17 Juin 2017

Algérie: Un jardin public pour des soirées bucoliques

Contrairement à l'année dernière durant le mois de carême où les autorisations n'ont été données qu'à six personnes pour des cafétérias avec terrasses, cette année au moins douze terrasses avec une vingtaine de tables chacune sont prêtes à accueillir les clients. 21h. Les derniers arrivés parmi les vendeurs s'affairent à installer leurs produits. Quelques clients s'installent sur les terrasses nombreuses et encombrantes, mais ce n'est pas encore le rush. Encore des femmes pour dire que les tâches ménagères ne vont pas s'envoler si elles sont ajournées de quelques heures, l'essentiel étant de quitter rapidement la chaleur de la cuisine pour un bon bol d'air frais à l'extérieur

Il est 20h35 et les cafés maures ne sont pas encore envahis en cette soirée de ramadhan dans la ville de Tizi Ouzou. Les rues ne sont pas désertes, mais ce n'est pas encore la bousculade. Inutile de dire que tous ceux qui sont dehors à cette heure de la soirée - environ trente-cinq minutes après la rupture du jeûn - sont des hommes. Jeunes et moins jeunes.

Les habitants de la ville des genêts se sont trouvé une nouvelle attraction durant les soirées ramadanesques, en plus des lieux habituels comme l'aire de jeux et de détente érigée à la place de l'ancienne gare routière de la ville. Les habitants rallient aussi le jardin portant le nom du Colonel Mohand-Oulhadj, situé au cœur de la ville. Face à la salle de spectacle de la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Il y a un manque flagrant de lieux de divertissement et de rassemblent en ville et tout espace est apprécié s'il est bien occupé et exploité.

A l'intérieur du jardin, les espaces sont encore vides pour la plupart. Et surprise, parmi les rares clients présents, il y a des femmes. C'est dire que certaines n'ont pas hésité à «reporter» la vaisselle pour sortir vite et se rafraîchir un peu après une journée caniculaire. Certains vendeurs commencent à installer leur marchandise. Jouets, confiserie, barbe à papa, sculpture sur pierre... etc. des terrasses sont mises en place pour accueillir les milliers de personnes qui viennent tous les soirs.

Contrairement à l'année dernière durant le mois de carême où les autorisations n'ont été données qu'à six personnes pour des cafétérias avec terrasses, cette année au moins douze terrasses avec une vingtaine de tables chacune sont prêtes à accueillir les clients. Le maire de la ville qui a démissionné du RCD semble vouloir mettre tous les atouts de son côté en prévision d'une candidature sur une liste d'indépendants, en automne prochain. C'est ce qu'il a fait en octroyant des autorisations de vente de fruits et légumes sur différents trottoirs de la ville à l'occasion de ce mois de ramadhan. 21h.

Les derniers arrivés parmi les vendeurs s'affairent à installer leurs produits. Quelques clients s'installent sur les terrasses nombreuses et encombrantes, mais ce n'est pas encore le rush. Encore des femmes pour dire que les tâches ménagères ne vont pas s'envoler si elles sont ajournées de quelques heures, l'essentiel étant de quitter rapidement la chaleur de la cuisine pour un bon bol d'air frais à l'extérieur. Même si cela déplait aux esprits rétrogrades de la société, qu'ils soient islamistes sans cervelles ou faux-démocrates progressistes hypocrites.

Surtout qu'elles sont exclusivement responsables de l'embellissement des lieux qu'elles occupent, notamment ce jardin longtemps livré aux agresseurs de tous genres. Il est 21h25 et il y a de plus en plus de monde qui arrive. La porte d'accès ouverte du côté faisant face à la Maison de la culture s'avère insuffisant pour accueillir autant de monde. L'autre accès qui donne sur la cité administrative n'est pas très fréquenté, pour on ne sait quelle raison.

Le premier accès non seulement n'est pas trop large pour accueillir autant de monde, mais il est aussi un peu obstrué par plusieurs jeunes hommes qui se mettent des deux côtés de l'allée. Une sorte de comité d'accueil pour les centaines de femmes qui choisissent le jardin Colonel Mohand-Oulhadj. C'est que les jeunes d'aujourd'hui sont capables de trouver toute sorte de subterfuge pour s'adonner à des parties de drague. Ils ne seront pas déçus puisque les femmes seront très nombreuses dans cet espace qui s'avérera trop exigu pour elles.

Surtout avec la multiplication des terrasses. Avec tables et chaises. Parmi les vendeurs, il y a le jeune Aïssa Maakni pris en sandwich entre deux vendeurs de jouets. Lui ne propose pas des jouets, ni quelque chose à manger ou à boire. Il sculpte des lettres, des mots et toute sorte de symboles sur de petites pierres plates qu'il ramasse sur les plages. Elles peuvent servir ensuite de pendentifs. Ses principaux clients sont principalement des clientes.

Son affaire marche plutôt bien. 100 dinars pour la sculpture d'une lettre et 250 dinars pour 5 lettres. Comprendre un prénom de 5 lettres. Quand il s'agit de deux lettres ou trois, Aïssa a opté pour le prix de 200 dinars. Une bonne affaire pour lui, surtout avec la fameuse double-lettre symbolisant l'amour entre deux personnes. Le Z amazigh est très prisé également. Petit bémol, Aïssa ne se protège cependant pas contre la poussière qu'il produit lui-même en sculptant. Et c'est dangereux pour ses poumons.

Pratiquement toutes les tables des terrasses sont occupées. Il est 22h20, l'heure où la fréquentation bat son plein. Des familles entières sont au jardin Colonel Mohand-Oulhadj. Femmes, enfants et femmes âgées. Il y a des couples avec enfants également. Des familles ont trouvé la parade pour ne pas être contraintes de consommer. Elles investissent carrément les espaces gazonnés du jardin. Les femmes semblent soulagées d'être là, particulièrement les femmes âgées qui ont pris l'habitude de s'asseoir à même le sol. Elles semblent de bonne humeur, en tout cas surtout avec les enfants qui courent dans tous les sens. Elles sont sereines également, notamment en raison de la présence des éléments de la sûreté nationale qui opèrent des patrouilles pédestres dans tous les coins et recoins du jardin.

Il est 23h15 et l'animation se poursuit au jardin Colonel Mohand Oulhadj où la musique est diffusée à forts décibels par le seul cafetier présent durant toute l'année. Les familles continuent à arriver en grand nombre. Au même moment d'autres moins nombreuses prennent le chemin inverse. Plusieurs réfugiés maliens profitent de cette forte concentration humaine pour demander l'aumône. Ils agissent séparément. Chacun de son côté avec un ustensile en plastique.

En outre, la présence humaine est aussi une occasion que saisissent ceux qui organisent des quêtes pour venir en aide à des personnes malades. Avec un carton chacun, deux jeunes se mettent à l'extérieur du jardin, mais devant la porte d'entrée pour interpeller les passants sur le cas d'une petite fille malade qui a besoin d'une certaine somme pour bénéficier de soins à l'étranger. 00h. C'est la tendance inverse qui est constatée devant la porte d'entrée du jardin.

Les gens qui quittent les lieux sont plus nombreux que ceux qui y arrivent. C'est un peu logique dans la mesure où ce n'est pas le week-end, les gens devant se réveiller tôt le lendemain pour aller travailler. Le jardin Colonel Mohand-Oulhadj se vide très vite. Comme si les habitants de la ville des genêts se sont donné le mot pour rentrer. Les vendeurs, notamment ceux de jouets commencent à «désinstaller». Ils ont aussi besoin de dormir un peu pour aller le lendemain à leur vrai boulot.

Les rares personnes qui restent font de la résistance, mais elles n'ont pu convaincre les gérants des terrasses de rester plus longtemps. A 1h15, toutes les terrasses sont fermées. Les quelques personnes encore présentes n'ont d'autre choix que d'aller vers la terrasse qui ouvre toute l'année pour espérer consommer quoi que ce soit. Les vendeurs n'ont pas le choix non plus. Ils doivent aller se reposer pour affronter en forme la soirée du lendemain. Et celles qui suivront. Jusqu'au jour de l'Aïd.

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