4 Juin 2017

Afrique de l'Ouest: Paticipation du Maroc et d'Israel au sommet de Monrovia - La CEDEAO, telle une belle fille

analyse

Hier, 4 juin 2017, s'est tenu à Monrovia, capitale du Libéria, le 51e sommet de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). A cette occasion, plusieurs sujets ont été abordés. Ils se déclinent ainsi qu'il suit : les comptes de l'organisation, la lutte contre l'insécurité, l'intégration, la situation économique régionale. L'on peut, avant d'aborder les enjeux que représente ce sommet, rendre hommage à la CEDEAO pour les raisons suivantes.

Premièrement, en matière de gouvernance politique, l'on fait le constat que bien des pays membres de cette organisation s'illustrent par leur ancrage démocratique. Hormis, en effet, le Togo dont le président vient de prendre la tête de l'organisation en remplacement de la Libérienne Ellen Johnson Sirleaf, et dans une certaine mesure la Guinée Bissau qui semblent traîner les pieds sur ce terrain, force est de reconnaître que tous les autres pays de cet espace méritent, toute modestie gardée, la qualité de pays en pleine construction démocratique.

En tout cas, et c'est le moins que l'on puisse dire, il serait injuste de les affubler du qualificatif de républiques bananières. Cette vision des choses prend tout son sens, surtout quand on ose la comparaison entre les pays membres de la CEDEAO et ceux appartenant aux autres organisations sous-régionales du continent noir.

Il sied de voir la bouteille à moitié pleine

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'y a pas photo. Pour s'en convaincre, il suffit de se référer par exemple à la Communauté économique des Etats de l'Afrique Centrale (CEEAC). No comment, peut-on dire. La deuxième raison qui peut justifier que l'on jette des fleurs à la CEDEAO est liée au fait qu'en matière d'intégration des peuples et de libre circulation des personnes et des biens, cette organisation est nettement en avance par rapport aux autres organisations sous-régionales africaines. De ce fait, rien qu'avec la seule pièce d'identité, un citoyen d'un des pays membres dispose de la liberté d'aller et de venir dans les 14 autres. Certes, des tracasseries policières persistent dans certains pays, mais il faut reconnaître que le tableau est loin d'être noir. La troisième et dernière raison qui peut conduire à rendre hommage à la CEDEAO se rapporte à sa capacité de mobiliser des forces endogènes pour voler au secours d'un des pays membres en cas de besoin. On l'a vu, de par le passé, avec l'Ecomog au Libéria.

Sans la promptitude et l'efficacité de cette force, le Liberia aurait probablement été rayé de la carte du monde en tant qu'Etat. Récemment, et dans le même registre, l'on peut évoquer les cas de la Guinée Bissau et de la Gambie.

Le seul point noir que l'on peut pointer du doigt dans le domaine de l'assistance militaire, est que sur le terrain de la lutte contre le terrorisme, l'organisation, pour le moment, est inscrite pratiquement aux abonnés absents alors que bien des pays membres sont en train de subir la foudre des djihadistes. Le réveil à ce niveau est donc impératif. Mais de manière générale, en ce qui concerne la CEDEAO, il sied de voir la bouteille beaucoup plus à moitié pleine qu'à moitié vide. C'est pour cette raison d'ailleurs, peut-on dire, qu'elle force le respect des autres. Et en plus d'être une organisation crédible qui a déjà des acquis, les quinze pays de la CEDEAO constituent aussi un grand marché de plus de 300 millions d'habitants. L'on peut donc y réaliser de très bonnes affaires.

Sans oublier que bien des pays qui en sont membres ont la particularité de disposer d'énormes ressources agricoles et minières. L'un dans l'autre, l'on peut affirmer que lorsque l'on a le sens des affaires, l'on ne peut pas s'offrir le luxe de cracher sur la CEDEAO.

Le Royaume chérifien fait un mauvais procès à la CEDEAO

C'est ce qui explique, que telle une belle fille, l'organisation est courtisée aujourd'hui par bien d'autres pays. Ceux qui la convoîtent par ces temps qui courent, sont manifestement le Maroc et Israël. Le premier est tellement épris de l'organisation que le critère de la continuité géographique ne constitue plus un obstacle à ses yeux. Il est aidé en cela par la quasi-totalité des pays membres.

L'Etat hébreu, quoi que l'on dise, est aussi dans la même logique mercantile que le Maroc. C'est pourquoi, il ne s'est pas laissé intimidé outre mesure par le Maroc dont le Roi a prétexté la présence du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, pour ne pas faire le déplacement de Monrovia. La réalité est que cette humeur royale est à mettre sur le compte de la jalousie entre prétendants. Sinon, l'on a du mal à expliquer l'attitude du Maroc. En effet, si l'on veut volontairement se joindre à une famille, la bienséance veut que l'on n'impose pas d'emblée à celle-ci qui elle ne doit pas fréquenter.

En outre, le Maroc serait bien inspiré de remonter d'abord les bretelles à l'Egypte ; elle qui, depuis des lustres, convole en justes noces avec Israël et ce, en dépit du fait que le pays de Nasser représente la plus grande communauté arabe.

Dans le même ordre d'idées, l'on peut se demander pourquoi le Maroc a toujours entretenu d'excellentes relations avec les Etats-Unis alors que ce pays représente le principal soutien de l'Etat hébreu. En un mot comme en mille, l'on peut donc dire que le Royaume chérifien fait un mauvais procès à la CEDEAO. En tout état de cause, il revient à celle-ci de ne pas se laisser dicter ses choix diplomatiques, surtout quand cela vient de la part d'un pays dont la volonté d'intégrer les rangs de l'organisation répond, comme chacun le sait, d'abord à ses impératifs économiques. Il est vrai, le Maroc peut aussi être d'un grand apport pour la CEDEAO sur le terrain de la lutte contre le terrorisme en termes de stratégies de lutte et de renseignements.

Mais sur ce terrain en particulier, rien ne dit qu'Israël ne peut pas faire mieux. Il ne faut pas non plus oublier qu'en plus de cela, Israël pourrait être une réponse appropriée devant les autres défis face auxquels les 15 pays membres de la CEDEAO sont confrontés aujourd'hui. A ce propos, l'on pourra par exemple évoquer l'expertise israélienne en matière de lutte pour la récupération des sols arides. Bref, la CEDEAO a besoin du Maroc comme elle a aussi besoin de l'Etat hébreu et vice-versa.

L'essentiel est que chacun trouve son compte dans ce partenariat. Le Roi du Maroc certes n'était pas à ce sommet, mais c'est comme si c'était le cas, puisque son pays y était largement représenté. Les apparences diplomatiques ont donc été sauvées mais la volonté du Royaume d'intégrer la CEDEAO est restée intacte. Et l'on peut déjà parier que le sommet Afrique-Israël prévu pour se tenir en principe à Lomé en octobre prochain, verra la participation de bien des pays africains au-delà de la CEDEAO. Et la raison est simple. Quand on est malade, comme l'est aujourd'hui l'Afrique, on peut être tenté d'aller jusqu'au bout du monde, s'il le faut, pour trouver le remède.

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