6 Juin 2017

Afrique de l'Ouest: Adhesion annoncée du Maroc à la CEDEAO - Quel impact sur l'organisation ouest-africaine ?

Photo: LE PAYS
Le président togolais Faure Gnassingbé et le Roi Mouhamed V du Maroc

Le Maroc ne désespère pas de pouvoir intégrer la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) à laquelle il a soumis une demande d'adhésion.

On peut même dire que le processus est en bonne voie. Car, lors du dernier sommet de l'instance sous-régionale qui s'est tenu le 4 juin dernier à Monrovia au Liberia, les chefs d'Etat ont marqué « un soutien général pour la demande du royaume du Maroc, compte tenu des liens forts et multidimensionnels qu'il entretient avec les Etats membres ».

En attendant l'officialisation, c'est donc une victoire d'étape pour le royaume chérifien qui, avec cet accord de principe, a fait un grand pas dans son projet d'adhésion à cette instance régionale qui lui ouvre grandement les bras. Reste maintenant à savoir si les contours juridiques et techniques de ce processus ne seront pas des obstacles ou s'ils permettront au royaume chérifien de réaliser son rêve.

Mais au-delà, quel peut être l'impact d'une telle adhésion sur l'organisation ouest-africaine ? Tout d'abord, cela renforcerait l'image de la CEDEAO, qui est aujourd'hui une institution crédible aux yeux de nombreux observateurs.

Et son engagement pour la défense des principes démocratiques dans son espace géographique, y est sans aucun doute pour quelque chose.

Aussi, être courtisée de la sorte par de grandes nations comme le Maroc, ne peut qu'en rajouter au prestige de cette instance régionale qui, en la matière, a depuis longtemps damé le pion à bien des organisations sœurs sur le continent. Ensuite, sur le plan économique, le Maroc est un pays qui compte.

Et son adhésion à une institution comme la CEDEAO pourrait avoir pour effet de booster les économies de ces pays. C'est pourquoi l'on est porté à croire que ce sont surtout ces raisons économiques et les avantages qui y sont liés, qui ne laissent pas les dirigeants ouest-africains insensibles à la cause du Maroc. Mais cela sera-t-il suffisant pour acter définitivement l'entrée de Rabat dans la famille ouest-africaine ?

La CEDEAO devra prendre des garde-fous pour ne pas être victime un jour de son propre succès

L'on attend de voir. Car, il est clair que géographiquement, le Maroc qui est un pays du Nord de l'Afrique, ne remplit pas les conditions d'adhésion à la CEDEAO qui est un regroupement des Etats de l'Afrique de l'Ouest.

C'est pourquoi, pour innovante que soit la démarche du Maroc, elle n'en fait pas moins sourire certains qui se demandent comment aurait été accueillie la demande d'adhésion d'un pays au sud du Sahara à l'Union du Maghreb arabe (UMA) par exemple, du temps de sa splendeur.

Pour en revenir au Maroc, même si l'obstacle géographique venait à être levé, il n'est pas sûr qu'il serait au bout de ses peines car, l'Union africaine (UA) qui ne cache pas son aversion à l'appartenance d'un même Etat à plusieurs organisations régionales, pourrait avoir son mot à dire.

Et dans le cas du royaume chérifien qui a déjà joué au yoyo avec l'instance continentale à propos de la question du Sahara occidental, l'on peut se demander s'il ne sera pas tenté de claquer un jour la porte ou s'il ne transportera pas le problème de la RASD au sein de la CEDEAO.

Quoi qu'il en soit, si l'adhésion du Maroc à la CEDEAO venait à être actée, cela marquerait un tournant important dans la vie de l'institution ouest-africaine qui pourrait encore prendre du galon, avec une ouverture à des nations ne relevant pas forcément de sa sphère géographique.

Cela passera bien entendu par une relecture des textes fondateurs, qui pourrait voir d'autres pays s'engouffrer dans la brèche ouverte par le royaume chérifien. Et l'on ne voit pas comment la CEDEAO pourrait refuser à d'autres ce qu'elle aura accepté pour le Maroc.

Dans tous les cas, cela pourrait contribuer à la rendre encore plus forte et plus crédible. Mais attention à l'effet « albatros ». Car, si la CEDEAO devenait trop grande, elle pourrait avoir des difficultés à fonctionner correctement.

Surtout si des divergences devaient naître entre Etats membres. Et rien ne dit que les nouveaux arrivants viendront pour faire de la figuration ou accepteront de jouer les seconds rôles.

C'est pourquoi il faut craindre que les problèmes de division qui ont affaibli certaines institution comme l'UA, ne se transposent au sein l'institution de Marcel de Souza qui, jusque-là, arrive peu ou prou à parler d'une même voix.

En tout état de cause, si elle décide de s'ouvrir à d'autres pays, la CEDEAO devra prendre des garde-fous pour ne pas être victime un jour de son propre succès ni risquer de perdre son identité.

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