prendre conscience que les grèves brisent leur avenir pendant que ceux des familles nanties s'en sortent à l'extérieur. On espère que les fruits tiendront les promesses des fleurs. "Audrey Syvanna Gouba, élève en classe de 1re A au Lycée Bogodogo, a certes franchi cette étape de sa vie, mais elle n'en est pas moins soucieuse, elle qui a accompagné sa grande sœur Ludivine Ange qui vit avec un handicap." Elle est en fauteuil roulant mais elle aime bien les études. Elle a accusé un retard parce qu'on ne l'acceptait pas dans les autres établissements. Maintenant elle est au Cefise Benaja (ndlr: un établissement où l'éducation inclusive est pratiquée).

Les tableaux de l'établissement sont envahis par des élèves de terminale, car le Baccalauréat c'est dans moins de trois semaines, le 20 du mois courant. Sont de ceux-là Salimata Nikiéma qui traite ses exercices alors même que sa sœur cadette, Nafissatou, affronte les épreuves du BEPC : "Cette année il n'y a pas eu de perturbation. Ma sœur comme moi sommes dans le jeûne et espérons que Bon Dieu entendra nos prières", relève-t-elle.

Agé de seulement 6 mois, Mohamed Kaboré s'amuse avec un morceau de pain dans les bras de sa tante Rihanata Kali, il ignore tout de ce qu'est la préoccupation de sa mère en salle de composition. A chacun ses problèmes, pourrait-on dire

A 12 heures, la vie reprend ses droits dans le plus grand lycée du pays : on mangue, on boit, on se pourchasse, on crie et rit même aux éclats. Observant le jeûne, l'adolescent de 14 ans Aboubacar Sidiki Sana économise ses énergies sous un neem ombreux pour affronter les épreuves du soir. Après la dictée, l'étude de texte et l'épreuve de science de la vie et de la terre, les sentiments qui animent ceux à qui nous avons tendu le micro sont les mêmes : "On est confiant, les épreuves sont abordables", disent-ils invariablement. En tout cas chacun saura à quoi s'en tenir le 9 juin, jour de la proclamation des résultats du premier tour.

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